Monnaies scyphates
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A la mémoire d’Olivier Clément. Les explications techniques.Le nomisma histamenon (c’est-à-dire de bon poids) émis par les empereurs de Byzance prend sous le règne de Michel IV le Paphlagon (1034-1041) une forme en cupule, très exactement en ménisque, nommée concave, ou scyphate à la suite d’une confusion (1). Gardons ici ce joli nom impropre, par cuistrerie assumée et pour l’amour du grec. Les hypothèses les plus répandues sur sa raison d’être se réclament surtout de causes pratiques, telles que la facilité d’empilement, ou la plus grande solidité que la forme assurerait à des pièces de faible épaisseur. Ces arguments seraient plus convaincants si la forme s’était imposée ailleurs du fait d’une supériorité quelconque. Le premier semble confirmé par l’expérimentation (selon M. Pierre Crinon, qu'il en soit remercié). Pour étayer le second, on montre aisément que la forme concave (ou convexe) offre une vraie résistance à la pliure, risque couru par des pièces de faible épaisseur. Mais la forme présente un risque nouveau qui est celui de l’écrasement. Surtout, on verra que le nomisma ne devient mince qu’au moment où il devient scyphate. Auparavant, son épaisseur suffit à le protéger de ce risque. Aurait-on modifié la forme pour protéger d'un risque inexistant ? De façon plus farfelue, nous avons trouvé sur un site anglo-saxon l'idée que la forme donne une plus jolie sonorité aux pièces, notamment quand elles s'entrechoquent dans une bourse... On trouvera en fin d'article une annexe exposant la théorie rencontrée en Bulgarie en août 2011. Grierson attribue l’apparition de cette forme à un défaut de frappe : « The coins are thin and often slightly concave, or at least not quite flat. As yet this was no more than a defect in striking, and not, as it later became, a formal indication of debasement… 2» . Puis il considère que la forme est maintenue pour signifier l’affaiblissement du titre, alors que les pièces de métal pur, quel que soit le métal, demeurent plates. Pourtant, il semble difficile d’attribuer à un défaut de frappe, et une pratique complexe demandant à confectionner deux coins opposés de la même courbure, et la constance de cette pratique qui touche immédiatement (dès Michel IV) plusieurs coins successifs ; s’il s’était agi d’une maladresse, on pouvait la corriger, mais il n’en a rien été ; il nous semble déjà y avoir ici l’expression d’un choix délibéré. D’autre part, il est contradictoire de voir dans la forme scyphate l’indication de l’affaiblissement du titre, puisqu’au contraire elle affecte au premier chef les monnaies de bon poids (histamena de 4,55 g), tandis que les pièces d’or plus légères (tetartera de 4,13 g) demeurent plates. D’ailleurs, les analyses effectuées montrent que la dégradation du titre affecte les deux monnaies d’or simultanément et dans les mêmes proportions. Enfin, à notre sens, ce point contribue à écarter la thèse du défaut : n’est-il pas permis de supposer que le plus grand soin soit apporté aux meilleures monnaies ? De façon plus argumentée, François Delamare, Pierre Montmitonnet et Cécile Morrisson proposent une explication mécanique 3. Au terme d’une étude technique très poussée, ils concluent que la modification de forme vient de la volonté d’améliorer la rentabilité des ateliers. En effet, en frappant seulement le centre du flan, la force mise en œuvre est moindre. Et, comme le titre baisse, l’adjonction d’argent rend le métal plus dur, multipliant par quatre la dureté de l’alliage entre 960 et 1150. L’adoption de coins respectivement concave et convexe permet de maîtriser et d’uniformiser la déformation des marges, qui serait aléatoire avec des coins plats. Plusieurs éléments nuisent à la démonstration.
