MARC  LABOURET

II. L'Auld Alliance

Si notre façon de voir l’hexagone, aujourd’hui, est influencée par notre esprit de clocher, il nous faudra remettre nos préjugés en cause. Il en est de même pour l’Écosse et l’Angleterre que pour la France d’hier et même celle d’avant-hier. Nous ne devons pas minimiser les influences ethniques dont les diverses invasions ont laissé des traces dans notre genèse. Le livre La parole et les armes, de Jean-Paul Barbier-Mueller, par cette phrase (page 9), résume le propos : « La signification et l’ampleur des évènements historiques sont presque impossibles à apprécier pour qui juge avec quelques siècles de distance, nanti d’une mentalité et d’un entendement très différents ». Après tout, ce que nous nommons la France, aujourd’hui, n’est-ce pas le résultat d’invasions de rois francs ? Ces peuples Belge et Germanique, additionnés de mercenaires de diverses autres ethnies, sont entrés en possession de territoires, soit déjà occupés, soit déserts. Ils les ont colonisés, certes non sans heurts et brutalités, mais ils les ont aussi enrichis par leurs différences et connaissances, tout comme les Romains avant eux. Si nous devons remonter dans le temps, il nous faudra faire quelques incursions assez lointaines pour pouvoir suivre un fil avant qu’il ne se transforme en une corde plus solide. Une petite piqure de rappel : Charlemagne, qui gouverne une vaste étendue de territoires, ne s’occupe guère des races mais plutôt des revenus que lui apportent ses possessions. Comme tout Germain, ses troupes sont constituées d’esclaves, de prisonniers de guerre, ou de frénétiques joueurs qui perdaient jusqu’à leur liberté en jouant. Les enfants de Charlemagne diviseront l’empire en trois royaumes. Leur père leur ayant inculqué l’adage que, pour dominer, il faut conquérir, cela conduit forcément à des guerres intestines pour prendre le territoire d’un autre. C’est à Charles le Chauve que nous devrons l’ébauche de ce qui deviendra la France. Mais ça, vous le saviez déjà. Maintenant, si l’on vous parle de Malcolm III, roi d’Écosse, et de la date de 1040, cela vous donne un point de départ, pour découvrir la fameuse alliance franco-écossaise de notre propos. Mais cela reste flou ?! Eh bien, nous allons essayer de résumer cette première alliance, à qui le général De Gaulle rendra hommage le 23 juin 1942, lors d’une visite à Edimbourg, capitale de l’Écosse depuis 1437. Il y découvrira une plaque commémorative.


L’Écosse d’une lointaine époque est un territoire fait de multiples royautés, peuplé au nord de l’ile de Bretagne de Pictes, appelés aussi Calédoniens par les auteurs latins (Tiré de l’Atlas illustré de 1894 par M. Martineau : Calédonie : mot kymrique, ‘’langue parlée au pays de Galles’,’ qui signifie forêt). Les rois ne règnent que sur une confédération de chefferies ou clans. « Clann », en gaélique, désigne les enfants de la famille. Les enfants en général, ceux des autres, se disent « leanabh ». Chaque clan regroupe les membres d’une même et vaste famille, tous descendants d’un ancêtre commun, réel, mythologique ou imaginaire. Chacun des membres du clan se doit de reconnaître l’autorité du chef. A l’intérieur du clan, on trouve d’autres chefs (ou sous-chefs), les sect ou sept, qui sont les représentants des branches principales de la famille. Si une famille est absorbée par le clan, pour diverses raisons, les membres de cette famille ajouteront le nom du clan au leur. Leur système de succession royale est matrilinéaire : la transmission de la propriété, du nom de famille et du titre se fait par la mère. Ce système permit à des chefs étrangers de régner sur les Pictes. La noblesse picte aurait été massacrée par les Scots, suite à la trahison d’un des leurs, Mac Alpin, vers 843 ou 850.


(On retrouve dans les Croniques du haut Moyen-âge, dites de Frédégaire, rédigées par plusieurs auteurs, une histoire similaire à l’origine de la dynastie des Mérovingiens : c’est l’histoire du franc salien, Mérovée, 448-457. La légende veut que l’épouse du roi Clodion, qui était enceinte, fût séduite lors d’un bain de mer par un Quinotaure, bête de Neptune. Le sang du roi et celui de la bête se mélangèrent ; un fils naquit, ce qui initia une nouvelle dynastie, celle des Mérovingiens. Les membres de cette dynastie étaient tous des demi-dieux, investis d’un grand pouvoir et d’une aura de mages surnaturels. Les Francs les honoraient et les suivaient aveuglément)


Les Scots : peuple venant d’Irlande ; Ammien Marcelin (né vers 330, mort vers 395) dit d’eux qu’« ils erraient en de multiples directions et causaient de grands ravages mélangés aux Pictes et aux Attacottes ». Saint Jérôme (347-420), lui, les décrit comme étant une peuplade de sauvages, forniquant avec les animaux et dévorant de la chair humaine… Ce n’étaient pas des saints au sens où il l’entendait, mais tout de même ! Dans l' « Historia Brittonum » (manuscrit difficile à dater puisqu’écrit à différentes époques), les Scots sont postérieurs aux Brittons (bretons). Ils sont installés à l’ouest, les Pictes sont au Nord. Les Brittons occupent le Strathclyde (nord-ouest du mur d’Hadrien). Ils seront incorporés au royaume d’Écosse par Malcolm 1er. Nous vous donnons ces informations sur les Scots, puisque c’est de cette tribu que vient le Scotland (pays des Scots). A cette période, règnent plusieurs rois sur le territoire. D’après une légende, arrivèrent les trois frères Mac Eirc, princes de surcroit, Fergus Mor, Loarn et Angus, qui s’installèrent et créèrent trois dynasties. Ils s’engagèrent dans une lutte de territoires avec les Pictes, jusqu’à leur alliance avec Mac Alpin, qui serait peut être le fils d’une princesse picte. Kenneth Mac Alpin aurait organisé le banquet fatal à la noblesse picte vers 843. Le préfixe Mac signifie fils de…
Si cela vous intéresse, sur Wikipédia, il y à la liste des peuples de Grande-Bretagne, cela sera plus clair pour vous. Il en est dénombré une vingtaine.
Pour les Scots, c’est l’homme le plus âgé du clan qui devient le chef dynastique. L’appartenance se signale par le nom patronymique, mais aussi par les couleurs et motifs du Tartan, étoffe de laine avec laquelle on confectionne le kilt (vêtement traditionnel). La plante qui donne la couleur dominante au tissu, est le symbole protecteur de la famille ; plus tard, elle sera remplacée par une devise. Comme les teintures naturelles perdaient facilement leurs couleurs, un rameau pouvait symboliser l’appartenance au clan. Les couleurs seront plus vives quand on aura appris à fixer les teintures (voir l’excellent livre de Dominique Cardon sur le monde des teintures naturelles).
L’importance symbolique que représentent les couleurs du tartan se concrétisera au moment du décret qui interdira aux membres des clans le port du kilt, après la bataille de Culloden, le 16 avril 1746, qui verra la défaite des Ecossais de la dynastie Stuart. Cette insulte, ou dégradation, était sensée faire plier les orgueilleux Ecossais et leur rappeler leur défaite.
En Écosse, la royauté est centralisée vers 973, par le traité de Chester où les différents rois font acte de soumission. Certains textes parlent du royaume d’Alba, qui en l’an 843, serait une première tentative d’organisation politique en Écosse (Cette date correspond au massacre des nobles Pictes).


Alba : ou Albu en gaélique, Albus (blanc) en latin ou Albil (cygne) en allemand, terme indo-européen venu du Caucase, deviendrait au haut Moyen-âge Albania, dérivé des noms de famille gauloise, Albos, Albios, Albanos. C’est de là que pourrait provenir, Albanie, Albany, nom que nous retrouverons dans notre propos. D’après Wikipédia, il y a deux sources : une venant de Geoffroy de Monmouth, un évêque Gallois, auteur notamment de « la Prophétie de Merlin » (1135) qui influencera d’autres auteurs ainsi que certains rois, et « Historia regum Britanniae » (Histoire des rois de Bretagne), récit apporté en Angleterre par le normand Gauthier, alias Walter, archidiacre d’Oxford. Dans le Larousse du XIXe s., on parle des Stuart Ducs d’Albany, Robert, Alexandre, et Jean, ce titre étant porté du XIVe au XVe siècle. Puis d’une province d’Écosse formée de plusieurs districts et comtés, apanage de princes de sang royal. Puis d’un district d’Afrique méridionale, appartenant à l’Angleterre ou les habitants sont presque tous blancs. Le royaume d’Écosse portait le nom gaëlique Alban.


Sous l’empereur romain Claude, des légions s’installent sur l’île. Elles seraient arrivées aux environs de l’an 43 après JC. Du reste, elles auront du mal à contenir les irréductibles Calédoniens du Nord, et les chroniqueurs de l’époque se feront fort de décrire ces sauvages, agrémentés de détails qui donneront d’eux une vision d’ensemble assez terrifiante. Jules César, dans le livre V de « la Guerre des Gaules », décrit ses difficultés à conquérir cette île, où les nuits étaient plus courtes que sur le continent (entre nous, il ne devait pas savoir que le processus s’inverse à certaines périodes de l’année…) et couverte d’épaisses forêts. Ses guerriers avaient une terreur superstitieuse de ces étendues denses et touffues. Il raconte aussi, au chapitre XIV, « Tous les Bretons se teignent le corps avec du pastel, ce qui leur donne une couleur azurée, et rend leur aspect horrible dans les combats. Ils laissent croître leurs cheveux, et se rasent tout le corps, excepté la tête et la lèvre supérieure ». C’est peut-être de là que viendrait l’expression ‘’ avoir une peur bleue !’’. En l’an 122, sous l’empereur Hadrien, une muraille sera construite pour contenir les incursions des Pictes puis, vers 140 sous Antonin, une autre muraille sera érigée pour contenir, cette fois, les Scots. Aux environs de 597, ce n’est pas très clair, les Romains se retirent de l’île, sauf ceux qui y ont fait souche. Les Angles, peuplade germanique, seront (peut-être) appelés par Vortigern, alors roi du sud de l’île de Bretagne, vers 449-455, afin qu’ils l’aident à combattre les Pictes. Viendront ensuite d’autres Germains, les Saxons, que l’on nomme aussi ’’les compagnons de l’épée’’, les Jutes du Danemark, tous mercenaires. Ils envahissent l’île et s’y établissent. Ils forment les royaumes de Northumbrie, Mercie et Wessex.
Petite piqure de rappel : les Francs sont aussi des Germains, et Charles III, dit le Simple, roi « des Francs » de 898 à 922 a épousé, d’abord Frérone de Saxe puis Edwige de Wessex (Jules César, dans le livre V Chapitre XIV, parle des royaumes du Kent dont fera partie le Wessex, comme étant déjà plus civilisés que le Nord). Le fils de Charles III et d’Edwige de Wessex, Louis IV, est surnommé « d’Outre-mer », car il est élevé à la cour du Wessex. Il sera roi « des Francs » de 936 à 954. Ce qui peut faire dire qu’il y a alliance, mais pas encore entre Ecossais et Francs, comme le prétendent certaines rubriques. Ce sera plus évident au moment de la domination normande.


Les Normands ou hommes du Nord, ou Vikings, sont des Germains de Scandinavie. Ils arrivent sur l’île de Grande-Bretagne vers 860. On les retrouve faisant commerce avec l’Empereur Charlemagne. Les rois de Suède, du Danemark et de Norvège, amènent certains princes locaux à l’exil. C’est une loi dans ces royaumes : quand le climat ne permet plus de nourrir tout le monde, et que les ardents querelleurs mettent en péril les communautés et l’autorité, on les oblige à partir. Avec leurs fidèles, nobles et seigneurs vont s’en aller chercher fortune et gloire comme mercenaires. Certains s’installent sur d’autres territoires où ils s’implanteront de gré ou de force.
Vers 911, Rollon le marcheur, prince, chef d’une bande viking, pille et décime le territoire du roi franc, Charles le simple. Ce dernier, afin de faire cesser ces saccages, lui octroie, par charte, un large territoire autour de Rouen. Plusieurs tribus d’hommes du nord viendront s’installer sur les côtes et dans les terres. Cela deviendra le Duché de Normandie. Ils y appliqueront leurs lois, us et coutumes ; leur langue enrichira le dialecte local et ils se mélangeront aux autochtones. C’est de lui, Rollon, que descend Guillaume le Bâtard, plus connu sous le nom de Guillaume le Conquérant qui deviendra roi d’Angleterre. L’Église lui a donné le surnom de Bâtard, car elle ne reconnait pas la bigamie des normands, qui fait partie de leurs coutumes. Les enfants sont ainsi, tous, légitimes. C’est pour cela que Guillaume pourra devenir le duc de Normandie aux yeux de sa tribu.
Toutes ces invasions sont liées au climat qui change l’économie des territoires. Si les Normands construisent leurs habitats, d’autres peuples, plus aguerris au nomadisme, se déplacent avec leurs tribus, et logent dans des chariots ou sous des tentes. C’est le cas des Alains (cavaliers nomades apparentés aux Sarmates) qui se déplacent en bandes lourdement armées, avec leur clan. Si Sénèque les cite dans une de ses pièces, en 41-42, « Thyeste », Flavius Josèphe, en 375, dit qu’il les trouve en Germanie. Saint Germain d’Auxerre les combat. Et enfin, pour ne parler que de la région, on les retrouve sur les Champs Catalauniques (vers Troyes et Châlons-en-Champagne) en l’an 451, pour repousser Attila, aux côtés de Saint Loup, l’évêque de Troyes (né à Toul vers 383, mort vers 479 ; il ne faut pas le confondre avec Saint Loup d’Orléans, évêque de Sens, né vers 573 et mort vers 623 à Brienon sur Armançon). Excellents cavaliers, mercenaires implacables et bien armés, les Alains formeront de redoutables alliés, soit loués, soit payés en nature, quand ils ne sont pas déjà esclaves d’un seigneur. Si nous faisons cette petite digression, c’est que les noms « Alain, Allan, Alan » ont leur importance dans notre propos. M. André Chédeville, dans «Des bretons d’origine Iranienne, Mythe ou réalité » (pp. 37 à 47), dissèque leurs origines, influencé notamment par Dumézil, et les replace sur le continent.
Mais revenons à la politique qui a pu faire que des Ecossais et des Français soient liés. Nous n’allons suivre que les grandes lignes qui concernent le propos.


