MARC  LABOURET

Histoire de Salomon

Un soleil brûlant caressait les façades des maisons de terre, un vent chaud et léger soulevait imperceptiblement les fins voiles qui protégeaient des insectes les demeures. Les hommes et les femmes des tribus, réunis dans la cité, retenaient leur souffle. L’heure était grave. Nul ne pouvait ignorer que le destin de la cité et du peuple tout entier était à l’œuvre.

On avait paré le dos de la mule royale d’une riche étole. Un esclave maintenait l’animal par la bride sur le seuil cuisant du palais. Bientôt un jeune prince devrait s’y asseoir afin d’être mené à la source sacrée de Gihon située en contre-bas des remparts de la cité de Sion ; il y serait oint par Sadoq le grand prêtre.

Quand Salomon sortit sur l’esplanade, la tête du jeune prince lui tournait un peu. Les moments qu’il venait de vivre étaient à la fois douloureux et intenses. Son père, le Roi David, venait de lui transmettre l’amulette, symbole de sa légitimité monarchique à la tête du peuple. Les souhaits que le moribond intimait à son fils étaient de faire preuve de compassion et de reconnaissance pour les hommes des tribus. Ils l’avaient suivi dans la construction de la toute jeune nation d’Israël. Sur les épaules du jeune homme, bien que préparé par Sadoq et Natan, le poids de la charge à venir lui donnait à présent le vertige. Quand il se présenta sur l’esplanade pour prendre place sur l’animal, l’air qu’il humait avait le goût métallique du sang.
Bethsabée, mère de Salomon, ainsi que le prophète Natan de la tribu de Juda, avaient réussi à convaincre David de placer son fils cadet, réputé pour sa sagesse, sur le trône encore frêle. Intrigues et meurtres fomentés par certains proches du vieux roi, comme Joab le général et neveu de ce dernier, ainsi que Abiothar le grand prêtre, avaient pourtant fait proclamer Adonias héritier légitime de David.

Adonias était le fils de Haggit, une des femmes du harem du roi murant. Il se conduisait déjà en seigneur et maitre. Il parcourait la cité en grande pompe, sur un char tiré par quatre magnifiques chevaux et escorté de cinquante gardes à pied. Il était l’aîné à présent, ses trois frères de sang, plus âgés que lui et qui auraient pu prétendre au trône, ayant été tués par ses sbires. Il était évident que l’accession de ce demi-frère qui de plus était son cadet ne serait pas à son gout. L’orgueilleux prince n’en resterait pas là.

La procession se mit en route. Salomon était escorté par la garde rapprochée de son père ainsi que par le prophète Natan. Ils retrouvèrent le grand prêtre Sadoq qui avait fait chercher la corne à huile sacrée dans la tente temple ou se trouvait l’Arche d’alliance. A la source où le jeune prince serait intronisé, les préparatifs attendaient celui qui deviendrait bientôt le nouveau roi d’Israël et de Juda.

Le cérémonial d’intronisation dura de longues heures sous le regard vigilant de la garde royale de David. Puis on fit sonner les shofars, faits de cornes de béliers, pour ponctuer la fin. La foule poussa alors des vivats en l’honneur de Salomon. Puis le cortège s’ébranla pour rejoindre la citadelle. Musique, danses et chants se muèrent en un joyeux tintamarre. Des holocaustes gigantesques furent organisés en l’honneur du jeune roi, dont l’histoire retiendrait, plus tard, la sagesse, la probité et l’équité.

Les jours qui suivirent ne furent que liesse. Dans la cité, les odeurs de parfums, d’épices et les fumées de viandes grillées se mêlaient, portées par un vent doux et chaud. Les tribus fidèles au roi David rendaient hommage à son successeur. Entre banquets et holocaustes, le jeune roi tenait conseil. Il devait avant tout déterminer sa stratégie pour faire asseoir sa renommée et celle de sa nation.

De son côté l’intriguent Adonias ne s’avouait pas vaincu. Les anciennes règles de succession ayant été bafouées, il ne doutait pas de faire entendre raison au peuple. Se pensant fin stratège, il demanda audience à Bethsabée. Il l’enjoignit de convaincre Salomon de lui donner pour femme la dernière épouse de David, Abishag de Shunem, dont il s’estimait l’ultime protecteur. Par ce biais, il prenait possession du harem, qui en orient était un symbole de puissance, et affirmait ainsi sa légitimité de prince du sang. Salomon ne s’en laissa pas conter, il comprit très vite les desseins de ce frère belliciste qui avait fait tant de mal autour de lui. Il se rappelait l’exil qu’avait dû subir leur père, le roi David, quand Adonias s’était fait proclamer roi. De l’assassinat de ses frères, eux aussi fils de Haggit, qu’il avait fomenté afin qu’ils ne lui ravissent pas le trône.

Salomon, mis au fait des intrigues, ordonna à ses lètes l’exécution d’Adonias. Il fit mettre à mort ou exiler tous ceux qui avaient comploté contre David et lui-même. Les premiers jours du règne de Salomon se passèrent dans le sang. Il devait avant tout faire table rase des intrigants afin de pouvoir donner aux tribus qui le reconnaissaient comme l’élu, un royaume exempt de conflit et prompt à la paix.

Salomon commença son règne par la consolidation de ses relations avec l’étranger. A la différence de son père, il était conscient que la diplomatie était le seul moyen de faire apprécier sa nouvelle nation. Il renforça ses alliances. Pour se rendre encore plus puissant aux yeux des autres monarques, il réussit à obtenir pour femme une des filles du Pharaon Siamon. Ce dernier offrit la ville de Gézer en dot. Salomon put ainsi faire traverser le pays d’Edom pour exploiter les mines d’or et de diamants d’Asion-Gaber indispensables à ses ambitieux projets.