Nos auteurs, peu convaincus eux-mêmes, constatent que l’objectif de productivité n’est atteint que très partiellement, et très vite plus que compensé par l’augmentation de la dureté de l’alliage utilisé (4). Il resterait d’ailleurs à démontrer qu’un gain de productivité aurait constitué aussi un gain de rentabilité plus que marginal, dans une société où le coût de la main-d’œuvre était très bas, et en tout cas infime par rapport à la valeur de la production de monnaies d’or (Il est même probable que les notions de productivité et de rentabilité soient des anachronismes totalement dénués ici de signification, même non consciente). Enfin, comme en marge de leur démonstration technique, s’ils notent à juste titre que « les solidi concaves présentent toujours le droit du côté convexe » 5, ils n’en proposent pas d’explication, et cela ne les empêche pas de juger la forme « extravagante ».
1 Philip GRIERSON, “Nummi scyphati, the story of a misunderstanding”, Numismatic chronicle, 1971, pp 253-260. Grierson montre que l’appellation vient de l’arabe et s’applique dès 1024 aux monnaies présentant un triple grénetis, et non pas du grec skyphos, la coupe. Les anglo-saxons parlent donc de cup coins, monnaies en coupe. 2 « Les pièces sont minces et souvent légèrement concaves, ou tout au moins pas tout à fait plates. Jusqu’alors, ce n’était rien d’autre qu’un défaut de frappe, et pas encore, comme c’est devenu plus tard, une indication formelle de dépréciation. » Alfred R. Bellinger et Philip Grierson, “Catalogue of the byzantine coins in the Dumbarton oaks collection”, Dumbarton oaks center for Byzantine studies, Trustees for Harvard University, Washington, 1973. 3 François Delamare, Pierre Montmitonnet et Cécile Morrisson, « Une approche mécanique de la frappe des monnaies. Application à l’étude de l’évolution de la forme du solidus byzantin », dans Revue numismatique, VIe série, tome XXVI, 1984, p 7-39. Mis à jour (Jeudi, 29 Septembre 2011 08:37) Analogie structurale
Soulignons en premier lieu l’analogie entre leur forme et celle des coupoles des églises. Précisons, au risque de paraître nous éloigner d’abord de la numismatique. L’architecture des églises byzantines choisit le plan centré aux alentours de l’an 800, à l’issue de la querelle des images. Celui-ci y demeure le type quasi-exclusif jusqu’à la fin du Moyen-âge [2]. L’église est cruciforme, inscrite dans un carré, couverte d’une coupole de plan circulaire. La signification d’un tel schéma a été démontrée. Georges Duby l’exprime : « Cette structure architecturale entendait exprimer symboliquement la mission spécifique du roi, qui était d’intercéder pour son peuple auprès de Dieu, d’assurer la communication bénéfique entre le temporel et le spirituel, entre la nature et la surnature. Ce type d’édifice réalise en effet la connexion entre le carré, signe de la terre, et le cercle, signe du ciel… »[3] L’église orthodoxe met en valeur la verticalité, relation de chacun avec le sacré, mais aussi l’autorité divine, que le pouvoir politique représente dans la société. Elle est, consciemment, un microcosme ; celui-ci est « représenté, à la fois, par la structure de l’édifice à coupole et par une certaine succession d’images qui figurent Dieu et ses sujets fidèles dans le Cosmos… »[4] Dans ce programme, la coupole, et nous nous rapprochons de notre sujet, est le lieu de la représentation du Christ Pantocrator, c’est-à-dire tout-puissant. Grabar montre que c’est à la fin du IXe siècle que le Pantocrator « quitte l’abside des églises byzantines pour monter dans la coupole (…) parce que cet emplacement correspondait au « ciel » dans l’église byzantine de type cubique qui se répandit après la crise iconoclaste. » Dafni en est un exemple probant (illustration), mais on retrouve cette présence partout, de Palerme à Kiev[5]. Rappelons la théologie des images sacrées, définie avec vigueur pour clore la crise iconoclaste : selon Paul Evdokimov, « c’est bien l’Hypostase du Christ qui nous apparaît sur les icônes. » La ressemblance au modèle conditionne l’efficacité sacramentelle de l’image vénérée où l’on contemple Dieu incarné[6]. Quand, le visage sévère, tenant le livre sacré auquel il s’identifie comme Verbe divin, représenté à mi-corps, il est dit Pantocrator. Le même, représenté en entier et sur un trône, en toute rigueur, n’est pas