Guillaume Ier, dit le Conquérant, Duc de Normandie depuis 1035, et roi d’Angleterre de 1066 à 1087, a fait de son duché un Etat craint par le roi de France Henri Ier. Guillaume est étroitement lié aux Anglais. Æthelred II, roi d’Angleterre (de 978 à 1014) avait épousé Emma, la fille du Duc Richard II de Normandie. A la mort du roi d’Angleterre Edouard le Confesseur, survenue le 5 janvier 1066, ce dernier ne laisse pas successeur. Une crise de succession s’engage. Guillaume 1er se met sur les rangs ; son opposant direct pour le trône d’Angleterre est Edgard Ætheling, dernier des descendants mâles de la maison du Wessex. La sœur d’Edgard, Marguerite, a épousé Malcolm III d’Écosse (roi de 1058 à 1093). En 1072, Guillaume Ier envahit l’Écosse. Philippe Ier de France, fils d’Henri Ier, qui cherche aussi des alliés pour freiner les ardeurs de Guillaume, s’allie à Malcolm III. Mais celui-ci se soumet aux Anglais et envoie son fils aîné, Duncan, comme otage en Angleterre. C’est là que commence une série d’argumentations visant à déterminer si la couronne d’Écosse doit, ou non, faire allégeance à celle d’Angleterre (Entre nous, c’est la question qui ressortira pendant plusieurs siècles et influencera l’histoire). Malcolm III et la très pieuse Marguerite (elle participe à la réforme religieuse en Écosse et sera canonisée en 1250) ont plusieurs enfants, dont David, né vers 1083 ou 85 ; c’est lui qui deviendra roi. Après la mort de Malcolm et de Duncan Ier (fils du premier mariage de Malcolm et prétendant au trône d’Écosse), le frère du roi, Donald Bam, assiège Édimbourg où se trouvent les trois fils de Malcolm et Marguerite. Edgard Ætheling, le frère de Marguerite, permet aux enfants de s’enfuir vers l’Angleterre.


David devient David Ier d’Écosse en 1124, avec l’aide d’Henri Ier Beauclerc. Henri Ier d’Angleterre, est le plus jeune des trois fils de Guillaume le Conquérant et de Mathilde de Flandre. L’ainé, Guillaume le Roux, était sur le trône depuis 1087. En 1100, il meurt. Normalement, c’est le cadet, Robert, qui devrait lui succéder, mais il est parti en croisade, alors Henri, son frère, s’empare du trône. Henri a épousé Mathilde d’Écosse, la sœur de David. L’éducation que reçoit David à la cour d’Angleterre de l’époque, et les contacts qu’il y gardera, seront déterminants pour l’Écosse. Nous avons vu que les Normands sont de rigoureux administrateurs, fins stratèges et robustes combattants. David change la physionomie de l’Écosse. Il crée des administrations plus centralisées, une économie axée sur la monnaie et moins sur le troc. Il va instaurer l’armée de métier avec des mercenaires, chevaliers en armure recrutés notamment sur le continent. Il prend modèle sur les Capétiens. Il donne des territoires aux chefs mercenaires, les faits Ducs, Comtes, Barons. Ils devront gérer leurs terres, tout en lui prêtant allégeance. Il fonde les premières villes importantes où le commerce sera florissant, sortes de comptoirs appelés Burghs (bourgs) avec une administration autonome, notamment ceux d’Elgin et de Forres. Il place des Normands à la tête de certaines seigneuries stratégiques : Robert Bruce, Annandale ; Hughes de Morville, Cunningham ; Walter Fitz Alan, Strathgryfe. Frontalières avec d’autres provinces, elles seront aussi défensives. Afin d’asseoir son autorité, il fait une sorte de battage médiatique en frappant une monnaie à son effigie. C’est la première du genre en Écosse. David est conscient de régner sur des clans dispersés un peu partout sur un large territoire encore empreint de superstitions païennes et ce, malgré le moine irlandais Colomba (qu’il ne faut pas confondre avec Colomban, mais là, c’est un peu nébuleux !) qui tente de les convertir au christianisme. Son portrait, gravé sur la monnaie, passe entre toutes les mains, ou presque, jusqu’au fin fond des blackhouses et des but’n bens (maisons paysannes primitives). Il y a bon nombre de clans, plus ou moins riches, que le climat contraint aux rapines ou aux allégeances. Pour certains historiens, David est l’axe qui mène l’Écosse vers un devenir de moins en moins celtique, et vers la disparition du royaume d’Alba. Mais le quidam, attaché aux nécessités primitives de manger, se chauffer et avoir un toit, reste imperméable à toute cette agitation politique. Seuls ceux qui ont un certain pouvoir et des richesses, forment des groupes dissidents ou autonomes. Il n’est pas tout à fait juste que David soit sur le trône. Alexandre Ier, dit « le Féroce », roi depuis 1107, est le frère ainé de David. Quand ‘’le Féroce’’ meurt en 1124, il laisse un fils, Maèl Coluin Mac Alaxandaire, qui légitimement est son successeur. Le pouvoir de David n’est donc pas accepté par certains de ses puissants vassaux. Il y a, notamment, Angus Mac Aedh, mormaer de Moray, qui soutient Alaxandaire (mormaer étant le terme qui désigne un souverain régional, un Duc, un Comte). Tout le règne de David sera très controversé, d’autant que son neveu lui voue une haine farouche, qui ira jusqu’à faire tuer le fils de David. C’est un prêtre norvégien exilé et infiltré dans la maison de David qui commettra ce forfait pour Alexandaire. Mais les avantages de David sont sa pugnacité et son intelligence. Les appuis qu’il s’est construits, avec ses armées de mercenaires professionnels, l’autorité régionale qu’il a instaurée en donnant à des chefs étrangers loyaux des fiefs stratégiques, lui procurent des alliés solides et dévoués. C’est aussi par stratégie que les deux «beaux-frères », Henri 1er d’Angleterre et David, se soutiennent. Pour aider David, Henri enverra une flotte nombreuse et ses sénéchaux afin qu’ils viennent à bout du belliqueux neveu, Alexandaire. Ce dernier finira emprisonné, en 1134, au château de Roxburgh.


De son côté, Henri 1er a des problèmes avec sa nombreuse progéniture. Quinze enfants. Tous vivants. Mais, pas tous de la même femme. C’est un Normand et, tout comme son père, il les reconnaît tous. Cela pose un problème de succession, c’est pourquoi, après, il faudra faire un choix, et ce sera l’Église qui tranchera. Les légitimes enfants, aux yeux de l’Église, sont ceux de la sœur de David, Mathilde d’Écosse (mariée de 1100 à sa mort en 1118). Ils ont eu un fils, Guillaume AEtheling (fils du roi en vieil anglais) et une fille, Mathilde ou Maud, dite l’Emperesse. Guillaume aura une vie des plus tragiques. Il est marié en 1119 à la jeune Isabelle–Mathilde d’Anjou, fille du comte Foulque V. Alors qu’il loue un bateau tout neuf pour rejoindre la Normandie, le bateau coule. Guillaume meurt noyé, en 1120, alors qu’il tente d’aider sa demi-sœur. Et c’est là que tout commence, car avec cette mort, il n’y a plus de successeur mâle légitimé par l’Église. En 1127, Henri a fait promettre à David, par charte, de soutenir Mathilde, sa fille légitime, pour qu’elle lui succède et monte sur le trône d’Angleterre. Mais c’est sans compter sur un des neveux d’Henri, Etienne de Blois, fils d’Adèle d’Angleterre, elle-même fille de Guillaume le Conquérant et sœur d’Henri. Adèle est mariée au Comte Etienne-Henri II de Blois et de Chartres. Nous vous citons « son cumul de mandat » ou carte de visite : Etienne est comte de Blois, Châteaudun, Chartres, Meaux ; seigneur de Sancerre, Saint-Florentin, Provins, Montereau, Vertus, Oulchy-le-Château, Château-Thierry, Châtillon-sur-Marne et Montfélix. Etienne sera roi d’Angleterre de 1135 à 1154. Il épousera Mathilde de Bologne (de 1124 à 1151). Cette dernière, une intrigante, n’aura de cesse de comploter contre sa belle-sœur, Mathilde–Maud, dite l’Emperesse. A la mort d’Henri, David, qui a prêté serment de soutenir Mathilde et de la placer sur le trône, décide d’envahir l’Angleterre. Mais il est seul et doit reculer. Les vassaux normands l’abandonnent. Certain chroniqueurs diront que ces Normands furent choqués par la barbarie des Écossais, mais là, c’est un peu gros ! En effet, à la bataille de l’Etendard en août 1138, qui est certes une défaite, les hommes qui ont prêté allégeance à David forment une sorte de « légion étrangère », et n’ont pas la notion de nation ou de patriotisme comme nous l’entendons de nos jours. C’est Robert Bruce qui l’abandonne, tiraillé entre sa loyauté et son allégeance à Étienne. Mais c’est peut-être aussi la supériorité en nombre des cavaliers anglais qui le fait reculer. Ou bien, quelque entente politique ?! En février 1141, à la bataille de Lincoln, David et son fils, Henri d’Écosse, seront aux côtés de Mathilde-Maud. Ils y feront prisonnier Étienne, ce qui mettra en rage sa femme, Mathilde de Bologne.
David impose de nouvelles règles, strictes (il faut savoir tenir tout ce petit monde). Les lois et règles administratives sont retranscrites sur documents (parchemin, vélin, la première fabrication de papier du nord de la France, se fera vers Troyes, mais pas avant 1348), en langue anglo-normande, en vieux français, voire en Flamand suivant les Burghs. Tout cela fait avancer l’administration, mais reculer l’ancienne culture habituée aux transmissions orales et au troc. Si en Angleterre, on exploite les mines d’argent du Devon et du Pays de Galles ( les mines de Combe Martin serviront à financer la guerre de 100 ans) et d’étain de Cornouailles (le 1er comte de Cornouailles, Robert de Mortai,n est le demi-frère de Guillaume le Conquérant), en Écosse, les ressources d’exportation sont la laine, les tissus. L’alliance avec Mathilde est donc plus que nécessaire. David fonde aussi une douzaine de monastères, notamment augustins, cisterciens. Il accueille les ordres templier et hospitalier qui peuvent lui rapporter de l’argent.
David meurt vers 1153 ou 58 ; il a changé la physionomie de l’Écosse. C’est sous son règne qu’apparait la famille Fitz Alan, primo génitrice des Stuart.


(Vous pouvez retrouver cette période dans les romans d’Ellis Peters et les enquêtes du frère Cadfael.)