Il mit en place une politique qui permit d’emprunter les voies commerciales en toute sécurité : il fit établir de nombreux postes de défense en des points stratégiques pour protéger les routes caravanières, et faire circuler les richesses de l’orient. Dans ses places fortes, il fit installer des garnisons de lètes, ces cavaliers israélites armés. De nombreux chevaux furent importés de Qowe (Cilicie) de Musri (voisin de la Cilicie), de Misrayïm (Egypte). Des chars de guerre furent construits et mis à la disposition des chevaliers. Il fit édifier d’imposantes écuries où il organisa le commerce de chevaux d’excellence, qu’il revendait aux princes araméens et hittites. Il organisa un commerce d’importation et d’exportation. Il fit construire à Asion-gaber, au fond du golfe Elanitique, une flotte de navires « tarshish » (ou tarsis) destinés aux grandes traversées afin de s’approvisionner en biens précieux, tels que l’or, l’argent, le bois de Santal, l’ivoire, les singes et les paons. Les israélites, piètres marins, ne pouvaient remplir ce rôle, aussi Salomon fit appel à Hiram, roi de Tyr, qui lui envoya des matelots aguerris.

Le commerce de Salomon était très rémunérateur, ce qui donnait du poids à sa nouvelle nation. La renommée de ses richesses et de sa sagesse s’étendait de plus en plus. Il recevait avec faste. La somptuosité de ses fêtes devenait légendaire. A Saba, ville de l’Arabie méridionale, la reine, Soltana Balkama (ce qui signifie la reine intelligente et fine), voulut constater par elle-même si cette notoriété n’était pas usurpée. C’est ainsi qu’elle se rendit à Jérusalem. Accompagnée d’une très longue et majestueuse caravane, chargée de nombreux présents comme il était d’usage, elle suivit la route de l’or et de l’encens sécurisée par cet étrange monarque. Après les échanges de cadeaux, la reine voulut s’entretenir avec Salomon. Belle et cultivée, la jeune souveraine voulut vérifier par plusieurs questions subtiles et profondes si la réputation de sagesse de ce jeune roi était justifiée. Ils passèrent beaucoup de temps ensemble. Salomon, sous le charme, lui fit visiter son royaume en pleine construction. Leurs échanges étaient intimes, leur complicité croissante et visible. Bons cavaliers, la reine et le jeune roi parcouraient les étendues des territoires conquis, avec une escorte légère. Le soir, on pouvait apercevoir à contre-jour les silhouettes des deux jeunes gens scrutant un horizon qu’ils semblaient être les seuls à reconnaître. Elle dut pourtant se résigner à rejoindre son vieux mais non moins royal époux. Car si les hommes orientaux tiraient gloire et puissance du nombre de femmes et concubines de leur harem, les femmes, elles, devaient assurer une descendance au monarque et ce, sans que cela pût être contesté. Couverte d’or, de bijoux, de pierres précieuses, d’encens, de parfums rares, et le cœur débordant d’admiration et d’amour ardent mais pourtant impossible, la reine quitta Jérusalem. Quand Salomon vit s’ébranler l’imposante caravane, le cœur lui serrait un peu. Les yeux dans le vague, il faisait tourner l’anneau de son index gauche, cadeau offert par cette reine qu’il aimait profondément. Tout au fond de lui, il espérait qu’un jour leur union serait possible. Après tout, le roi de Saba était un vieil homme ! La jeunesse permet une certaine distance avec le temps qui passe, que seules les années parcourues rattrapent.

La sève accumulée par David dans le rameau de la monarchie produisait sa plus belle fleur en Salomon. Le royaume était encore trop fragile pour que cet amour puisse être vécu au grand jour. Il ne pouvait pas risquer une guerre. La paix, qu’il mettait tant d’ardeur à consolider, était l’assurance du serment fait à son père et à son peuple. Il devait accomplir sa promesse, bâtir un temple à la gloire de Yahvé le Dieu unique du peuple Juif. Il fallait la paix et de l’argent pour le construire. La grandeur d’une nation se mesurait aux yeux des autres, à la fois aux dimensions du temple et du palais, et à leur splendeur. Ses constructions dispendieuses, dans tout le royaume, ses fastueuses réceptions, faisaient que de temps en temps les coffres du trésor étaient vides.

Salomon entretenait de fréquents rapports avec le roi de Tyr, Hiram, avec qui il commerçait. Il lui envoya un jour ce message :
« - Mon père n’a pas pu construire un temple au nom de Yahvé à cause des guerres. Maintenant que la tranquillité est venue, je vais tenir sa promesse. »
Hiram, qui avait été un ami fidèle du roi David, lui accorda son aide à la fois en matériaux, hommes et argent.

L’emplacement du temple fut Moriah, la colline qui formait vers le nord la continuation de l’Ophel. C’est là qu’était située l’aire d’Orna le Jébuséen, lieu où le roi David avait fait édifier un autel pour Yahvé. Plus tard cela deviendra le lieu saint musulman, Haram esh-Sherif.