appelé Pantocrator, mais Trônant (illustration). Cette représentation est plus rare sur les coupoles d’églises[7]. Il y a coïncidence parfaite dans le temps entre l’apparition du Christ Pantocrator sur les coupoles et sur les monnaies des empereurs de la dynastie macédonienne, au point qu’on ne peut dire lesquelles ont copié les autres. Les monnaies sont ainsi des icônes miniatures. André Grabar prouve leur caractère sacré par diverses citations et anecdotes. A la fin de la dynastie, elles deviennent scyphates. C’est sur leur face convexe qu’on retrouve les représentations absolument identiques au modèle des coupoles[8], de façon quasi-systématique pendant quatre cents ans, jusqu’à la ruine de l’empire byzantin. L’analogie s’en trouve puissamment renforcée, au point qu’il nous semble difficile de la croire inconsciente. Enfin, sur la coupole mosaïquée du monument comme sur les icônes et la monnaie, le Christ apparaît dans la lumière divine symbolisée par l’or. Rappelons que le caractère sacré du métal le plus noble et le moins corruptible est universel. En matière monétaire, son usage manifeste la souveraineté. A Byzance, il est un monopole impérial. L’atelier de purification du métal fonctionne dans le palais impérial même. Il ne peut être neutre que l’invention de la forme concave affecte d’abord et surtout la monnaie la plus noble, la plus élevée et faite de l’or le plus pur du temps. L’icône christique est représentée sur le côté convexe des monnaies scyphates, et sur le côté concave des coupoles. Nous n’y voyons pas une contradiction, mais bien un renforcement de l’hypothèse : en effet, la face concave représente l’Empereur. Comment mieux exprimer son rôle de représentant du Christ sur terre ? La toute-puissance du basileus procède directement de celle du fils de Dieu, selon la doctrine élaborée par Constantin et Eusèbe de Césarée pour christianiser le culte impérial romain [9]. La monnaie a un haut et un bas. Le Christ est évidemment du côté du ciel, et l’Empereur le représente sous la coupole symbolisant la voûte céleste, du côté de la terre. Hélène Ahrweiler explicite l’articulation du politique et du religieux dans cette idéologie : « [L’empereur] est le lieutenant de Dieu sur la terre, il est le délégué du Christ… »[10]. « Pieux élu de Dieu », l’empereur « occupe dans la cité terrestre la place de Dieu dans la cité céleste, et la cité terrestre n’est que l’image du royaume de Dieu. » [11] Le pouvoir sacralisé de l’empereur est aussi illustré sur les nombreuses monnaies par les attributs sacrés dont il est paré : couronne, labarum (l’étendard de Constantin), loros (étole sacerdotale), globe crucigère… La signification de ces attributs renvoie à la même symbolique [12]. Même les usurpateurs qui peuvent nous sembler les plus cyniques et sanglants montrent l’origine divine, voire miraculeuse, de leur pouvoir sur les nomisma où ils sont couronnés par le Christ, Saint Démétrius ou la Vierge Marie. Nous pensons avoir montré que l’analogie porte à la fois sur la forme en coupole, sur la représentation du Christ, et sur l’utilisation de l’or, et avoir démontré la signification théologico-politique de cette triple coïncidence. Cela pourrait suffire à justifier que la forme scyphate n’apparaisse guère qu’à Byzance, et qu’elle s’y maintienne durablement : elle y a un sens fort. Reste à montrer qu'elle y a aussi une fonction, en expliquant pourquoi ce type monétaire apparaît à ce moment donné de l'Histoire, et comment il va évoluer. Un résumé historique de cette évolution en lien avec les événements politiques permettra aussi de rendre compte des exceptions, et de voir si elles mettent à mal notre thèse. Histoire des scyphates Michel IV meurt en 1041 ; son neveu Michel V le Calfat, ouvrier du port qu’il a fait adopter par Zoé, lui succède, et règne 132 jours calamiteux, avant d’être renversé par une émeute populaire. Cette anecdote montre que la légitimité sacrée du pouvoir n’est pas si automatique que le prétend la doctrine. Sous son règne, le seul histamenon connu (et en un seul exemplaire) représente au revers Zoé, et n'est pas concave. Nous n'irons pas jusqu'à assurer que si Michel V avait eu la présence d'esprit de faire frapper des monnaies scyphates à son effigie, il eût échappé à son sort tragique. Reste que le droit divin a besoin de signes, sinon de preuves.