Le préfixe patronymique Fitz, signifie, fils de…: Dans l’ancien normand (fiz en langue d’oïl) le Z transcrit les sons TS/DZ jusqu’aux XIe et XIIe siècles. Il n’y a pas de nom de famille avant le XIIIe siècle, mais pour certains, en langue d’oïl, Fitz suivi du prénom du père serait réservé à la famille seigneuriale (les autres, on les siffle, ou est-ce encore une manifestation d’un inconscient collectif, qui n’a pas fait le deuil du père, symbolisé par la royauté ?). Non point, c’est surtout pour identifier l’appartenance à un groupe, un clan, une famille. Les préfixes ou postfixes, Mac en gaëlique, Ben ou Ibn en arabe et hébreu, Ovitch en slave, et Son en anglo-saxon, donnent l’indication de l’ascendance de la personne, d’une famille. Les langues sont vivantes et évoluent en s’enrichissant des différents dialectes qui les composent.
Alan Fitz Walter (1140-1204) est le fils de Walter. Il sera le deuxième Grand Sénéchal (High Stewart) d’Ecosse, poste honorifique que David 1er a décerné à son père et qui restera dans la famille de père en fils jusqu’en 1371. En rentrant de la troisième croisade, il devient Grand Maître de l’ordre du Temple d’Écosse, en 1189 (Pas de panique, cet ordre ne dure pas très longtemps, et c’est surtout le côté finances qui intéresse les rois. Clément V, 1er pape d’Avignon en 1309, intègrera plus tard aux hospitaliers les vestiges de l’ordre du Temple). Si dans notre propos nous avons fait allusion aux invasions barbares et à l’implantation d’individus à qui on a permis d’installer leurs familles en leurs donnant des terres, il n’est peut-être pas à exclure que ‘’fils d’Alain’’ ( ou Alan), puisse venir de chefs, rois ou princes, membres de la tribu des Alains, incorporés dans des compagnies franques ou normandes.
Sur le continent, les Capétiens se sont succédé. C’est la troisième dynastie des rois francs. Ils succèdent aux Carolingiens avec l’avènement d’Hugues Capet (987-996). Ils ne règnent d’abord que sur un minuscule domaine, l’Île-de-France, entouré de puissants et belliqueux vassaux, tels que les Ducs d’Aquitaine, de Bourgogne et de Normandie, avec lesquels il faut être fin stratège pour arriver à se faire respecter. Les Capétiens ont eu la chance d’avoir des fils qui, de leur vivant, ont été couronnés. Avec patience, ils ont œuvré à consolider et agrandir le domaine royal, en général soutenus par l’Église. Sous Philippe II « Auguste » (1180-1223), apparaissent baillis et sénéchaux. Ces postes, que l’on donne aux chefs militaires, sont rémunérés en fiefs. Une juridiction spéciale s’organise. Le Parlement s’instaure. Avec Philippe le Bel (1285-1314), c’est le trésor qu’on réorganise. Avec Charles IV dit « le Bel » (1322-1328), c’est là que ça se gâte ! Sans héritier mâle (la politique de primogéniture avait bien aidé la dynastie jusque-là …), c’est la branche collatérale des Capétiens, les Valois, qui va hériter du trône. Philippe VI, premier de la dynastie des Valois, est élu au détriment d’Edouard III d’Angleterre, petit-fils de Philippe le Bel. Edouard III se sent lésé, ça va ouvrir la porte à tous les débordements qui entraînent à la guerre de cent ans. Elle sera suspendue un temps par la grande peste avant de reprendre.
En Angleterre, Henry II avait succédé à Étienne de Blois de 1154 à 1189. Henry a fondé la dynastie des Plantagenêt (son père est Geoffroy Plantagenêt comte d’Anjou et sa mère Mathilde de Normandie, petite-fille de Guillaume le Conquérant), c’était aussi le deuxième époux de la fascinante Aliénor d’Aquitaine, auquel il n’a pas été très fidèle, il faut bien le dire, et avec laquelle il eut bien des déboires. Cette union était mal assortie. Elle était beaucoup plus âgée que lui. Lui, gardait en mémoire la coutume de ses ancêtres qui étaient au minimum bigames. Il délaissa son épouse légitime pour sa maîtresse. Néanmoins, cette union a apporté aux rois d’Angleterre un énorme territoire sur le continent. Aliénor, femme intelligente et intuitive, manipula leurs deux fils, Richard Cœur de Lion et Jean sans Terre. En fonction de la conjoncture politique, elle les montait contre leur père. Henry II aura aussi maille à partir avec Philippe Auguste, le Capétien, qui, conscient du danger que représentent les possessions territoriales franco-anglaises, va attiser les dissensions entre Henri II et ses fils. Philippe va nouer une relation amicale avec Richard, et partir avec lui en croisade. Henry II fait enfermer dans un monastère son épouse, et essaie de faire valoir ses droits sur ses fiefs. Richard succède à son père (Henry est mort en 1189), puis à sa mort en 1199, c’est son frère Jean, dit Jean sans Terre, qui monte sur le trône. Jean a commis une grave erreur en enlevant et épousant la fiancée de son puissant vassal, Lusignan. Conformément au texte de la loi salique, à la suite d’un procès, il perd ses domaines ‘’français’’, que bien évidemment Philippe s’empresse de récupérer. Et c’est le règne de Philippe Auguste (1180/1223), qui sera un des grands constructeurs de la France (La loi salique pourrait remonter aux Mérovingiens, et même avant. Si le cœur vous en dit, vous trouverez sur internet, ses textes quelque peu déroutants et souvent indigestes voire terrifiants. Mais cela donne une vue intéressante des conditions humaines des époques où l’on mangeait bio mais où l’on mourait de faim, de maladie, de pillage pour ce qui est du plus banal). L’Angleterre gardera longtemps l’Aquitaine. Philippe Auguste mènera, comme en Ecosse David 1er, une politique de centralisation, créant des fonctionnaires royaux, baillis et sénéchaux. Il s’appuiera sur la bourgeoisie (celle-ci est constituée de marchands, artisans, gens de métiers ayant des privilèges, des revenus indépendants, et qui habitent un bourg, ou une ville ; ils constituent une classe intermédiaire entre le peuple et les nobles qui sont des vassaux), en favorisant le mouvement communal. Il confie sa trésorerie aux templiers. Philippe Auguste, tout comme David 1er d’Écosse, ne s’y trompe pas : les templiers sont des banquiers internationaux (voir le « Que sais-je » de Régine Pernoud). Ils sont détenteurs des diverses devises, susceptibles d’être utilisées dans tous les pays où ils sont installés. Ils sont les garants et relais du trésor du monarque. N’oublions pas que les conquêtes et les guerres coûtent très cher, surtout quand il faut payer une rançon pour sortir de captivité un roi ou un vassal important. A noter qu’Aliénor mettra un certain temps à payer la rançon pour libérer Richard Cœur de Lion, ce qui laissera à Philippe Auguste le champ libre pour reconquérir les possessions anglaises en France. A Philippe Auguste succède son fils, Louis VIII le Lion (1223 à 1226), puis vient le règne de Saint Louis (1226 à 1270) qui, ayant battu le roi d’Angleterre Henry III, résout temporairement le conflit franco-anglais.


A Saint Louis succède Philippe III le Hardi (1270 à 1285) qui aura comme successeur Philippe IV le Bel (1285 à 1314). C’est sous le règne de ce dernier que nous retrouvons l’alliance franco-écossaise. (Philippe le Bel, dit aussi le faux monnayeur, est l’exécuteur impitoyable des templiers dont il convoite les immenses richesses ainsi que celles des juifs, qu’il abonde de taxes et d’impôts. Il fait aussi élire un pape français qu’il installe en Avignon).


En Écosse, David 1er meurt en 1153 (ou 1158 ?). Son second fils Henry meurt dans les mêmes années. Le fils ainé d’Henri, Malcolm IV monte sur le trône, qu’il occupe jusque vers 1165. Ensuite, c’est Guillaume 1er le Lion, fils cadet d’Henry, frère de Malcolm, qui prend la suite, de 1165 à 1214. Entre 1214 et 1249, c’est Alexandre II, fils de Guillaume 1er. Alexandre II réclame ses droits sur divers comtés. Il entre en guerre contre Jean sans Terre d’Angleterre. Ce dernier réclame la suzeraineté de l’Écosse ; de plus, il n’a pas tenu les engagements qu’il avait faits à Guillaume 1er (Il avait promis de donner de bons partis pour le mariage des deux filles de Guillaume, Marguerite et Isabelle). L’orgueilleux Jean sans Terre pensait, peut-être, que d’avoir fait armer chevalier Alexandre en 1212, suffirait à ce dernier ? Par ce geste, Alexandre avait reçu l’insigne honneur d’être son vassal… Guillaume 1er, quant à lui, avait eu l’espoir que l’une de ses filles deviendrait, la belle-fille de Jean Sans Terre. Alexandre se tourne alors vers le roi de France, Louis VIII le Lion (1223 à 1226), qui tente de se faire proclamer roi d’Angleterre. Jean meurt en octobre 1216, ce qui met fin à l’intervention des Français et des barons anglais qui avaient suivi le roi d’Écosse. En 1217, le légat du pape Honorius III, pour sanctionner la rébellion d’Alexandre contre son suzerain, frappe d’interdit le royaume d’Écosse et excommunie Alexandre. De ce fait, ce dernier se doit de prêter hommage au fils de Jean Sans Terre, Henry III d’Angleterre (1216 à 1272), alors âgé de 9 ans, qui est représenté par le duc de Pembroke. Alexandre épouse Jeanne d’Angleterre, sœur d’Henry III, en juin 1221. Ses sœurs Marguerite et Isabelle épousent, de leur côté, le comte de Kent et le comte de Norfolk, ce qui scelle une réconciliation, mais n’éradique pas totalement les tensions. Petite anecdote : Marguerite (ou Marjorie) aurait été plusieurs fois promise, notamment en 1219 à Thibault IV de Champagne (Thibault 1er roi de Navarre). Tout comme son aïeul David, Alexandre est conscient que par cette politique, il consolide le royaume d’Écosse et fait progresser le pouvoir royal. L’Écosse se construit une identité reconnue par les autres monarques d’importance. Elle a, à présent, son rôle à jouer dans la politique de l’Europe. Alexandre devra toutefois faire face aux graves insurrections de certains clans, surtout dans le nord et l'ouest des territoires, encore empreints des coutumes ancestrales. Puis, en 1230-1231, c’est une invasion norvégienne qui fragilise le monarque. Alexandre meurt de fièvre le 8 juillet 1249. C’est son fils, Alexandre III, né de son union avec Marie de Coucy, sa deuxième épouse, issue de la noblesse française, qui, à peine âgé de 8 ans, lui succède. Il règne de 1249 à 1286. Jusqu’à sa majorité en 1261, une régence collégiale est assurée par neuf nobles et ecclésiastiques, les « Gardiens d’Écosse ». Alexandre III d’Écosse est couronné suivant les rites Scots : assis sur un trône contenant la « Pierre de Scone », ou ‘’ pierre de la destinée ‘’, revêtu d’un manteau de sacre, cependant qu’un barde proclame sa généalogie. On retrouve cette cérémonie sur les pièces de monnaie. Encore une preuve que les traditions païennes ont la vie dure. Parmi les gardiens d’Écosse, on trouve Alexandre Stuart qui assure la fonction de 1255 à 1261 (4e sénéchal d’Écosse, mort en 1283). Entre 1259 et 1261, Alexandre III doit arbitrer une querelle de succession pour le comté de Menteith, qui donne l’avantage à Walter Balloch Stuart. Sous son règne, les îles Hébrides et celle de Man reconnaissent la suzeraineté de l’Écosse à perpétuité. Alexandre III meurt accidentellement en mars 1286. C’est sa petite-fille qui s’assied sur le trône. C’est la fille de la fille qu’il a eue avec Marguerite d’Angleterre, fille aînée d’Henry III. La fille d’Alexandre et Marguerite est Marguerite d’Écosse, reine de Norvège (1261 à 1283) par mariage avec Eric II de Norvège. A leur tour ils ont une fille, Marguerite 1ère d’Écosse, petite-fille du roi d’Angleterre Henry III et d’Alexandre III d’Écosse. Reconnue par la couronne d’Angleterre, mais de santé fragile, Marguerite 1ère meurt au large des Orcades, le 26 septembre1290, à tout juste sept ans. Et la maison des Dunkeld, qui régnait depuis 1058, s’éteint.
Parmi les Gardiens d’Écosse qui assurent la régence, de 1286 à 1292, on trouve un James Stuart (5e sénéchal, mort en 1309) et, nommé par Edouard 1er d’Angleterre, un Brian Fitzalan de 1291 à 1292. C’est un Picard, Jean Balliol, ou en vieux français Jehan de Bailleul, qui est élu face à deux autres prétendants au trône d’Écosse, Robert Bruce (grand–père du futur Robert 1er) et Jean de Hastings. Les Gardiens d’Écosse, craignant une guerre civile entre les clans prétendants, demandent l’arbitrage d’Edouard 1er (roi d’Angleterre de 1229 à 1307), mais c’est sans compter sur les ambitions de ce dernier qui voit là une opportunité de régner sur l’intégralité des îles Britanniques. Parmi les Gardiens d’Écosse de cette époque, on retrouve notamment William Wallace (mort en 1305) qui est en place de 1297 à 1298 (immortalisé par le film plus ou moins contestable de Mel Gibson, Braveheart - cœur brave). Il y a aussi Jean de Bretagne, comte de Richmond, nommé par Édouard 1er et confirmé par Édouard II, quatrième fils d’Edouard 1er. Le roi d’Angleterre entre en Écosse en 1291 en tant que « lord Paramount » (seigneur prépondérant). Cela met l’Écosse dans une situation fragile, car le pays est sans roi ni armée pour le défendre. Édouard 1er tranche le 17 novembre 1292 et choisi Jean Balliol qu’il considère dès lors comme son vassal (Balliol est l’arrière-petit-fils de David de Huntingdon, frère cadet de Guillaume 1er le Lion). Le 1er septembre 1294, le roi d’Angleterre ordonne à Balliol de lui fournir des troupes écossaises, en vue de l’invasion de la France. Mais une stratégie est élaborée afin de défier les ordres d’Édouard 1er : quatre comtes, quatre barons, et quatre évêques constituent un conseil de guerre aux côtés de Balliol. Des émissaires sont immédiatement envoyés pour prévenir Philippe IV de France des intentions d’Édouard. Un traité est négocié, par lequel l’Écosse s’engage à envahir l’Angleterre si celle-ci envahit la France ; la France aidant l’Écosse en retour. Cette « disputation » contient l’arrangement d’un mariage entre Édouard Balliol (fils de Jean), et Jeanne de Valois, nièce de Philippe IV le Bel (Mais il semblerait que ce mariage n’ait pas eu lieu).
Cette durable alliance entre l’Ecosse et la France, connue depuis sous le nom d’Auld alliance, fut signée le 23 octobre 1295 et a duré jusqu’au 6 juillet 1560, révoquée alors par le traité d’Edimbourg, quand l’Écosse devient protestante et s’allie à l’Angleterre.
En l’an 1296, Jean Balliol abdique. Pour l’Écosse débute la première guerre d’indépendance. Jean est emprisonné et en semi-liberté vers 1299. Envoyé en France, il reste notamment, jusque vers 1300, à Gevrey-Chambertin (en Côte-d’Or). Il mourra en 1314. Pendant dix ans, l’Écosse n’a plus de roi. Elle est gouvernée par les Gardiens. De nombreuses révoltes éclatent, dans divers comtés, menées par les Gardiens eux-mêmes (voir sur Wikipédia, « Guerres d’Indépendance de l’Écosse » de 1296 à1357). Philippe le Bel envoie des mercenaires pour soutenir les révoltes. En mars 1306, Robert 1er Bruce est couronné roi d’Écosse (Il est l’arrière-petit-fils d’Isabelle, une des filles de David de Huntingdon). Il règnera de 1306 à 1329.
Pendant que Robert Bruce est en campagne militaire en Irlande pour soutenir son frère Edouard, c’est son gendre, l’époux de Marjorie, Walter Stuart ou Gauthier, (6e sénéchal) qui de 1316 à 1317 occupe la régence (Marjorie est la fille de Robert Bruce et d’Isabelle de Mar, fille du comte Donald II de Mar. Walter et Marjorie se sont unis en 1295. Marjorie meurt en couche vers 1316, ou, selon les chroniqueurs, a survécu au plus deux ans après). Ils ont eu un garçon, Robert Stuart (né en mars 1316 et mort en avril 1390). Parmi les huit principaux partisans qui soutiennent Robert Bruce, on trouve un Alan Stuart, comte de Menteith (de 1315 à 1323). En juin 1318, Robert Bruce est excommunié par le pape qui ne reconnaît pas sa légitimité royale et place l’Écosse sous interdit. Le 6 avril 1320, par la déclaration d’Arbroath, les nobles Écossais interviennent auprès du pape (en Avignon) Jean XXII, pour lui faire confirmer le statut de l’Écosse en tant que nation indépendante et souveraine. Cela permet ainsi à l’Écosse de justifier le recours aux forces armées. C’est au traité de Corbeil, en 1326, que l’interdit est levé par le pape. Robert 1er Bruce est reconnu roi légitime d’Écosse. Robert 1er n’a qu’une fille avec Isabelle de Mar, Marjorie. Et c’est cette dernière qui donne naissance à un fils, Robert, qui deviendra le 7e sénéchal en 1327 puis roi d’Écosse en 1371. Vers 1302, Robert Bruce a épousé Elisabeth de Burgh (morte vers 1327), fille du comte Richard d’Ulster. Elle lui donne quatre enfants, dont des jumeaux, David, qui deviendra le roi David II, et Jean, qui meurt jeune, puis Marguerite et Mathilde. Il a aussi un fils illégitime, Robert Bruce, seigneur de Liddesdale, qui trouvera la mort à la bataille de Dupplin Moor. Le 15 juillet 1329, David succède à son père mort vers juin 1329. David II est né vers mars 1324, il a 5 ans environ, et est déjà marié depuis 1 an, à la petite-fille de Philippe le Bel, Jeanne de France, âgée de 7 ans. Jeanne est la seconde fille d’Édouard II d’Angleterre (roi depuis 1307, il sera détrôné et tué en 1327) et d’Isabelle de France. Isabelle, fille de Philippe le Bel, et son amant Roger Mortimer, n’ont de cesse de comploter contre le royal époux.