Le roi de Tyr envoya des ouvriers spécialisés et surtout du matériel à Jérusalem. Il fit couper des cèdres du Liban, des cyprès, des genévriers qu’il fit acheminer par radeaux le long de la mer jusqu’à Jaffa où les serviteurs de Salomon les réceptionnaient pour les transporter sur les chantiers. Pendant ce temps, des milliers d’ouvriers israélites et cananéens travaillaient à extraire, tailler et transporter des pierres. Les giblites (grecs) sculptaient le bois et la pierre. On fit venir de Tyr le meilleur bronzier Hũrãm-‘abhi, qui établit sa fonderie près de Sukkoth dans la vallée du Jourdain. Les chantiers étaient colossaux car en plus du temple, Salomon se faisait construire un immense palais royal, et agrandir son harem. Les ouvriers d’Hiram furent rémunérés non en or, mais en froment et en huile acheminés en grande quantité. Salomon envoyait dix mille hommes de corvée par mois au Liban. Ils y restaient un mois sous les ordres du maitre d’œuvre Adoram, puis ils rentraient chez eux deux mois, remplacés par d’autres. Le paysage était une fourmilière, bruyante et poussiéreuse.

Le temple ou maison de Yahvé, devait être construit suivant un schéma symbolique que même les temples de toile respectaient : pour ces tribus, la gloire du Dieu Yahvé brille spécialement dans les cieux, mais habitant sur terre, il doit demeurer dans l’obscurité de la cella.
L’édifice devait avoir sa façade tournée vers l’orient, là où l’astre de lumière se lève. On pénétrait ensuite dans trois salles successives. D’abord le vestibule ou ũlãm large de 11 m, long de 5,50 m et d’une hauteur de 16,50 m. De chaque côté de l’entrée se trouvait une colonne de bronze creuse d’une hauteur de 9,90m et surmontée d’un chapiteau arrondi d’une hauteur de 2,75 m. Chacune de ces colonnes portait un nom, à droite était Yakhĩn, qui veut dire « il rendra stable », à gauche, Bo’az qui signifie « en lui est la force ».
La salle suivante était l’aula, hēkhāl ou maison grande, mais aussi « le Saint » (qodhesh), symbole de la terre. Sa largeur et sa hauteur étaient les mêmes que pour le vestibule, mais sa longueur était de 22m.La pièce était meublée d’un autel de cèdre couvert d’or destiné aux parfums et aux pains, illuminée de dix candélabres d’or pur ainsi que des accessoires du culte, eux aussi en or.
Puis, la Cella ou adyton (en hébreu debhĩr), le Saint des Saints (qodhesh qodhashĩm), représentait le ciel, salle parfaitement cubique, de 11 m de côté. Mystérieusement obscure, c’était l’écrin où devait être déposée l’arche d’alliance. Deux chérubins sculptés dans du bois d’olivier, d’une hauteur de 5,5 m, gardaient et protégeaient de leurs immenses ailes de 2,75 m le précieux symbole de la foi. Sols, murs, ainsi que cloisons, tout était recouvert de bois de cèdre et de genévrier sculpté de chérubins, de fleurs, et de palmes. Tout l’ensemble était recouvert d’or. Puis venait la cour intérieure du temple appelée l’Atrium (häser). Cette cour était entourée de hauts murs. Là se dressait l’autel en bronze des holocaustes. Un immense réservoir symbolisant l’eau, appelé « la mer d’airain » reposait sur douze bœufs de bronze répartis en quatre groupes de trois, situés aux quatre points cardinaux. Les bœufs symbolisaient les douze tribus d’Israël. Il y avait aussi dix conques de bronze fixées sur des chariots à roues qui servaient à transporter l’eau du réservoir aux endroits où cette eau sacrée était demandée.

Le peuple ravi d’admiration pouvait à présent contempler le temple et découvrir aussi l’immense palais. Ce dernier avait été divisé en deux. Un bâtiment était destiné au harem royal et aux salles administratives du souverain. L’autre était réservé aux appartements de la fille de pharaon, première épouse. La partie réservée au roi contenait, entre autres, la salle de justice où se dressait un trône d’ivoire posé sur une estrade à six degrés. Sur ceux-ci se tenaient douze lions, six de chaque côté. L’estrade était surmontée d’un baldaquin recouvert de précieuses étoffes. C’est en ce lieu, que la réputation des jugements sagaces du roi, passeront à la postérité et le rendront immortel.

Sous son gouvernement le peuple jouissait d’une opulence et d’un bien-être qu’il n’avait pas encore connus. L’argent devint aussi abondant que les cailloux. La réputation de Salomon, aux yeux des Israélites, le faisait paraître le « roi yahviste idéal » (plus tard il sera qualifié de prophète). On sait qu’un peuple ébloui par d’ostentatoires édifices, symboles de puissance de leur roi, et qui de plus a le ventre plein, oublie facilement les jours pénibles. Un jour pourtant, Hiram demanda à être payé. Mais les caisses du royaume étant vides. Salomon, pour s’acquitter de ses dettes, dut livrer vingt villes au roi de Tyr.

Toutefois un homme, même riche roi, et jouissant d’une grande réputation de sagesse, n’en reste pas moins homme.
Salomon n’avait pas cessé de penser à sa reine de cœur. Chaque jour l’anneau lui rappelait le vide laissé par cette femme. Depuis leur rencontre, personne n’avait réussi à le combler. Leurs échanges « interculturels », leurs visions du monde, leurs conversations qui semblaient sans fin et auxquelles la tendresse et l’amour mettaient un point d’exclamation, lui manquaient terriblement. Ils avaient pourtant maintenu des échanges épistolaires qui montraient que leurs sentiments étaient restés intacts et d’une grande sensibilité. Puis tout s’était arrêté. Un jour un messager muni d’une missive vint faire part a Salomon du deuil du roi de Saba. Sa jeune reine, avait péri en couches ainsi que son enfant. Pour Salomon le ciel venait de se déchirer. La vie prenait la couleur des nuits sans lune. Son cœur pesait à présent, comme à Sisyphe le poids de son rocher. Parfums et richesses venaient de perdre leurs attraits. Le vide de l’absence devenait à présent un gouffre. La ferveur de sa foi lui donnait un goût d’amertume. Le riche et célèbre souverain, que tout un peuple vénérait, entrait dans le doute. Il avait consacré sa vie à rendre les hommages les plus fervents à Yahvé, Le Dieu unique, et exclusif. Lui à qui il avait fait construire un temple dont le rayonnement en imposait aux autres divinités. Lui à qui il avait sacrifié son amour terrestre pour rendre hommage à son amour céleste. N’était-ce pas pour Lui qu’il avait laissé partir celle qui lui donnait la force de continuer malgré l’absence ? Comment à présent croire en Lui ? A trop donner on se perd.