Michel VII Parapinace (1071-1078), puis Nicéphore Botaneiates (1078-1081), au moment où la dépréciation atteint le fond des abysses, reviennent au modèle parfait : Christ en buste ou trônant à l'avers, au revers l'Empereur revêtu des symboles de sa légitimité (illustration en tête d'article). Les Anges succèdent aux Comnènes, jusqu’au pillage de Constantinople en 1204, par ceux qui se disent croisés et que les grecs disent latins. Ensuite, la continuité byzantine se transmet, vaille que vaille, par les Lascarides de Nicée (1204-1261) puis les Paléologues (1261-1453), qui règnent sur un Etat peau de chagrin jusqu'à la prise de la Ville par les turcs. Sous ces diverses dynasties de la décadence, la forme scyphate se perpétue. Désormais, l’avers porte aussi bien Saint Nicolas ou Saint Georges que le Christ ou la Vierge, comme si l’empereur du revers ne savait plus à quel saint se vouer. Enfin, on trouve encore de rares monnaies concaves, comme égarées, dans l’empire de Trébizonde. Peut-être est-ce encore une façon de se réclamer de la continuité de l’Empire Romain d’Orient, dont il reste si peu de chose.
[1] André Grabar utilise abondamment les monnaies, et peut-être plus qu’aucun autre historien de l’art, à l’appui de ses explications lumineuses sur les rapports entre art, pouvoir et pensée. Il souligne à plusieurs reprises que l'image sur la monnaie a toutes les caractéristiques sacrées de l'icône. André GRABAR, l’Iconoclasme byzantin, Flammarion, Paris, 1998. [2] Cyril Mango, Architecture byzantine, Gallimard-Electa, Paris, 1993 ; Etienne Coche de la Ferté, l’Art de Byzance, Mazenod, 1981… [3] Georges Duby, le Moyen-âge, Skira, Genève, 1995. Voir aussi : Gérard de CHAMPEAUX et Dom Sébastien STERCKX : « Introduction au monde des symboles », Zodiaque, 1972. [4] André Grabar, Byzance - l’art byzantin du moyen âge, Paris, Albin Michel, 1963. [5] Palerme (chapelle palatine ; Monreale ; Cefalu), Kiev (cathédrale Sainte-Sophie), Lagoudera (Chypre), Arta (Epire), Constantinople (Fethiye Camii ; Kariye Camii), Dafni, Hosios Loukas, Mistra, Mont Athos, Thessalonique (Saint-Georges, Saints Apôtres), Chio, Ochrid (Serbie), etc. Cette liste a pour objet de montrer l’évidence de l’association du Pantocrator et de la coupole pour le byzantin médiéval. Ajout d'août 2011 : en Bulgarie, les églises médiévales de Bojana et de la rotonde Saint-Georges à Sofia, sont aussi dominées par le Pantocrator (peint). [6] Paul EVDOKIMOV, l’Art de l’icône, théologie de la beauté, Desclée de Brouwer, 1972. Par ailleurs, André Grabar (ouvrage cité) montre que les images monétaires font partie, sans ambiguité, du domaine des images sacrées, bien avant de devenir concaves. [7] Kizil çukur (Haçli Kilise) ; Mégare ; Palerme, église de l’Amiral ; Ravenne… [8] Anthony Cutler et Jean-Michel Spieser, Byzance médiévale, Gallimard, l’Univers des formes, 1996 : « La même image du Christ [Pantocrator] apparaît sur de nombreux types monétaires, en particulier sur toutes les monnaies d’or, sous la dynastie macédonienne, en association avec l’image impériale. » Mais ici non plus, les auteurs ne relèvent pas que l’analogie se perfectionne à la fin de la dynastie par l’adoption de la forme concave. [9] Friedrich Gerke, La fin de l’art antique et les débuts de l’art chrétien, Paris, Albin Michel, 1973. Selon cet ouvrage, le plan carré des églises est aussi d’origine constantinienne. [10] Hélène Ahrweiler, l’Idéologie politique de l’empire byzantin, P.U.F., 1975. [11] Michel Kaplan, Tout l’or de Byzance, Découvertes Gallimard, 1991. [12] Le