David II Bruce est le premier roi d’Écosse à être oint en vertu de la bulle papale de Jean XXII, promulguée vers juin 1329. Durant la minorité de David, qui se passe en France, ce sont les Gardiens qui assurent la régence. Son neveu, Robert Stuart, qui a 8 ans de plus que l’enfant roi, assume la tâche de régent, de 1334 à 1335. Il a environ 19 ans, c’est le futur Robert II, roi d’Écosse en 1371. Mais les premières années du pseudo règne du roi David II sont marquées par une politique houleuse, entre la France, dont le roi est à présent Philippe VI de Valois (1328 à 1350), le roi Édouard III d’Angleterre (1327 à 1377, fils d’Edouard II et d’Isabelle de France), et Edouard Balliol (fils de Jean).
Philippe de Valois est le neveu de Philippe le Bel. C’est grâce aux barons qu’en 1328, il monte sur le trône, écartant ainsi Édouard III d’Angleterre, petit-fils par sa mère de Philippe le Bel, et Jeanne II de Navarre, fille de Louis X le Hutin, fils de Philippe le Bel (La loi salique veut que la filiation se fasse par les hommes et non par les femmes). Édouard Balliol, avec l’appui du roi d’Angleterre, cherche à reprendre le trône d’Écosse. Il est roi titulaire entre 1332 et 1356, et vassal d’Édouard III. C’est façon stratégique, pour ce dernier, d’accroitre ses dominations. Querelles de pouvoirs, querelles familiales, on s’y perd un peu. En tout cas, c’est le moment où on éloigne d’Ecosse les enfants royaux, David et Jeanne. Ils trouvent refuge, ainsi que leur cour, en Normandie, à Château-Gaillard, sous la protection de Philippe VI de France.


Sur le sol écossais, en l’absence de David II, les Gardiens luttent pour maintenir la place de leur roi. Edouard Balliol étant trop proche du roi d’Angleterre, des émissaires français et papaux essayent d’intervenir pour qu’une trêve soit signée. Cet armistice entend faire admettre à Edouard Balliol David comme son successeur et roi légitime. Balliol, manipulé par Édouard III, émet des conditions : il n’acceptera la suspension des hostilités que si David revient de France et vit en Angleterre. C’est l’année 1336. David, âgé de 12 ans, refuse. De rage, Edouard III envahit et ravage l’Écosse. Philippe VI le menace de représailles. Edouard III est repoussé par les Écossais. Sa rage non assouvie, il se tourne alors vers la France dont il revendique le trône. Nous sommes aux environs de l’an 1338. Il commence par faire exécuter Mortimer, l’amant de sa mère, qui complote contre lui. Il réunit plusieurs armées, notamment une sous son commandement, et une sous celui de son fils Edouard de Woodstock, dit ‘’le Prince Noir‘’. Nous retrouvons dans l’Yonne Edouard III qui attaque Tonnerre où il est mis en déroute par Baudouin d’Annekins. Il passe par Coulanges-la-Vineuse. Il réussit à s’emparer de Pierre-Perthuis, en bord de Cure, et de Coulanges-sur-Yonne.
Depuis le XIIIe siècle, la Grande-Bretagne est touchée par un refroidissement climatique important. Elle a dû, de ce fait, renoncer à un certain nombre de ses productions agricoles, notamment la vigne, très répandue auparavant dans le sud de l’île. Economiquement, Edouard III a tout intérêt à récupérer des territoires français.
La guerre de cent ans va commencer !


David rentre en Écosse vers juin 1341, il a tout juste 18 ans. Son pays est dévasté, en proie à la paupérisation, épuisé par la famine. David a en tête de reconstruire ce que son père, Robert 1er Bruce, avait tant bien que mal réussi à faire. Il tient à donner une identité propre à l’Écosse et fédérer les nobles à sa cause. Mais en son absence, les clans Douglas et Stuart ont pris de l’ascendant et il devra composer avec. Jeune homme fougueux et chevaleresque, en 1346, il répond à l’appel de Philippe VI qui lui demande d’enlever ’’le verrou anglais’’ sur Calais. Ils ont pour ennemi commun Édouard III. David prend personnellement la tête de 12 000 hommes. Les campagnes et les montagnes d’Écosse, rurales, encore primitives, sont pleines de ces miséreux, prêts à vendre leur vie pour une écuelle de soupe ou un croûton de pain. Puis qu’importe, de toute façon ils seront enrôlés d’office, suite à une sentence expéditive pour rapine ou autre délit mineur, du moment qu’ils ont entre 16 et 60 ans. De la bonne chair à boucherie, qui fait des effectifs en nombre pour impressionner l’ennemi, mais en aucun cas des êtres humains, ni professionnels de guerre. L’Écosse n’a plus réellement d’armée, elle n’a pas les moyens d’en entretenir une. Il y a bien quelques Français, fournis par Philippe de Valois, mais ces petits contingents sont par trop indisciplinés. À la bataille de Neville’s Cross, les Anglais sont moins nombreux, mais professionnels : c’est un vrai massacre ! David y est blessé par deux flèches au visage ; l’une d’elles est extraite avec difficultés, l’autre reste incluse dans sa tête (On raconte qu’elle sera expulsée naturellement alors qu’il sera en prière en l’église de Saint-Monans de Fife). Il est fait prisonnier et enfermé à la Tour de Londres pendant onze ans (il participe tout de même à des réceptions …). Pendant cette période, il n’a plus de contact avec son épouse, Jeanne, restée en Écosse. Il rencontre alors une Galloise, Catherine Mortimer, qui sera sa maîtresse attitrée et qui se fera assassiner en 1360. Pendant cette captivité, c’est son neveu Robert Stuart qui assure de nouveau la régence, de 1346 à 1357. Balliol, vieux et sans enfant, avec un pouvoir qui diminue, se retire finalement de ses prétentions au trône vers 1356, et meurt en 1367.
David II, lui, est relâché en 1357 (petite précision : sur Wikipédia, dans l’article sur ‘’les guerres d’indépendance de l’Écosse’’, on nous informe que les rançons sont payables en « merks » (la monnaie écossaise). Mais le merk n’apparait que vers 1572, sous Jacques VI ; voir le « Dictionnaire de numismatique » sous la direction de Michel Amandry, Larousse, 2001. Par contre, l’écu d’or à la chaise, créé par Philippe VI de Valois en 1337, sera imité par Édouard III. Le monnayage d’Écosse et d’Irlande n’était rien d’autre que le surgeon de celui de l’Angleterre et des Pays-Bas. On nous informe, dans « Monnaies du Moyen-âge », par Philip Grierson, éd. Bibliothèque des Arts, pp. 232 et 233, que les rançons de David et du duc de Bourgogne furent demandées en écus. Les monnaies qui circulaient le plus en Écosse, à cette période, étaient : le denier, le noble d’or, le gros et le demi-gros).
David II n’a pas d’enfants. En 1362, Jeanne meurt de la peste ; il épouse alors Margaret Drummond, dont il divorce rapidement, en 1369. David meurt en 1371, sans héritier malgré ses maîtresses et ses femmes. C’est son neveu Robert Stuart qui prend la succession, suite à un acte de 1318 confirmé le 15 juillet 1326.
La dynastie des Stuart commence !


En France, c’est le fils de Philippe VI et de Jeanne de Bourgogne, Jean II, dit le Bon (1350 à 1364), qui est roi. C’est lui qui, afin d’égaler la Livre (de 3,88 g d’or) « invente » le Franc (en 1360), au même poids. (On trouve aussi sous Jean II, le Mouton d’or). Pourquoi commencer par cette information ? La rançon demandée pour Jean II, qui est alors otage d’Edouard III à Londres, avec son fils, équivaut à 13 tonnes et demie d’or. C’est une charnière de notre histoire. Jean II est un roi mal connu, car peu apprécié des historiens. Sa réputation d’homme colérique et cruel masque le contexte dans lequel il doit régner. Roi fantasque, il met en pratique la chevalerie des romans de l’époque. Il entend défendre son royaume en protégeant la veuve et l’orphelin. Il se méfie des grands seigneurs toujours prompts à la trahison et l’injustice. La justice, il veut la contrôler lui-même, justement. Il écoute facilement les humbles, ce qui le rend impopulaire auprès de certains grands du royaume. Roi très catholique, les dispositions qu’il prend face aux grands nourriront le courant de la Réforme. Il a gardé en mémoire qu’afin d’éviter la domination des grands laïcs, le seul moyen est de leur imposer de grands ecclésiastiques (Entre nous, ça ne marche pas toujours). Son pire ennemi est son cousin, le roi de Navarre, Charles le Mauvais, qui s’est allié aux Anglais. Le roi de Navarre fait assassiner l’allié de Jean II, Charles d’Espagne, en 1354. Ce contexte de division facilite les ambitions d’Édouard III. Suivi de son fils, le prince de Galles, dit le Prince Noir, et de plusieurs corps d’armée très entrainés, ils ravagent la France. Dans les « Chroniques » de Jean Froissart, XIVe siècle (Froissart : moine poète français, né vers 1337 mort vers 1410, confesseur de l’épouse d’Édouard III, Philippa de Hainaut), nous trouvons une description détaillée du débarquement à Calais de l’armée anglaise, vers octobre 1356 :
« Les seigneurs d’Angleterre et les riches hommes menaient sur leurs chars tentes, pavillons, moulins, fours pour cuire et forger et autres choses nécessaires. Ils menaient bien huit mille chars tous attelés de quatre roucins bons et forts. Sur ces chars, plusieurs nacelles et bachelets, ordonnés sublimement, que c’était merveille à voir. Le roi avait trente Fauconniers à cheval chargés d’oiseaux et bien soixante couples de forts chiens et autant de lévriers. Chaque jour, il allait à la chasse ou en rivière. Il y avait plusieurs riches hommes qui avaient leurs oiseaux et leurs chiens, comme le roi. »
Jean II a une armée indisciplinée, mais en tant que chevalier, le roi de France ne rechigne pas au combat, entraînant son fils Philippe II (duc de Bourgogne dit ‘’le Hardi’’). A la bataille de Poitiers, ils sont faits prisonniers par le Prince Noir et conduits à Londres. La France sombre alors dans le chaos. Villes et campagnes sont ravagées, laissées aux mains de bandits navarrais et anglais. En 1349, la peste noire fait cesser les combats. Les mercenaires démobilisés, se regroupent en bandes, terrorisant, pillant, répandant l’insécurité dans les campagnes et sur les routes. Les seigneurs, décimés par les maladies ou sur les champs de batailles, ne peuvent plus assurer la sécurité des villes, ni de leurs fiefs ; la colère du peuple contre les nobles ne fait que croître. Les paysans se soulèvent ; ils essaient de lutter eux-mêmes contre les routiers. Les seigneurs inefficaces à leur protection, mais si prompts à demander les hommes pour servir leur ambition, sont la cible de leur courroux. Nous sommes en 1357-1358, c’est une révolution, avec des meneurs comme Étienne Marcel, prévôt des marchands de Paris, et Jacques Bonhomme (surnom de Guillaume Carle), agitateur des paysans, dont le mouvement est appelé « la jacquerie » (les gilets jaunes de l’époque). Pendant les quatre ans de captivité de Jean II, c’est un autre de ses fils, Charles, qui a la lourde charge de ce pays dévasté par tous ces maux politiques. Il a du mal à réunir le montant de la rançon pour son père et son frère. La France n’a plus le sou. Par le traité de Brétigny, en 1360, Édouard III s’est vu céder un tiers du pays (Cette disputation ne sera pas appliquée. Une des clauses stipule que le roi d’Angleterre pourra entrer en possession de ses terres conquises, seulement si celles-ci lui sont remises par le roi de France. Donc pas de liesse pour l’Anglais, puisque Jean II est prisonnier et que l’on ne peut réunir la rançon). Le roi de France choisit de rester prisonnier par devoir envers son peuple qui ne peut pas subir d’impôt supplémentaire. Il laisse sa place au régent, Charles, qui devient roi de France de 1364 à 1380 sous le titre de Charles V le Sage (Jean II a eu 11 enfants avec Bonne de Luxembourg, dont quatre fils qui marqueront la politique et l’histoire, notamment Louis 1er d’Anjou et Jean 1er de Berry).