Dès lors, Salomon s’enferma de plus en plus souvent en lui-même. Un dégoût du quotidien s’immisçait en lui. Il visita plus régulièrement son magnifique harem pour essayer, sous les caresses de ses nombreuses femmes, de retrouver le corps chaud de l’être évanoui. Mais nulle ivresse, olfactive ni gustative, ne réussit à combler sa peine Ce grand roi vieillit prématurément. Il ne chercha plus à convaincre ses femmes et concubines de rendre hommage à Yahvé. D’origines diverses, elles l’entrainèrent à accueillir leurs Dieux et Déesses plus inclusifs. Salomon fit construire aux environs de Jérusalem des sanctuaires dédiés aux divinités cananéennes. On le voyait à présent se prosterner devant Astarté, Moloch ou Chamos (Kamosh), dieu des Moabites, et organiser des sacrifices à ces Dieux plus conciliants et moins psychophages. Saoul de douleur, il dépensait sans compter et se noyait dans de futiles agapes. Il n’arrivait, ni par le vin, ni par les nourritures, à combler le gouffre sans fond laissé par l’absente.

La politique du royaume s’en ressentit. Des feux de rébellion menaçaient. Jéroboam de la tribu d’Ephraïm, placé par Salomon comme surintendant des ouvriers de la maison de Joseph, se mit à la tête d’un mouvement de révolte. Les impôts et taxes en tout genre menaient le petit peuple à la ruine. Le roi n’entendait plus. Il réussit toutefois à faire condamner l’agitateur avant que l’incident ne prenne trop d’ampleur. Aidé et soutenu, Jéroboam se refugia en Egypte.

Mais le cœur n’y était plus. Celui qui s’était tant battu pour faire reconnaître son Dieu et son peuple avait perdu la foi. Son règne aussi perdit de son aura. Salomon s’éteignit en 932 av JC. Quand son fils Roboam monta sur le trône, le royaume était en ébullition, mais cela est une autre histoire…
Si la fin de sa vie ne fut pas des plus glorieuses pour sa religion, le peuple d’Israël gardera en mémoire le grand Salomon comme étant celui qui réussit à faire briller son peuple en le sortant de son nomadisme. Sa renommée ayant passé les frontières, son histoire est devenue une légende et les légendes font les immortels. Son Dieu unique a fini par convaincre et aujourd’hui il est la souche de trois religions. Les Saints et Saintes ont pris la place des Dieux et Déesses païennes dans le cœur des hommes.
Ce fabuleux monarque aura laissé un terreau fertile pour les générations qui ont suivi. Les conteurs parleront de sa gloire, de sa ténacité, de ses richesses et de sa justice. Encore aujourd’hui il est au panthéon de ses hommes qui font briller le regard des enfants car son histoire s’est auréolée d’un halo de conquêtes et de magie.

 

Frédérique Labouret-Pasdeloup.

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Histoires de métiers

Voici un petit inventaire de métiers qui ont laissé une trace sur les murs de nos villes, villages et campagnes. Certains sont rattachés à des contes ou des légendes, d'autres vous seront simplement expliqués pour que vous sachiez à quoi leurs noms sont rattachés et quelle était leur utilité.

LE TRAVAIL DES METAUX


• LE TAILLANDIER

C'est le fabricant des outils tranchants (ciseaux, cisailles, hache, lance, flèches).

• LE FERBLANTIER ET LE CHAUDRONNIER

Le ferblantier et le chaudronnier sont deux métiers qui se rejoignent.
Le chaudronnier est connu depuis très longtemps. On le trouvait dans tous les villages, car c'est lui qui fabriquait des ustensiles à usage domestique ou religieux (cultuel).
Le ferblantier fabrique des objets à usage domestique, qu'il recouvre avec de minces feuilles de fer trempées dans l'étain (timbales, assiettes, plats...) à une époque où nous ne mangions pas encore dans de la vaisselle en faïence.
Le ferblantier et le chaudronnier, étaient appelés" sifflets", parce qu'ils utilisaient un soufflet de forge qui rythmait les journées de labeur par son bruit caractéristique.
Jean-Baptiste Colbert, ministre du roi Louis XIV (14), vers 1665, introduisit en France, grâce à l'abbé Gravel, la première fabrique de boîtes de conserve en fer blanc, à Beaumont dans le Nivernais. Il fit venir pour cela des ouvriers d’Allemagne, qui étaient déjà accoutumés à cette pratique.

• LE LAMPISTE

C'est le fabricant de lampes à réservoir (pétrole, huile). C'est aussi l'employé des chemins de fer, qui manipulait la lampe pour les départs et les arrivées des trains.