labarum porte le chrisme, signe grâce auquel Constantin remporta la victoire du pont Milvius, plaçant ainsi son triomphe sous l’autorité du Christ : in hoc signo vinces (par ce signe tu vaincras). Rappelons que le chrisme est composé des initiales ΧΡ, deux premières lettres de Christ ; quand on y ajoute les lettres A et Ω, outre la signification explicite que le Christ est le commencement et la fin, on écrit et on lit le mot XPAΩ, « je domine » (du verbe qu’on retrouve, précisément, dans Pantocrator ou Cosmocrator). [13] Grierson cite une exception, rarissime, qui aurait été frappée à Thessalonique, qui n’est pas concave, et qui pose de vrais problèmes d’attribution. Cette exception n’infirme en rien notre raisonnement. [14] Au titre de 20,5 carats, ce qui le rapproche des premières scyphates : les histamena de Michel IV. [15] Pour la frappe de celui-ci, la figure 24 de l'article déjà cité montre que la teneur en or, et de même la dépense d’énergie, restent dans la continuité de celle de l’ancien histamenon. La création de l’hyperpère n’améliore donc pas la rentabilité mécanique. Le graphique montre aussi, de façon tout-à-fait évidente, que l'hyperpère reproduit l'histamenon de Michel IV qui peut paraître ainsi avoir pris une valeur d'exemplarité aussi bien dans sa matière que dans sa forme. Mis à jour (Mardi, 16 Août 2011 16:06) Hypothèse idéologique
La forme scyphate relève-t-elle d’un choix délibéré, intentionnel ? Les numismates hellénistes qui nous ont précédé n’ont apparemment pas trouvé de texte d’époque permettant de transformer cette hypothèse de travail en certitude. A son origine, les analogies fonctionnent trop bien pour qu’on se refuse à voir dans cette évolution une contingence technique. C’est encore plus vrai avec les siècles, quand la forme concave est conservée à travers toutes les vicissitudes politiques et économiques, faisant preuve d’une volonté de continuité symbolique. Nous sommes à tout le moins en présence de ce que les structuralistes appelaient la causalité interne d’un ensemble systémique : la monnaie participe pleinement de la symbolique de la civilisation byzantine médiévale. Nous espérons avoir démontré la cohérence exemplaire de la forme scyphate avec ce système global de représentations théologico-politiques, structuré, aux significations religieuse et politique explicites. Apparu à l’apogée de l’Empire, il s’étiole avec la décadence politique et économique. Quand des empereurs faibles peuvent de moins en moins se présenter comme représentants de Dieu sur terre, quand leur légitimité dynastique est de plus en plus improbable, quand leur valeur politique se dévalue comme la teneur en or de la monnaie, le rattachement de propagande à l’ancienne gloire sacrée du trône est d’autant plus nécessaire. La forme scyphate fait alors partie de ce discours. Si l’analogie structurale ne fait pas preuve d’une intention, elle ne nous semble pas pouvoir relever de la seule coïncidence, sauf à y voir une inspiration providentielle, ce qui est permis mais relève d’un autre domaine que la numismatique. Son explication nous apparaît en somme tellement évidente que nous nous demandons comment personne ne l'a vue avant nous... D'autant qu'il existe des personnes beaucoup plus compétentes, tant en numismatique qu'en civilisation byzantine. C'est comme l'oeuf de Colomb : il suffisait d'y penser, mais encore fallait-il y penser.
Mis à jour (Mardi, 20 Septembre 2011 16:41) |




Pantocrator (coupole de l'église de Dafni).
Trônant (Mosaïque de Sainte-Sophie).