L’alliance franco-écossaise est des plus actives entre Charles V et Robert II. La France envoie argent, armures de chevaliers ; il y a même un contingent d’hommes prêts à partir. Mais Charles meurt…
En Écosse, Robert II Stuart est couronné le 22 février 1371 ; il a 55 ans. Il a été Gardien d’Écosse de 1334 à 1335, de 1338 à 1341, seul régent, puis de 1346 à 1357. Il a toujours été proche de la France dans les moments de conflit et lui a apporté une aide non négligeable en hommes. Il est aussi le 7ème sénéchal depuis la mort de son père, Walter, en avril 1326. Il a reçu les titres de comte de Strathearn, puis pour son aîné Jean, qui épouse Annabelle Drummond avec l’assentiment de David II, le titre de comte de Carrick. Après l’intronisation, il est pris acte (vers 1373), que Jean sera l’héritier du trône d’Écosse. Robert, premier des monarques Stuart, a dix enfants qui atteignent l’âge adulte, d’abord avec Élisabeth Muir de Rowallan, qu’il épouse deux fois, une fois vers 1336 (ce mariage n’étant pas reconnu canonique) puis vers 1346 sous forme ‘’légale’’. Elisabeth meurt vers 1353 et Robert se remarie vers 1355 avec Euphémie de Ross, qui lui donne quatre enfants. Sans compter nombre d’enfants illégitimes. Il reconnaît pourtant ceux de sa maitresse favorite, Mariota de Cardeney, avec laquelle il a quatre fils. Mais l’Église, elle, ne les reconnaît pas. Robert, qui s’est beaucoup investi pour l’Écosse pendant les absences forcées de son oncle David, n’est plus un fringant jeune homme. A 55 ans, avec la vie qu’il a menée, c’est déjà un vieux ! Son règne est plutôt calme, même si, d’après une ordonnance de mai 1385, un amiral français, Jean de Vienne, est envoyé par Charles VI (le Fol, de 1380 à 1422) afin d’apporter une aide à Robert aux frontières qui jouxtent le nord de l’Angleterre (Jean de Vienne est franc-comtois, né à Dôle, mais, pour les Dijonnais c’est aussi le seigneur de Chevigny-Saint-Sauveur, qui est leur proche banlieue. Il est plutôt pour les Bourguignons, mais c’est avant tout un grand chevalier, et à ses côtés on trouve aussi un capitaine Geoffroi de Charny (Côte-d’Or), auteur de trois ouvrages de chevalerie). Les Français n’ont pas été corrects et leur passage laisse encore une traînée amère dans l’esprit des habitants du nord de l’Angleterre. Il faut bien reconnaitre, si j’ose dire, qu’ils reçoivent la monnaie de leur pièce. Jean de Gand, oncle de Richard II d’Angleterre, incendie Édimbourg la même année. Depuis 1384, Jean ou John Stuart comte de Carrick (né vers 1337), fils ainé du roi et son successeur, est Gardien d’Écosse et le sera jusqu’en 1388. Pour Robert II, commence la sénilité. Il ne peut plus gouverner. En 1388, John est contraint de céder la place à son frère Robert, comte de Fife. Un accident de cheval rend Jean invalide. Il n’en succède pas moins à son père, qui meurt en 1390. Le comte de Fife sera confirmé à sa charge de Gardien d’Écosse la même année. On raconte que les Ecossais ont encore en tête les problèmes rencontrés à l’époque de Jean Balliol, aussi, afin de ne pas ‘’perturber ‘’ les esprits, Jean prend le nom de son père, et devient Robert III. Mais pour le quidam, que les rois s’appellent tous Robert (prénom très porté à cette époque) ne change rien à leur condition. Toujours est-il que c’est Robert, frère du roi et comte de Fife, qui tient partiellement les rênes du royaume. Alors ! Robert III, ou Robert, comte de Fife, est-ce que ça change vraiment la donne ? En 1398, Robert III rend hommage à son frère et crée pour lui le titre de Duc d’Albany. On comprend bien toute la symbolique de ce titre (Ce titre honorera certaines branches des Stuart, et il y en a beaucoup, jusqu’à Jacques II en 1660. Il mettra aussi la confusion dans l’esprit de certains chroniqueurs).
Robert III, malgré sa « maladie du corps », a sept enfants légitimes avec son épouse Annabella. David, Duc de Rothesay, est l’ainé des garçons, et héritier du trône, mais il « s’escarmouche » avec son oncle le Duc d’Albany pour des raisons politiques. Toujours est-il que David meurt mystérieusement en mars 1402. Robert III éloigne alors son dernier fils, Jacques, qu’il envoie en France. Ce dernier est capturé en chemin par les Anglais. En proie au délire et au chagrin, Robert III meurt en avril 1406 (Une légende veut que se sentant indigne de son royal titre, il demanda à être enseveli sous des immondices. Il est enterré a Paisley, au lieu de Scone, où reposent les autres rois d’Écosse).


En France, la politique de Charles V, dont le mot d’ordre est « mieux vaut pays pillé que terre perdue », change les ardeurs des Anglais. Charles est roi de France depuis 1364 et le restera jusqu’en 1380. Par cette tactique de la terre brûlée, les avancées anglaises se heurtent à un pays qui ne peut plus nourrir les soldats. Souvent affaiblis par le manque de nourriture, ayant été jusqu’à manger leurs montures, attaqués par des bandes de mercenaires franco-écossais, ils décident de rentrer chez eux. C’est à cette période que l’on rencontre le tristement célèbre Robert Knolles, qui, d’abord allié au roi de Navarre Charles le Mauvais, se trouve à la tête de 1000 Anglo-Gascons qui suivent le chemin du sel entre Loire et Yonne. Il s’installe à Malicorne, dont il fait son quartier général, et pille la région. Il met à sac Auxerre, vers mars 1359. Édouard III, lui, est passé avec ses troupes par Noyers et Montréal. Il s’est installé pour l’hiver à Guillon, chez le sire de Beauvoir. Tout ce petit monde sème la terreur. Nous sommes en février 1360, année du traité de Brétigny. C’est Du Guesclin qui reprendra les possessions anglaises et combattra le roi de Navarre.
De retour en Angleterre, Édouard III, malade (la dysenterie n’épargne pas les têtes couronnées), laisse la régence à son troisième fils, Jean de Gand (Le Prince Noir, Édouard de Woodstock, est mort de maladie, en juin 1376, et son père, Edouard, en juin 1377. Serait-ce là les suites de la politique de terre brûlée de la France ?).Toujours est-il que c’est Richard II, alors âgé de 10 ans, qui est couronné. Il est le fils de Woodstock, et son oncle, Jean de Gand, sera régent jusqu’à sa majorité. Jean de Gand a de grandes ambitions. Il impose une lourde fiscalité afin de financer la guerre qui se poursuit. Cela entraîne de nombreuses révoltes, notamment chez les nobles, et fait progresser les adeptes des idées égalitaires, diffusées par les Lollards. Ces derniers sont des réformateurs religieux, conquis par la doctrine de Wyclif, qui jette le discrédit sur la hiérarchie ecclésiastique. Leurs idées sont, notamment, diffusées par les tisserands ambulants, ruinés par les conflits. Richard II est destitué vers 1399 (il a failli épouser la fille du roi Charles II de Navarre, Blanche, fin 1377, mais Charles V de France fera avorter l’union anglo-navarraise). C’est son cousin, Henry IV, fils de Jean de Gand et de Blanche de Lancastre, qui devient roi d’Angleterre de 1399 à 1413. C’est le premier de la dynastie Lancastre (Shakespeare nourrira ses tragédies de ces manigances historiques, et marquera les esprits parfois au détriment de la réalité. Ses pièces théâtrales ont la vie dure !... Un peu comme Dan Brown et le ‘’ Da Vinci code’’. Les circonstances de la mort de Richard sont auréolées de légendes où l’on ne sait pas très bien trier le vrai du faux. L’une serait son assassinat, commandité par Jean de Gand, alors qu’il est incarcéré à la Tour de Londres, vers février 1400. Selon l’autre, il se serait échappé grâce à la complicité de certains comtes mécontents de la politique de Jean de Gand, et Richard aurait trouvé refuge au château de Stirling, en Écosse, chez le Duc d’Albany, où il serait mort en 1419. C’est au choix ! De toutes façons au vu des différents calendriers, on n’en est plus à 20 ans près !).


En Écosse, Robert III est décédé en 1406. Son fils Jacques 1er, otage d’Henri IV, reste aux mains d’Henri V d’Angleterre. Il a huit ans. De 1406 à 1420, le régent, Robert d’Albany honore l’Auld alliance franco-écossaise. Il ne se presse pas pour payer la rançon demandée par les Anglais afin de libérer le jeune Jacques (les caisses sont vides et la place respectable !). L’enfant roi restera otage pendant 18 ans à la cour de Windsor. D’un point de vue économique, ou stratégique, c’est peut être louable, mais d’un autre côté, c’est la porte ouverte vers une alliance anglaise plus affirmée. 18 ans, ça forge une personnalité. Jacques 1er reçoit, à la cour d’Angleterre une éducation digne de son rang. C’est un jeune homme romantique qui compose des poèmes. Il s’éprend d’une princesse anglaise, Jeanne de Beaufort, fille du comte de Somerset, qu’il épouse en févier 1424. Ils auront 8 enfants vivants. Après son mariage, Jacques 1er reprend son royaume en main. Il est soutenu par l’Angleterre. Il entreprend de nombreuses réformes, notamment celle des monastères bénédictins, et lutte avec acharnement contre le lollardisme de Wyclif et le hussisme (mouvement social et religieux inspiré par le Tchèque Jan Hus). Par stratégie politique, il accorde la main de sa fille, Marguerite, au dauphin Louis de France, futur Louis XI, mais il reste Anglais de cœur. Robert d’Albany meurt en 1420, c’est son fils Murdoch qui assure à présent la régence en tant que Gardien. Il suit les traces de son père et soutient la France. Jacques 1er tient l’Écosse d’une main de fer, voire un certain despotisme. Il est assassiné par Sir Robert Graham vers 1437. Une querelle intestine, fomentée par Jeanne de Beaufort et Archibald Douglas, fait suspecter puis exécuter Murdoch ainsi que ses deux fils, Walter (comte d’Atholl) et Alexandre (Certains chroniqueurs donnent les dates d’exécution entre 1424 et 1425, donc il nous semble probable que la cause des procès soit plus le lollardisme que le régicide). Il ne serait pas vain de souligner que Jacques 1er, dans sa quête à éradiquer les courants réformistes, a fait des émules de sa femme et d’une branche du clan Douglas. Si l’on observe le portrait du Gardien d’Écosse, le Duc Malcolm d’Albany (1420-1424) et l’austérité de son habit, force est de constater l’influence des nouveaux courants dogmatiques et religieux, qui mettent en avant le besoin d’égalité et d’humilité prôné par les réformateurs. Ces derniers diffusent une autre vision de la pratique de la foi, ainsi qu’une lecture biblique vernaculaire et une égalité sociale. N’oublions pas que nous sommes dans une pleine période de Grand Schisme. Les descendants de Jacques Stuart seront nombreux à être de fervents catholiques, de fieffés intrigants, comploteurs et meurtriers. Les cousins seront plus du côté protestant, mais sans plus de scrupules. Les convictions politiques ou religieuses de chacun sont impénétrables… ! Qu’ils subissent ou qu’ils fomentent, il n’en reste pas moins que vivre dans ces sphères, c’est courir autant de risques pour sa vie que sur un champ de bataille.