LES METIERS DU TRANSPORT


• LE CHARRON

Le charron est l'artisan qui, spécialiste du bois et du métal, conçoit, fabrique, entretient, adapte, répare des véhicules (Charrette, brancard, charrue, tombereau, poulie...)
Il conçoit les carcasses des véhicules et les roues.

• LE CARROSSIER

C'est vers 1650 qu'apparaît cette spécialité qui est à l'origine de la construction de grandes charrettes que l'on a appelé des" guimbardes". Mot qui, dans l'usage courant, deviendra celui des voitures un peu branlantes. Plus tard, quand il sera possible d'acheter un châssis, le carrossier sera le maître d'œuvre pour dessiner la coque des voitures particulières. Ainsi, ce métier a évolué et aujourd'hui il répare les voitures accidentées, qui ont été confectionnées en usines.

• LE ROULIER

C'est celui qui assure le transport des produits (charbons, minerais) sur les routes par voiture hippomobile (à cheval).

LES METIERS DU CUIR


Les premiers hommes utilisaient des peaux pour faire des outres afin de conserver l'eau. Ils s'en servaient aussi pour faire des boucliers. Ils séchaient les peaux et les fumaient afin de pouvoir s'en vêtir. Le métier de tanneur, tout comme celui de corroyeur, remonte au début de l'humanité.

• LE TANNEUR

Il transforme en cuir la peau des animaux morts.
Suivant la peau, elle sera appréciée pour divers usages. Elle recevra un mode de tannage différent.
Le tanneur s'occupe d'éliminer les restes de viande, sur les peaux des bêtes qui ont été tuées par le boucher, afin que d'autre artisans puissent les utiliser, comme le cordonnier, le bourrelier, le tailleur.... L'action de tanner permet de rendre imputrescible la peau. Le tanneur utilise les peaux de bœufs, de vaches, de veaux.
Le hongroyeur était chargé des peaux de chevaux, d'ânes.
Le chamoisier était chargé des peaux de daims, cerfs, chevreuils.
Le maroquinier était chargé des peaux de boucs, chèvres, chamois.
Le mégissier était chargé des peaux de mouton, d'agneau, de chevreau.
Le parcheminier, ou la parcheminière, travaillait les peaux de chèvre ou de mouton pour confectionner les parchemins sur lesquels on écrivait. Le vélin, autre ancêtre de la feuille, était confectionné avec de la peau de veau, d’agneau, voire de cheval mort-né. Cette profession était réservée aux abbayes depuis le haut moyen-âge.

Certaines histoires prétendent que l’on utilisait aussi la peau des enfants mort-nés pour confectionner du vélin, afin d'y inscrire des formules magiques et des incantations.

Conte
On raconte qu'une nuit où la lune était pleine, un jeune homme, qui s'en revenait des champs, vit au carrefour des chemins, marqué par un calvaire, une forme noire, inquiétante, longue et mince, qui creusait au pied du crucifix. A peine éclairé par l'astre, il découvrit un grand homme vêtu d'une longue robe foncée. Un capuchon recouvrait sa tête et ne laissait entrevoir ses traits. Le jeune homme, curieux, se cacha derrière un gros noyer à proximité. La lune se dégagea peu à peu du nuage qui la couvrait. Une scène très étrange se révéla à l'adolescent. Il entendit d’abord l'ombre marmonner des mots sans suite et vit qu’elle tenait dans ses mains un coffret d'or serti de pierreries qui scintillèrent quand un rayon de lune les caressa. L'homme enfouit son trésor dans un trou sous le crucifix, continua à marmonner, puis se retira.
"Scantimus, sepracus, momentus", furent les mots que le jeune homme retint.
Quand la forme fut suffisamment loin et qu’elle eut disparu, le jeune garçon sortit de sa cache et s'approcha du calvaire. Il réussit à ouvrir la cavité sous le crucifix, sortit le coffre, et, devant tant de beauté, décida de l'emporter.
Il rentra chez lui, s'enferma dans la grange afin que ses parents ne le dérangent pas, posa le coffret sur l’établi et se mit en devoir de l'inspecter. Après l'avoir retourné dans tous les sens, il découvrit un petit orifice qui devait pouvoir contenir une clef. Mais comment l'ouvrir ? Il n’avait pas la clef !... Le jeune homme se sentit un peu désespéré. Il continua un moment à observer le coffret, quand tout à coup une pensée lui vint. Peut-être qu'en répétant les mots entendus plus tôt, cela ouvrirait le coffret !!? Il répéta plusieurs fois "scantimus, sepracus, momentus", mais rien ne se passa.
Au désespoir, il s'assit en regardant sa trouvaille. Ses yeux découvrirent alors, sur le côté, une pierre qui correspondait, par sa forme, à l'orifice d'ouverture. C'était peut-être là la clef ?! Il retira délicatement l’objet et l’introduisit dans la serrure. Oh, miracle ! Le coffret s'ouvrit.
Quelle ne fut pas la déception du jeune homme en découvrant, à l'intérieur du coffret, un parchemin d'une finesse telle que l’on pouvait voir au travers mais qui ne portait aucune inscription.
Peu importe, se dit-il, je pourrai revendre le coffret. A lui seul, il vaut son pesant d'or. Peut-être pourrai-je aussi revendre le parchemin vierge.
Il se demanda à quoi pouvait bien correspondre les trois mots dits par l'escogriffe. Il les répéta à voix forte, c'est alors que sur le parchemin des lettres couleur sang apparurent. Comme il ne savait pas lire correctement, il décida que de bon matin, il irait retrouver son ami, un ermite qui logeait dans la grotte non loin de là et qui, lui, savait lire.
A l'aube, il partit avec le coffret sous le bras. Il expliqua à son ami comment il avait trouvé ce coffret, et comment il avait fait apparaître, grâce aux mots qu'il avait entendus, un texte sur le parchemin. L'ermite qui avait écouté paisiblement jusque-là le récit, lui fit découvrir avec horreur à quel point il n'aurait pas dû s'emparer de ce coffret.
En effet, un parchemin si fin, des mots écrits à l'encre de sang, qui apparaissaient suite à une incantation, cela ne pouvait être que l'œuvre du tanneur du diable. Il dépeçait les petits enfants pour que son maitre puisse inscrire ses malédictions. Qui d'autre aurait pu écrire sur de la peau aussi fine, telle celle d'un nourrisson humain, des incantations certainement diaboliques, si ce n'est Belzébuth? L'escogriffe, protecteur des âmes, avait dû voler le coffret afin de le mettre à l'abri de ces méfaits en l’insérant au crucifix.
Le jeune homme, bouleversé, demanda comment il allait pouvoir réparer sa forfaiture.
-"Il est bien temps d’y penser, lui dit l’ermite furieux, il va nous falloir retrouver la personne qui est capable de déjouer le maléfice. Heureusement, je connais l'escogriffe, je vais pouvoir intercéder en ta faveur, mais il te faudra en payer le prix. Dès à présent, tu devras faire œuvre de charité, travailler dur, et aider les pauvres et les malades. J'écrirai au grand abbé de mon ordre qui te prendra dans son monastère. "
Le jeune garçon allait protester, mais l'ermite le fit taire promptement.
"- Cette malédiction pourrait toucher tous les tiens et même au-delà. Ta concupiscible curiosité se retourne contre toi. Souviens-toi que bien mal acquis ne profite jamais".
Le jeune garçon, contrit, rentra dans les ordres des bernardins. On apprit plus tard que par son zèle, il devint évêque.

Les tanneries se trouvaient à proximité d'une rivière afin d’utiliser le courant pour le traitement des peaux. L’eau est essentielle dans le métier de tanneur. On attachait les peaux à des pieux ou des piquets, afin que le courant fasse le travail de trempage. Il fallait toutefois que la vitesse n'altère pas la peau, aussi construisait-on des petits barrages. L'ouvrier tanneur ensuite "décrottait" les peaux, sur un banc (chevalet de rivière semi-cylindrique) avec un outil courbé en fer (qui ressemble à une serpe avec un manche à chaque extrémité) afin de retirer les poils et le reste des impuretés de la peau.

Lors du traitement, le tanneur utilisait le "TAN," jus d'écorce de chêne ou de châtaignier, qui lui était fourni par les « moulins à tan ». C'est l'écorce du chêne qui, transformée, était la matière première utilisée depuis de nombreux siècles dans le travail du trempage des peaux. Le jus que l'on récoltait après la transformation est appelé le « tanin ».
On trempait les peaux dans de grands tonneaux remplis d'eau et on les foulait aux pieds. Par la suite, une machine à fouler a remplacé l'homme ; elle s'appelait le « turbulent » (cela doit vous rappeler quelque chose). C'était une grande caisse qui permettait de battre les peaux. Cela faisait beaucoup de bruit.
Le travail du tanneur a, petit à petit, laissé la place à la machine, car on utilisait de plus en plus de produits toxiques. Les tanneries prenaient beaucoup de place avec leurs grandes cuves, elles propageaient de fortes odeurs, c'est pour cela aussi qu'elles étaient, de préférence, à l'extérieur des villes.

• LE CORROYEUR

Le corroyeur travaillait sur des peaux sélectionnées, telles que les queues, le front, les mamelles des vaches. Il s'occupait de préparer les peaux que le tanneur a déjà travaillées. afin de confectionner des semelles, des outres (que maintenant nous appelons gourdes), des lacets, des lanières pour sabots de bois, harnais, souliers..., pour les cordonniers, les bourreliers, les selliers etc... Il les immergeait dans l'eau, les foulait avec les pieds pour les assouplir, aidé de la "BIGORNE" (sorte de masse à long manche et dont la partie large est munie de dents de bois ou de fer suivant la peau). Il les enduisait ensuite d'un corps gras. Le métier demandait une grande connaissance et une grande précision. La durée de l'apprentissage était de quatre ans. Chaque maître avait un minimum de deux apprentis. Le travail à la lumière était interdit. Tout travail du cuir mal corroyé était brûlé devant la maison du coupable, afin que l'on reconnaisse son manque de professionnalisme. Après un arrêté de 1567, les maîtres d'apprentissage sont passés à un seul apprenti pour une durée de cinq ans.
C'est un métier de grand savoir-faire, si bien que le mot corroyer a été utilisé dans d'autres corporations : corroyer le fer, c'est superposer plusieurs plaques ou barres de fer que l'on porte à "rouge blanc", et que l'on bat jusqu'à ce qu’ils se soudent entre eux. Le menuisier appelle corroyer le travail de dégrossir le bois par le rabotage.
Mais le métier de corroyeur ne s'applique qu'aux travailleurs des peaux.
Le tanin, que le corroyeur utilise, laisse des déchets qui seront utilisés pour faire des engrais. Nous retrouverons dans notre périple d'anciennes usines, qui dans l'Yonne fabriquaient l'engrais à base de ces déchets.
Le métier de corroyeur a disparu, avec les moulins à tan.

• LE BOURRELIER

C'est le fabricant des harnais, des licols, des capotes pour les voitures, des bâches, des tabliers et des besaces. Il achète ses peaux aux corroyeurs.