En France, la politique de Charles V a rempli son office, les Anglais sont de nouveau chez eux. Mais cela ne va pas durer avec l’avènement d’Henri IV de Lancastre. En 1380, le roi de France meurt à 42 ans. Son fils Charles VI lui succède ; il est alors âgé de 12 ans. Ce sont ses oncles (frères de son père), Louis d’Anjou (qui a déjà, dès 1401, une garde personnelle de 21 Ecossais, conduite par David de Linsay, comte de Crawford), Jean de Berry et Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, qui s’accaparent le pouvoir. Avec cette paix précaire, et en pénurie d’argent, les seigneurs ont cédé leurs terres en fermage ou en métayage, moins rentable, mais aux revenus réguliers. Entre la peste, qui a dépeuplé campagnes et villes, la stratégie de la terre brûlée, de surcroît appauvris par les pillages, les paysans ont fui vers les villes, ou se sont engagés dans l’armée, laissant des terres en friche. Une bonne partie de la noblesse a été décimée par les batailles et la maladie, les eaux sont insalubres, elles ont trop charrié de cadavres. La France a grise mine. Mais le Trésor Royal est riche, et la reine Isabeau de Bavière ainsi que son frère Louis VII de Bavière, vont largement y puiser. Quand Charles VI constate la gabegie, nous sommes aux environs de 1388, il a 20 ans. Il tente de reprendre la main, et garde ses oncles comme conseillers. Sybarite, mélancolique, dément, le roi de France Charles VI, que l’on qualifierait aujourd’hui de bipolaire, est reconnu fou à partir de 1392 et devient Charles le Fol (Anecdote : après le funeste bal des ardents, les symptômes de démence apparaissent. Le roi a vu mourir plusieurs de ses amis, entre autres, le comte de Joigny). Entre 1392 et 1407, une rivalité féroce s’opère, entre Louis d’Orléans, frère du roi, gendre du duc d’Armagnac, et le fils de Philippe le Hardi, Jean sans Peur, devenu duc de Bourgogne vers 1404. Jean sans Peur fait assassiner Louis d’Orléans, vers 1407, prétextant entre autres, qu’il est l’amant de la reine de France, Isabeau de Bavière (épouse de Charles le Fol), et intervient trop dans les affaires du royaume . La guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons commence et chacun cherche des appuis. Le fils de Louis d’Orléans, Charles 1er le poète, entouré de sa garde écossaise commandée par le capitaine Jean Stuart dit ’’l’Escot’’, est fait prisonnier par Henri V d’Angleterre à Azincourt (1415). Il restera 25 ans en Angleterre. Le Duc de Berry essaie de faire le médiateur entre ses deux frères. Deux systèmes économiques, sociaux et religieux vont s’affronter. Le pape de Rome est soutenu, encore à cette époque, par les Anglo-Bourguignons, et Avignon par les Armagnacs. Le Duc de Bourgogne promet des baisses d’impôts et s’emploie à contrôler Paris et le Roi. Nous sommes vers 1413. Le Duc Jean profite de l’insurrection des cabochiens, la corporation des bouchers de Paris, dont le chef de file est Simon Caboche qui fait régner la terreur dans la capitale. Déjà en 1382 la pression fiscale avait déclenché la révolte des Maillotins, d’abord à Paris, puis dans tout le royaume, quelquefois sous d’autre patronymes, mais toujours pour une même cause (Maillets ou Maillotins : défenseurs des villes, gens armé de masses de combat, en fer ou en plomb, munies d’un long manche, que portaient les gens de pied au moyen-âge : voir Chroniques de Jean Froissard, XVe  siècle)
Dans un de ses moment de lucidité, Charles le Fol, voyant la France sous la coupe des Anglais, avait envoyé, en 1419, le comte de Vendôme solliciter l’aide du Duc D’Albany, Robert Stuart, alors Gardien et régent d’Écosse. Sept mille hommes ont débarqué à La Rochelle, avec à leur tête, notamment, John Stuart, comte de Buchan, futur Connétable de France, Archibald Douglas, comte de Vington (orthographié par Villebresme, comprendre peut-être Livingstone), Sir John Stuart de Darnley, Alexandre Lindsay, frère du comte de Crawford, etc, afin ‘’d’escarmoucher‘’les Anglais.


Depuis l’année 1413, l’Angleterre s’est vu changer de Roi, c’est Henri V, fils d’Henri IV et de Marie de Bohum, qui règne. Il n’a pas perdu les ambitions de ses prédécesseurs quant à devenir roi de France. Il est le petit-fils de Philippe le Bel et descendant direct d’Edouard III. La guerre civile, entre Armagnacs et Bourguignons, lui donne une ouverture. Pourtant, le 10 septembre 1419, une médiation avait bien été tentée pour réconcilier les belligérants et évite l’invasion anglaise, mais le duc Jean sans Peur ayant été assassiné par des proches du Dauphin de France (futur Charles VII) les hostilités ont repris. Le fils du duc de Bourgogne, Philippe Le Bon, s’est allié alors aux Anglais qui gardent prisonnier le fils de Louis d’Orléans depuis 1415. De plus, Henri V a signé le traité de Troyes, en 1420, appuyé par Philippe le Hardi et la reine Isabeau de Bavière (Cette dernière retourne sa veste, suivant le sens des vents de la politique, sans aucun scrupule pour son propre fils, Charles). Ce traité désigne Henri V, régent et héritier présomptif du trône de France, au détriment du dauphin (futur Charles VII). Dans « Les Mémoires de la société des sciences naturelles de la Creuse » (1950, tome 31, 1er fascicule, pages 17 à 64), M. Marc Michon fait un article sur Jean de Brosse (Maréchal de France, compagnon de Jeanne d’Arc, mort vers 1433) et raconte l’histoire de cette période de conflits entre Français, Anglais et Bourguignons. Il nous apprend qu’Henri V assiégeait Villeneuve-sur-Yonne (à l’époque Villeneuve-le-Roi) le 22 septembre 1421. Qu’à Troyes, capitale d’Isabeau de Bavière, (qui y est assignée à résidence par le roi d’Angleterre), « pour vivre en paix, il faut se munir d’un certificat de dévouement à la cause anglaise ». Et, qu’à la cause du Dauphin se sont ralliées des garnisons écossaises, sous les ordres de Jean Stuart, du Comte de Douglas et du Connétable Stuart de Bucan. Enfin, qu’à la bataille de Cravant (qu’il situe bien dans l’Yonne), les garnisons bourguignonnes sont sous le commandement de Chastellux.
Dans l’excellent article de 1896 « Les Vainqueurs de Baugé » (pp. 217 à 240), extrait des « Mémoires de la Société d’agriculture, sciences et arts d’Angers », le Vicomte Jacques, Maurice, Goiselard de Villebresme (né à Villebernier, Maine-et-Loire, le 14 octobre 1847) fait remonter l’alliance franco-écossaise bien avant Charlemagne, mais sans grande conviction (il en est de même dans notre propos). Il nous apprend aussi que, sous le règne de Charles le Bel (1322 à 1328), les Ecossais sont déjà nombreux à Paris, ce qui incite l’évêque, De Murray, à fonder le collège des Écossais, en 1326.
Il raconte (p. 222) la bataille de Baugé (Maine-et-Loire, situé sur la route du sel) du 16 mars 1421, où l’on retrouve, au vieux pont de Baugé, face à face, les troupes anglaises du Duc de Clarence (Henri V lui ayant laissé les territoires français pendant qu’il s’en retournait en Angleterre), et les troupes franco-écossaises de John Stuart de Darnley, avec à leur tête, Robert Stuart de Ralston et Sir Hugues Kennedy. Je vous condense l’extrait qui est assez savoureux : « Le Duc de Clarence, reconnaissable à la couronne d’or qui surmontait son heaume et à la richesse de son armure, combattait avec acharnement pour s’assurer le pont, quand il fut attaqué par Sir John Kirmichaël qui brisa sa lance sur lui, puis Sir William de Swinton le blessa au visage et enfin le comte de Buchan le tua d’un coup de masse d’arme. »
On apprend (pp. 226-228) que le comte Stuart de Buchan reçut châteaux et territoires en Berry, par lettre royale du 23 avril 1421, Aubigny-sur-Nère, en mars 1422, et les provisions de connétable, le 24 avril 1424.
Petite anecdote : le roi d’Angleterre avait amené avec lui, en France, Jacques 1er d’Écosse. Il ordonna aux seigneurs écossais de rentrer chez eux, mais le comte de Buchan refusa, sous prétexte que son roi était en France. De rage, ‘’ courchié et marry,’’ Henri V fit pendre tous les Ecossais qu’il trouvait à Melun, Meaux, Meulan, et Saint Aignan. Il alla jusqu’à violer, à Meaux, le sanctuaire de Saint Fiacre, sous prétexte que ce dernier était le fils d’Eugène IV, ancien roi d’Écosse du VIIe s. On raconte que c’est à la suite de cette profanation qu’il attrapa le mal de Saint Fiacre (Hémorroïdes, chancres ou ulcères, cancer). En mourant, le 19 octobre 1422, il eut cette phrase « Je ne peux donc faire un pas sans trouver devant moi un Écossais, mort ou vif !»
Le vicomte nous raconte (p. 229) les batailles de Cravant (Yonne, 31 juillet 1423) et Verneuil-sur-Avre (Normandie : 17 août 1424). A la bataille de Cravant : « Jehan Estuart, chevalier et connétable d’Écosse (Darnley), ‘’qui ung œil y ot crevé’’, ledit connétable reçut le comté d’Évreux des mains du Roy, après sa délivrance. » Car il fut fait prisonnier et, après guérison, il fut échangé contre un des frères du Comte de Suffolk, William de La Pole, avant de rejoindre son armée. En l’an 1423, la ville de Cravant se tenait pour le Roy de France, et en fut chef le sieur de Severac, Maréchal de France. Mais Français et Écossais « y furent déconfits ». Furent faits prisonniers, entre autres, Jean Stuart et le Sieur de ‘’Fontaine ‘’ (que l’on retrouve dans notre propos sur les Stuart de Vézinnes). Le vicomte termine son propos en écrivant : « La France est assez riche de gloire, pour ne pas disputer à ses alliés, les lauriers cueillis par les vainqueurs de Baugé qui moururent, presque tous, pour son indépendance à Cravant et Verneuil. »
(Force est de constater qu’avec l’accumulation de titres et prénoms semblables, il est difficile de savoir de quel Stuart les de Vézinnes sont issus. Le vicomte nous donne l’indication de la branche Darnley mais rien n’est vraiment sûr….)


C’est une suite de concours de circonstances qui ont amené Charles VII, comte de Ponthieu, à devenir Roi de France. Il est le onzième enfant de Charles VI et d’Isabeau de Bavière. La politique dans laquelle il évolue n’est pas pour lui donner l’envie de régner. De plus, il n’est pas très aimé de sa mère. Des fallaces courent sur sa légitimité. En 1413, on l’a fiancé à Marie D’Anjou (l’un a 10 ans l’autre 9). Son frère aîné, Louis de Guyenne, gouverne dès 1413, mais il meurt en 1415 à l’âge de 19 ans. Il est alors remplacé par Jean, duc de Touraine et de Berry, qui meurt en 1417. Leur père (Charles le Fol) n’est pas encore mort mais de plus en plus enfermé dans la folie, dont il ne sera libéré qu’en 1422. Les rivalités religieuses, de pouvoir, les intrigues entre Armagnacs et Anglo–Bourguignons sont les maux dans lesquels évoluent au quotidien les populations de l’époque. Charles, âgé de 15 ans, se réfugie alors à Bourges afin d’organiser la défense. Il a pour alliés les Armagnacs, le Comte de Richemont (dont le frère, le Duc de Bretagne, est plutôt pro Anglais) et les Écossais qui forment les gardes du corps des Orléans. Suite au traité de Troyes, c’est Henry VI d’Angleterre qui est roi de France, et gouverneur de Paris. Il a 9 mois. La régence est donc confiée au Duc de Bedford (beau-frère de Philippe le Bon ; c’est sous leur occupation qu’est peinte à Paris la première Danse macabre).
Les alliés de Charles VII forment des contingents d’hommes d’armes, sous les ordres de chefs militaires où l’on retrouve le fils naturel de Louis d’Orléans, Jean, comte de Dunois et Mortain, ainsi que John Stuart de Darnley, comte d’Évreux (fils d’Alexandre), qui est à la tête des Écossais. Nombre de leurs hommes sont taillés en pièces à la journée des Harengs le 12 février 1429. Ce jour-là, à Rouvray-Saint-Denis, au nord d’Orléans, une troupe franco-écossaise tente d’intercepter un convoi de vivres destiné à l’armée anglaise. C’est carême, il s’agit donc de poisson, et vu le rythme des déplacements, c’est du poisson salé ou séché : des harengs ! Mais l’affaire tourne mal : on ne touche pas à la gamelle des troupes ! Ça décuple l’acrimonie des Anglais. Les attaquants sont mis en déroute, tués ou dispersés par un sauve-qui-peut.
Chinon, le 25 février 1429 : une jeune fille de 16 ans demande audience à Charles, elle vient du Barrois mouvant (rive gauche de la Meuse). Elle se nomme Jeanne d’Arc, dite ’’la Pucelle de Lorraine’’; la littérature historique ou romancée, regorge des anecdotes la concernant. Adulée, puis condamnée par l’Église, abandonnée par ses pairs lors d’un procès de dupe, grillée comme sorcière (brûlée vivante, sans être garrottée comme il était d’usage pour les autres condamnés) pour être réhabilitée ensuite, par ceux-là même qui l’avaient suivie puis abandonnée, et par une Église soucieuse d’une possible insurrection. Jean de Dunois, John Stuart et Gilles de Rais (sainteté et diabolicité vont de concert) furent ses compagnons d’armes.