• LE CORDONNIER ET LE SAVETIER

Anecdotes
C'est depuis 1442 que la corporation des cordonniers est reconnue. Il faut trois ans d’apprentissage pour devenir maître cordonnier.
Un petit maître cordonnier, est appelé BEURLOT. Le BEURLOQUIN est l'ouvrier de la maison du BEURLOT.
Au XVIIe siècle le premier ouvrier cordonnier est appelé un GORET, le deuxième BOEUF, l'apprenti PIGNOUF.
Les saints patrons de la corporation sont les saints Crépin et Crépinien, fêtés le lundi de pâques.

Histoire
Un SAVETIER voyant au coin de sa rue, un sergent ivre qu'on tâchait de relever mais qui retombait lourdement sur une borne, se tira de son tire-pied (chevalet de travail) et se posta devant l'homme chancelant. Après l'avoir contemplé un moment les deux poings sur les hanches et la tête légèrement penchée, l’air songeur, il dit en soupirant :
« - Et dire qu'il me faudra attendre dimanche pour être dans cet état !... »

Légende
Un jour que le bon roi consultait la liste des pendus, il remarqua qu'elle n'avait pas de cordonniers mais bien d'autres professions fortement représentées. Il s’écria alors :
« - les cordonniers sont de braves gens ! »
Et c'est depuis que l'on dit " brave cordonnier".

Histoire
Un soir, CREPIN le cordonnier travaillait à la lueur d'une chandelle. Comme beaucoup de ses confrères, contraint de rendre son travail promptement, il y laissait peu à peu la vue. Notre artisan constata un soir que la flamme, en traversant la bouteille d'eau en verre, qu'il avait placée près de son ouvrage, lui apportait une lumière plus forte. Il en fit part à sa corporation, qui, dès lors, usa de ce procédé pour travailler dans de meilleures conditions.
C'est en reconnaissance de ce service que la corporation décida qu'il serait leur saint patron. Les cordonniers fêtent la saint Crépin le 25 octobre. Ils se réunissent en cortège, suivant le bâtonnier de la corporation (celui qui a l'autorité de porter le bâton) et se rendent à la chapelle de leur saint.
Lors de la fête, il était de rigueur de ne pas jurer, renier, se disputer, maugréer Notre-Dame, Dieu et tous les saints, sinon on devait une forte amende :1/2 livre de cire à bougie pour la confrérie.


Légende
Un brave savetier travaillait beaucoup, mais il ne gagnait pas d'argent. Il arriva un jour où il lui restait tout juste assez de peau pour faire une dernière paire de souliers. Il prépara son ouvrage pour le lendemain et alla se coucher.
Au matin, il trouva son ouvrage terminé. Les souliers étaient de vrais chefs d'œuvre. Une pratique (ou cliente) habituelle les remarqua. Elle les lui acheta plus cher que de coutume. Le savetier put acheter d'autres peaux, et se remettre à l'ouvrage. Il découpa son cuir afin de le coudre le lendemain matin. Quand il se leva, il trouva plusieurs paires de souliers sur sa table de travail. Tous d’une rare beauté. D'autres clients vinrent les lui acheter au prix fort, ce qui lui permit de renouveler son stock.
Une semaine passa et toujours, au matin, le brave cordonnier trouvait sur sa table de travail les souliers terminés d'une remarquable façon. Une nuit, vers la fête de noël, sa femme et lui, intrigués par ces miracles, décidèrent de se cacher pour découvrir ce mystère qui les rendait plus prospères. A minuit sonnant, ils découvrirent l'arrivée de deux lutins, nus et frileux, qui se mirent à l'ouvrage. Ils terminèrent au petit matin de magnifiques souliers et s’en repartirent par le trou de souris. La bonne femme du cordonnier décida qu'elle allait sur-le-champ coudre à chacun des lutins une chemise, un gilet, une veste et un pantalon. De son côté, le brave cordonnier leur confectionnerait des petits souliers.
Le couple s’y contraint tout le jour durant. Leurs travaux terminés, ils placèrent sur la table ce qu'ils avaient confectionné pour les lutins, à la place de l'ouvrage pour le lendemain. Quand les lutins, arrivèrent à minuit et qu'ils trouvèrent les habits et les chaussures, ils se mirent à rire, à chanter, à danser. Ils revêtirent leurs beaux habits tout neufs, et l'un d'eux prit un morceau de craie et écrivit sur la table :
« - Vous n'avez pas été ingrats, nous ne le serons pas non plus. » Puis ils disparurent.
Bien qu'ils ne fussent jamais reparus, le ménage du cordonnier demeura prospère.

LES METIERS DE L’ALIMENTATION


• LE MEUNIER

C'est à lui qu'on apporte le grain à moudre (blé, orge, épeautre) pour qu'il le transforme en farine, ou pour faire de l'huile (noix, lin, moutarde). Le moulin peut être la propriété d'un artisan, d'un noble ou d'une confrérie monastique.