Charles VII est sacré à Reims le 17 juillet 1429. Il signe le traité d’Arras, en 1435, avec le Duc Philippe le Bon, ce qui met fin à la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons. Sous l’influence d’Arthur de Richemont, il crée, par ordonnance du 26 mai 1445,une confraternité de compagnies militaires et d’ordonnances, chargées de la garde personnelle des rois de France, dont la Garde Écossaise. En 1453, à Castillon (Gironde), il chasse les Anglais du sol français, ce qui met fin à la guerre de cent ans.


Rappelons qu'en Écosse, Jacques 1er ou Seumas en écossais, avait été couronné roi en mai 1424. Il avait repris en main son royaume après l’exécution, la même année, de son cousin le Gardien Malcolm et de ses deux fils, Walter et Alexandre. Il fit aussi exécuter Duncan de Lennox, le beau-père de Malcolm. Puis fit arrêter et exiler tous les alliés du Gardien dont il confisqua les biens. Les réformes politiques, financières, et législatives qu’il mena, furent promulguées en langue vulgaire afin d’être comprises par tous. Il tenta de reformer le Parlement d’Écosse sur le modèle anglais. Il fut un fervent adversaire des réformateurs religieux trop prompts à défendre une égalité sociale. Il fut assez frileux quant à la vielle alliance franco-écossaise mais accorda toutefois la main de sa fille Marguerite au Dauphin de France Louis (futur Louis XI) en 1428. Il est assassiné le 21 février 1437. Son fils, Jacques II, lui succède. Il a 7 ans. Jeanne de Beaufort ainsi qu’Archibald Douglas assurent la régence. Jeanne et Archibald se sont mariés en 1439. On ne peut s’empêcher de supputer que les complots et les rivalités de cour sont inexorables et déterminants pour l’histoire. Après le décès, vers 1439, d’Archibald Douglas, Jacques II, encore mineur, fait l’objet d’intrigues pour sa garde et son éducation. Les clans Douglas et Livingstone (sa mère ayant été écartée de la régence l’année de la mort de son second époux), conspirent les uns contre les autres pour se mettre sur les rangs. En 1449, Jacques II commence à régner. Il a 18 ans. Il épouse, la même année, Marie d’Egmont de Gueldre, dont il a 7 enfants. Marie est la cousine de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, sa mère est une de Clèves. Il écarte les Livingstone qui avaient réussi à prendre sa tutelle. Meurtres, exécutions, jugements sommaires, emprisonnements se succèdent suite aux trahisons et complots en tous genres. Il meurt bêtement le 3 août 1460, à l’âge de 29 ans, suite à l’explosion d’un canon défectueux qu’il essayait lui-même. Son fils, Seumas, devient Jacques III d’Écosse en 1460. Il est alors âgé de 8 ans. Il y aura six Gardiens consécutifs jusqu’à sa majorité. Sa mère, Marie d’Egmont de Gueldre, assure la régence de 1460 à sa mort en 1463. Elle est soutenue par l’évêque James Kennedy. Après la mort de Kennedy en 1465, c’est le clan des Boyd qui prend la régence. Cela ne se passe pas sans heurts. Ils sont impopulaires auprès de la noblesse. Jacques III prend les rênes du royaume en 1469 après avoir écarté les membres du clan Boyd. Il épouse en 1469 Marguerite, fille du roi du Danemark, qui lui donne trois fils. Comme celui de son père précédemment, le règne de Jacques III est constellé de félonies, d’intrigues, de complots et de meurtres. Il fait emprisonner et exécuter son plus jeune frère, John Stuart, comte de Mar (né vers 1457, assassiné vers 1479). Son frère cadet, Alexandre Stuart, Duc d’Albany (né vers 1454, mort en 1485) se réfugie auprès du roi d’Angleterre, Édouard IV .Ce dernier lui accorde le droit d’être proclamé roi d’Écosse, sous le titre d’Alexandre IV, à condition qu’il reconnaisse sa suzeraineté. Par cette clause, l’Angleterre s’engage à le soutenir contre son frère. Tout cela n’est pas sans conséquences pour l’Écosse, cela rompt une paix précaire. Jacques III ne tire aucun enseignement du malaise général dans lequel plonge son pays. Il continue de privilégier ses favoris dont la politique est catastrophique. En 1487, une ligue de comtes insatisfaits se forme et soutient Alexandre. Ils prennent en otage le fils ainé de Jacques III, le futur roi, Seumas, Jacques IV. En juin 1488, Jacques III meurt poignardé mystérieusement après la bataille de Sauchieburn. L’Écosse est sous le joug de L’Angleterre. Jacques IV prend la place de son père en 1488. Il a 15 ans. Son Gardien et Grand Chambellan est Alexandre Hume (Nous retrouvons ce nom dans notre propos sur les Stuart de Vézinnes. Vous pouvez consulter ‘’ l’Histoire de la maison Stuart sur le trône d’Angleterre de Jacques 1er à Jacques II ‘’, tome 1er, par M. Hume, parent de la famille Stuart d’Aubigny, et traduit par l’Abbé Provost ; période qui suit Marie Stuart). Jacques III a laissé un pays au bord de l’implosion. On raconte que Jacques IV, très pieux, fait à chaque carême pénitence en portant une lourde chaîne autour de sa poitrine à même la peau. Peut-être pour expier les fautes de son père, ou comme d’aucuns le soupçonnent, pour avoir donné ordre de ‘’Mortem offerre parenti’’. Toujours est-il qu’il est meilleur souverain que son père. En 1502, il signe un traité de paix perpétuelle avec l’Angleterre. Il épouse, en 1503, Marguerite Tudor, fille d’Henri VII d’Angleterre, qui lui donne quatre fils, tous prétendants au trône d’Angleterre. Trois meurent en bas âge, seul reste son futur successeur, Jacques V, né en 1512. Toutefois, quand Henri VIII d’Angleterre déclare la guerre à la France en 1513, Jacques réagit en tant qu’allié de la France. Quand Henri VIII part pour les guerres d’Italie, Jaques en profite pour envahir l’Angleterre mais, à la bataille de Flodden Field, le 9 septembre 1513, il est tué ainsi que nombre des nobles et hommes d’armes qui l’accompagnent. Reste à souligner qu’il avait été excommunié par l’Église, peut-être pour ses idées réformistes. Son corps ne fut jamais enterré ; placé dans le monastère de Sheen, il disparut au moment de l’implantation de la Réforme. Ce fut un roi moderne, un prince de la Renaissance, un visionnaire. Il privilégia sa flotte de navires qui eut jusqu’à 39 bateaux, dont la plus belle création fut le mythique ‘’Great Michael’’. Très érudit, on raconte qu’ il parlait couramment onze langues ; il s’intéressait, entre autres, à la science, aux matières pratiques (au château d’Édimbourg, il fit installer une fonderie pour l’artillerie), à la poésie de William Dunbar, à la médecine (il soutint le collège royal de chirurgie d’Édimbourg). Il laissa aussi cinq enfants ‘’illégitimes’’, dont James Stuart, comte de Moray, né de Janet Kennedy en 1499 et mort en 1544. En 1513, à la mort de Jacques IV, son fils légitime, Jacques V, a dix-sept mois. La régence est assurée, entre 1513 et 1515, par sa mère Marguerite Tudor âgée tout juste de 24 ans. On dit qu’elle est quelque peu volage, mais à son âge, on la comprend. Elle épouse toutefois le comte Douglas d’Angus. De 1515 à 1524, c’est John Stuart, Duc d’Albany, le Gardien d’Écosse (il mourra en France vers 1536). Puis de nouveau, Marguerite et Archibald Douglas d’Angus assurent la régence, entre 1524 et 1528. Pro-anglais, ce dernier se heurte aux pro-Français, ce qui ébranle le pays. John Stuart, Duc D’Albany, Maréchal de France, est alors à la tête de la garde écossaise de François 1er, roi de France depuis peu, lorsqu’ il est appelé pour la place de Gardien d’Écosse. Le Duc D’Albany peut prétendre au trône d’Écosse en tant que descendant direct de la branche cadette de Jacques II, de plus, il est soutenu par François 1er. Cela n’arrange pas les prétentions d’Henri VIII d’Angleterre qui, dès lors, exerce une pression continue sur le régent avec l’aide du clan Douglas, représenté par le comte d’Angus. Henri VIII demande la garde de Jacques V, l’enfant-roi. Le Duc d’Albany, malgré l’aide (assez fluctuante dirons-nous) du roi de France, finit par renoncer à la régence, et retourne en France définitivement en 1524. N’oublions pas qu’il y détient un joli patrimoine, notamment en Berry. Il reprend sa place au service de François 1er.
Le 22 mai 1528, Jacques V, alors âgé de 16 ans réussit, lors d’une partie de chasse, à fausser compagnie à sa mère et au clan Douglas qui le retenait quasi prisonnier. Il rejoint l’évêque de Glasgow, James Beaton, qui avait été régent un temps auprès de Marguerite, dans les premières années de l’enfant roi (1513-1515). Ce coup d’Etat rallie les nobles écossais. Les Douglas sont proscrits et exilés en Angleterre. En 1536, Jacques V se rend en France pour épouser Marie de Bourbon, fille du Duc de Vendôme, mais, arrivé à la cour de France, il tombe fou amoureux d’une jeune princesse, Madeleine, alors âgée de 16 ans. Elle n’est autre que la fille ainée de François 1er et Claude de France. Devant l’obstination et les sentiments de Jacques, le mariage est célébré à Notre-Dame de Paris le 1er janvier 1537. Madeleine, de santé fragile, meurt deux mois plus tard en Écosse. L’année suivante, Jacques épouse Marie de Lorraine-Guise, fille de Claude de Lorraine, duc de Guise, et d’Antoinette de Bourbon (la veuve de Louis d’Orléans). Ils ont quatre enfants, dont la célèbre Marie Stuart née en 1542, cinq jours avant la mort de son père tombé malade. Jacques V (roi de 1513 à 1542), s’opposa farouchement au protestantisme et au clan Douglas. Complots, intrigues, procès pour hérésie ou sorcellerie, le père de Marie Stuart a bien fait d’épouser une De Guise plutôt qu’une Vendôme, c’était plus dans ses convictions. Jacques laisse de nombreux enfants illégitimes, dont James Stuart, comte de Moray (1531-1570), qui sera régent d’Écosse de 1567 au 25 janvier 1570, date de son assassinat. Il occupera ce poste sous la minorité de Jacques VI, fils de Marie Stuart. Cette dernière sera Reine d’Écosse de 1542 à 1567, et Reine de France de 1559 à 1560, un règne sous couleur de complots politico-religieux et d’intrigues d’alcôve. Jacques VI, ou Jacques 1er sera roi d’Angleterre, d’Ecosse et d’Irlande de 1603 à 1625.


Entre 1422 et 1461, en France, nous l’avons vu plus haut, Charles VII est roi. Sa politique pour relever et réorganiser son royaume est soutenue, entre autres, par son ami le grand argentier Jacques Cœur qui rentre en possession de plusieurs imposants domaines, notamment dans l’Yonne actuelle et dans tout le royaume. En 1440, le règne est ébranlé par les ambitions du fils aîné du roi, le futur Louis XI qui est à la tête de la Praguerie, une révolte des princes de France, qui suit le modèle de la guerre civile de la Bohème Hussite. L’insurrection est réprimée dans le sang. Les gens d’armes qui ont suivi les princes, sont décapités ou noyés. En 1435, par le traité d’Arras (signé entre Charles VII et Philippe le Bon) la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons prend fin. Charles VII et Marie d’Anjou s’étaient mariés le 22 avril 1422. Ils ont eu 14 enfants, dont Louis XI, né en 1423. Charles a eu quatre enfants illégitimes avec sa maîtresse Agnès Sorel. Il meurt le 22 juillet 1461. Parmi les très nombreux hommes de guerre qui entouraient le roi, on retrouve John Stuart de Buchan et John Stuart de Darnley.


A la mort de Charles VII, Louis XI lui succède jusqu’en 1483. Sous son règne, Louis doit lutter contre la ligue du’’ Bien Public ‘’ (1465, révolte des grands féodaux attachés aux Bourguignons). Il se fait des ennemis du Duc de Bourgogne (Charles le Téméraire, son grand ennemi, sera tué au siège de Nancy, en 1477), du Duc de Bretagne et du Duc de Berry. Toutes les actions de Louis ont pour objectif l’Etat et le royaume. Il veut être seul maître à bord et que chacun suive ses conceptions. Il combat les frivolités nobiliaires, qu’il exècre. Il veut de l’ordre, de la sobriété, de l’efficacité, agrandir et renforcer son royaume, qui subit encore les séquelles de la guerre de cent ans (M. Quantin, dans les ’’ Archives historiques et administratives de l’Yonne’’, de 1878, nous rapporte l’état de misère de la région). En 1475, Louis XI traite avec Édouard IV d’Angleterre, afin que ce dernier retire ses troupes venues en aide au uc de Bourgogne (ce qui évitera d’autres catastrophes écologiques et démographiques). Le roi de France négocie une très forte somme et fixe une rente de plusieurs années, conscient que quelques coffres biens remplis, sont garants d’une bonne entente avec Édouard. L’un comme l’autre ne souhaitent pas recommencer la longue guerre. Cela aura de graves conséquences pour le duc de Bourgogne. Pourtant, les ‘’excès de convoitise territoriale’’ de Louis font à la France un nouvel ennemi, l’Autriche. Mais ses objectifs sont atteints. Il fait repartir la production agricole, il mène une politique de repeuplement des régions ravagées par les guerres, fixe des exemptions fiscales, notamment pour les seigneurs qui entrent en possession de terres en friches. C’est le cas de Vézinnes et du département de l’Yonne actuel, mais aussi d’une bonne partie du territoire bourguignon ainsi que du Gâtinais actuel et au-delà. (Arch. de Quantin) : en 1479, le roi fait venir de Sens « des ménagiers (couples) à Arras, autrement dit Franchise (français) pour repopullement d’icelle ». Bon nombre de domaines sont exploités par les membres de la Garde Ecossaise, et cette exemption de taxe inclut les métairies encore existantes, aidées par des subventions et une protection juridique. Les bourgeois des villes obtiennent des avantages nombreux afin qu’ils puissent développer leur productions dans le commerce et l’industrie. En bénéficient les soyeux, les drapiers, l’industrie minière, l’imprimerie (voir : l’excellent article de la Société des sciences de l’Yonne, vol 49 paru en 1895, rédigé par M. Henri Monceaux, concernant l’imprimeur Pierre le Rouge de Chablis). Il aide au développement des grandes foires (c’est là que toutes les populations ‘’causent’’, voient des pantomimes qui sont toujours promptes à faire la pub pour qui fait le bien ou le mal, et où l’on dépense son l’argent). Il améliore le réseau routier, les rivières navigables, les moulins, et les ports. Et enfin, il instaure le service des chevaucheurs, qui au départ est surtout militaire, mais qui donnera naissance au service postal (Dans les archives historiques et administratives de M. Quantin, p. 11, on apprend qu’en 1469, un chevaucheur du roi apporte à Sens des lettres en date du 14 septembre, adressées aux gens d’église, nobles, bourgeois et habitants, annonçant la paix du roi avec son frère, le duc de Guienne ; orthographié en vieux français). Louis XI meurt d’une hémorragie cérébrale, il était épileptique, le 30 août 1483. Il avait épousé en premières noces Marguerite d’Écosse, en 1436, suite à des accords politiques entre les parents. Mais ni Louis, ni Marguerite ne purent s’entendre. En 1445, Marguerite réside à Châlons-en-Champagne où elle meurt à 20 ans de tuberculose et sans enfant. Louis épouse alors Charlotte de Savoie, qui lui donne huit enfants entre 1451 et 1483, dont le futur Charles VIII, son successeur.


Charles VIII est roi de 1483 à 1498. Il est intronisé à l’âge de 13 ans et fiancé à Marguerite d’Autriche, fille de l’empereur Maximilien 1er, qu’il abandonne au profit d’Anne de Bretagne (qu’il épouse en 1491) peut-être à des fins politiques, Anne ayant été promise à Maximilien lui-même, ce qui aurait fragilisé le royaume de France . Pendant sa minorité, c’est sa sœur, Anne de Beaujeu, qui assure la régence. Fine et intelligente, elle se doit de composer avec les Grands du Royaume (Les ducs d’Orléans, futur Louis XII, Dunois, Bourbon, et Alençon) que son père, avait quelquefois humiliés. A chacun elle offre un poste important (au moment de la réunion des Etats Généraux, les débats sont un peu rock and roll ). Quant Charles VIII prend les rênes du pouvoir, c’est un jeune homme nerveux, instable, qui rêve de chevalerie et d’héroïsme, de conquête et de grandes batailles. On retient de lui qu’il déclencha les guerres d’Italie qui seront un désastre diplomatique et politique. Charles VIII meurt accidentellement le 8 avril 1498. Aucun de ses six enfants n’a survécu. C’est son cousin, le Duc d’Orléans, qui prend sa succession, sous le nom de Louis XII, de 1498 à 1515. Louis XII a épousé en 1476, contraint et forcé, la fille de Louis XI, Jeanne de France, dite ‘’la Boîteuse’’. Cette union, dans l’esprit de Louis XI, était sensée éteindre les prétentions des Orléans au trône de France. Louis XI était persuadé que sa fille Jeanne, plutôt repoussante physiquement, serait stérile, voire que sa progéniture serait malingre ou que Louis aurait du mal à honorer la donzelle (il ne s’était pas trompé !). Sans enfant, Louis et Jeanne divorcent en 1498. Louis XII épouse alors la veuve Anne de Bretagne en 1499. D’une longue série de fausses couches resteront vivantes deux filles, Claude de France , promise à Charles Quint, mais qui épousera, en 1514, le futur roi François 1er, et Renée de France, Dame de Montargis. Anne mourra en 1514, épuisée par ses grossesses et atteinte de la gravelle (calculs urinaires). La même année, Louis n’ayant pas de descendant mâle, épouse une des sœurs du futur roi d’Angleterre, Henri VIII, Marie Tudor d’Angleterre, fille cadette d’Henri VII et d’Élisabeth Tudor. La jeune reine de France est veuve au bout d’un an. Louis meurt d’épuisement… en janvier 1515. Il n’a pas de fils. Il laisse le trône à son gendre et cousin, François 1er, couronné le même jour. Louis XII, qui a poursuivi l’aventure italienne, laisse une France fragilisée. Il a réglé le problème anglais par son mariage avec la jeune Marie. Mais entre-temps, les Suisses ont envahi la Bourgogne. François 1er les vainc à Marignan les 13 et 14 septembre 1515, puis signe le traité dit ‘’de paix perpétuelle’’ en novembre 1516.


François 1er commence son règne en essayant d’arrondir les angles. Roi volage, porté sur les arts en général et le grandiose, il se laisse facilement gouverner par les femmes (sa petite enfance fut celle d’un garçonnet adulé et couvé par sa mère et sa sœur, de six ans son aînée, Marguerite d’Angoulême, deux femmes captivantes par leur intelligence et leur culture générale). Tout en paradant dans son rôle de roi, il occulte la politique et laisse facilement à d’autres l’ingratitude et l’ennui des décisions. Pourtant, quand il faut se battre, il est aux premières loges, porté par le gout de la gloire et du prestige. En 1525, il part avec 30 000 hommes, dont sa Garde Écossaise, pour affronter Charles Quint et le Connétable de Bourbon qui se dirigent sur Pavie. C’est un désastre !... Francois 1er est fait prisonnier et transféré à Madrid, ce qui aboutit au traité du même nom en 1526. Par cette disputation, le roi de France renonce à tout droit sur l’Italie, en y abandonnant ses alliances, et doit livrer la Bourgogne à Charles de Habsbourg, dit Quint, ce qui donne à l’Empereur une souveraineté par trop puissante aux yeux des autres souverains d’Europe. Claude de France étant décédée depuis 1524, le traité stipule que François 1er devra accepter d’épouser Éléonore d’Autriche, la sœur de Charles Quint. François accepte et est libéré le 17 mars en échange de deux de ses fils, dont le Dauphin, retenu otage en Espagne. De retour en France, il forme la ‘’ligue de Cognac’’ (1526), sous son égide et celle du Pape, afin de sceller une union contre l’Empire et les Bourguignons. François n’entend pas suivre les exigences du traité. Les hostilités reprennent. Entre temps, le pape Léon X, qui était en conflit depuis 1517 avec le réformateur Martin Luther, déclare l’excommunication de ce dernier, en 1521, ce qui fait resserrer les rangs des Réformés et fragilise Rome. Louise de Savoie (la mère de François 1er) et Marguerite d’Autriche (tante de Charles Quint) arrivent à négocier, en août 1529 à Cambrai, ‘’ le traité des Dames’’. Charles Quint doit renoncer à la Bourgogne et au Charolais, mais une partie du traité de Madrid reste valide. Une forte rançon est versée pour libérer les fils du roi de France, et François doit se résoudre à épouser Éléonore d’Autriche (le 4 juillet 1530). Sous le règne de François 1er, l’Église catholique est chancelante, ébranlée par la publication, en plus grand nombre, de la Bible en langue vernaculaire, que l’imprimerie sur papier a rendue plus accessible ; elle est diffusée, ainsi que les pamphlets, par les colporteurs (Vaudés, 1140/1270, marchand lyonnais, avait fait la première traduction de la bible, en provençal). François 1er est assez tolérant, au départ, avec les réformateurs. Il est très influencé en cela par sa sœur, plutôt portée sur l’évangélisme protestant, et va jusqu’à protéger le groupe ou cénacle de Meaux (fondé en 1521, c’est un groupe d’humanistes comme Farel, Roussel entre autres, et d’écrivains tels que Rabelais, Marot, Erasme….sous l’égide de l’évêque de Meaux, Guillaume Briçonnet, directeur spirituel de Marguerite de Navarre, et du vicaire Jacques Lefèvre d’Étaples. Les farouches opposants seront les Franciscains et les docteurs en théologie de la Sorbonne dont Noël Bédier. Les détracteurs parviendront à mettre fin au cercle de Meaux en 1525. Mais les études humanistes prendront des voies détournées : en 1530, les humanistes créeront le collège des lecteurs royaux, actuel Collège de France. Les disciples auront la vie dure. En 1546, quatorze membres sont arrêtés, torturés et brûlés en place publique, ceux qui en réchappent essaiment dans toute la Champagne. François 1er met fin rapidement à ces persécutions.).
En 1534, suit l’affaire des placards, qui accélère la persécution des Réformés et amorce la guerre entre catholiques et protestants (Les placards : dans la nuit du 17 octobre 1534, un texte anticatholique est affiché en des lieux publics, par une minorité active. Les portes du château d’Amboise en sont placardées, c’est une des résidences de François 1er. Cette injure modifie le comportement du roi, qui fait un amalgame malencontreux de cet incident. La répression qui s’en suit influence la politique étrangère et attise les haines). En 1540, l’Église évangélique vaudoise, installée dans le Luberon depuis 1399, est condamnée pour hérésie par l’édit de ‘’Mérindol’’. François 1er, qui a besoin du soutien de ces disciples pour contrer l’avancée de Charles Quint, les défend dans un but stratégique (pour la chair à canon point de foi !). En 1545, il se range du côté des accusateurs. C’est le premier massacre de Protestants, dit massacre de ‘’Mérindol’’ ou ‘’des Vaudois du Luberon’’. Trois mille personnes sont tuées en cinq jours, et six cent soixante-dix autres prisonniers des galères. Ceux qui en réchappent rejoignent l’Église calviniste ou les terres luthériennes comme Montbéliard. Marguerite de Navarre reste toutefois sensible à la Réforme, elle s’entoure de Calvin et de Theodore de Bèze, tous deux éduqués par Wolmar réputé pour sa probité, plus pondéré que Luther sur la question juive. Ces deux pasteurs devront s’exiler à Genève. Marguerite de Navarre est la mère du futur roi de France, Henri IV (1589-1610), qui sera élevé dans la religion protestante. Elle est l’auteure notamment de nouvelles historiques, ‘’l’Heptaméron‘’. François 1er meurt en 1547, son successeur est son fils cadet Henri II, roi de France de 1547 à 1559, qui épouse Catherine de Médicis. Il est mortellement blessé lors d’un tournoi, par Gabriel de Montgomery, seigneur de sa Garde Ecossaise. Ses successeurs seront ses trois fils : François II de 1559 à 1560, époux de Marie Stuart ; puis Charles IX de 1560 à 1574 ; enfin, de 1574 à 1589, Henri III.


Pour ce qui est de nos amis écossais, entre la politique de leur pays et la manne des rois de France, bon nombre choisissent de s’installer sur le continent, plus ou moins définitivement. Les divergences religieuses, les querelles de pouvoir, indissociables de la politique des différentes royautés européennes, ont scindé la dynastie des Stuart, et influencé ses allégeances. L’Angleterre d’Henri VIII (1509 à 1547) va basculer en faveur d’un protestantisme anglican sous l’influence d’Anne Boleyn (François 1er soutiendra ce couple venu le rencontrer à Calais). Le fils de la très catholique Marie Stuart, Jacques 1er, prône l’anglicanisme (l’Église anglicane est à la fois catholique, mais non romaine, et réformée), et se heurte à la conspiration catholique ‘’des poudres‘’(1605). Il fait traduire la Bible, qui porte son nom ’’la Bible du roi Jacques’’. Fasciné par la sorcellerie, il est à l’origine de la chasse aux sorcières en Écosse et en Angleterre. Il aime à superviser leurs tortures. A la fin de sa vie, on dit qu’il eut quelques remords. C’est dans ces contextes que nous retrouvons les de Vézinnes.


Tous ces personnages ont réellement existé, leurs vies ont nourri l’imagination des écrivains et des scénaristes, mais ils peuvent encore nous faire rêver d’aventures extraordinaires….
Romancières, romanciers, à vos plumes !...

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