Légende
Le diable, après avoir cherché quel métier était le plus facile et le plus rémunérateur pour quelqu'un sans scrupules comme lui, décida de se faire meunier. Il s'établit sur une rivière et fit construire un moulin en fer dont les diverses pièces furent forgées dans les ateliers de l'enfer. Les meulants (ceux qui cherchent à faire moudre leur grain), curieux, vinrent de tous côtés dans cette nouvelle usine, dont la renommée devint si grande que les meuniers alentour, qui jusque là avaient bien profité de leurs prérogatives, furent au chômage complet.
Quand le diable eut accaparé toute la clientèle, il se mit à si mal traiter le grain, que bientôt on se mit à crier famine.
L'hiver arriva, plus froid, plus mordant que jamais et l'on rentra dans une grande misère.
Un saint homme, qui passait par là, résolut d'aider ces pauvres gens. Il fit construire en amont du moulin du diable, un moulin tout en glace. Les personnes pauvres, qui avaient du grain à moudre, le donnèrent au moulin du saint homme. Il le leur rendit en une grande quantité de farine bien blanche. La nouvelle se répandit assez vite.
Tant et si bien que chacun se rendit au nouveau moulin, et que le diable se trouva à son tour sans pratique.
Le diable vint trouver le saint homme et lui proposa d'échanger son moulin de glace contre son moulin de fer. Le saint homme accepta, mais demanda au diable en compensation dix milles pistoles (c'était la somme exacte que le diable avait soutirée à ses clients en" *dessous de table", pour moudre leur grain). Le diable trouva cet arrangement très lucratif. Ce prix était bien inférieur aux gains qu'il comptait faire avec ce nouveau moulin. Pendant huit jours, le diable fut très satisfait de son marché.
Mais le dégel arriva. Les meules du moulin de glace commencèrent à fondre, et au lieu d'une farine bien sèche, cela devint une pâte. Le diable, furieux, s'en alla trouver le saint homme afin de lui dire son mécontentement face à ce marché de dupes. Le saint homme ne s'en laissa pas conter. Il rappela au diable que le marché avait été fait dans les règles, ce dernier ayant acheté avec argent sonnant et trébuchant le moulin de glace pour racheter ses fautes envers ses clients. Le diable, pris à son propre jeu, disparut.

*Dessous de table : c'est de l'argent qui n'est pas honnêtement gagné, souvent pris en plus du prix que l'on doit normalement payer.


Il faut savoir que les meuniers n’avaient pas de salaire. Ils prélevaient du grain sur ce qu’on leur apportait à moudre. Bien sûr, certains ont abusé de leurs privilèges et dans ce conte, c'est toute la corporation qui en fait les frais. Par la suite on imposa une loi afin que les meuniers soient rémunérés en argent. Ainsi, ils ne pouvaient plus tricher. Il était recommandé de rendre la farine au même poids que le blé, à deux livres près. Si l'on n'avait pas d'argent pour faire moudre le grain, on payait en surplus de blé. Chaque meunier avait son unité de mesure appelée" SETIER", et le surplus était payé dans cette unité de mesure.
On raconte que certain meunier peu scrupuleux, faisait confectionner des meules carrées, afin de garder le grain qui restait dans les coins. On comprend ainsi pourquoi le meunier avait une si mauvaise réputation. Mais surtout on pensait que c'était un homme riche et avare.


Autre légende
Il était une fois une meunière qui n'avait pas de conscience et qui prenait plus de deux à trois fois la mouture aux pauvres gens. Elle le faisait pendant qu'ils étaient endormis en attendant leur farine. Elle vint à mourir, et l'on dit que c'était le diable qui lui avait tordu le cou. On ne l'aimait guère, mais, avant de l'ensevelir, on lui fit une veillée où deux femmes du village restèrent pour la garder. Au milieu de la nuit, les deux femmes sortirent du moulin en criant et en courant. On leur demanda ce qu'elles avaient, elles répondirent qu'elles avaient entendu du bruit par-delà les rideaux du lit de la morte. Elles avaient ouvert et ayant regardé, avaient vu un spectacle horrible. C’était deux gros béliers, l'un tout noir, l'autre tout blanc, qui se battaient autour du lit de la morte.
Le bélier blanc criait en disant : « Cette âme est à moi, et je veux le corps aussi. »
Le bélier noir criait aussi : « Cette âme m'appartient, nous avions passé un pacte avec la meunière et je veux aussi le corps. »
Le curé, averti, vint avec le grimoire (à cette époque, seuls des prêtres savaient lire les grimoires. Ils pouvaient ainsi faire venir le diable et lui parler.) Le curé arrive donc au moulin, il se tourne vers le bélier noir et lui demande ce qu'il voulait (il avait reconnu le diable !).
« - J'ai l'âme, dit-il, et je veux le corps.
- Non, lui répond le curé après avoir fait trois signes de croix. Ce corps a reçu les saintes huiles pour le pardon de ses actes. » A ces mots, le bélier noir disparut en fumée. Et le bélier blanc, qui était un ange du paradis, partit aussitôt au ciel avec la morte pardonnée.


Dans l'Yonne, à Pâques, quand les garçons meuniers rapportaient la moulée (farine), on leur offrait des œufs.
Le meunier était craint, car on le croyait investi du pouvoir de connaître des sorts. On pensait aussi qu'il pouvait guérir les rhumatismes, si on lui faisait frapper trois coups de marteau sur son moulin en récitant des incantations.

• LE BOUCHER

C'est lui qui abat les animaux, et en vend la viande.
A l'époque romaine, la législation de la profession de boucher voulait que quiconque embrassait la profession (voulait être boucher), devait la faire suivre par ses descendants (enfants). Un jeune homme qui épousait la fille du boucher devait obligatoirement exercer le métier.

Conte
Un jour, un client pour mieux se faire voir de son boucher qui vendait de la viande cuite lui dit :
« - Voilà sept ans que je n'achète ma viande que chez vous. »
Le boucher lui répondit :
« - Et vous vivrez encore ! »

Conte
A l'époque des croisades, à Saint Jean d'Acre, un boucher fut arrêté par les sarrasins, parce qu'il vendait de la viande cuite aux pélerins.
Devant le suzerain il se défend en disant, « - Seigneur, je suis en votre pouvoir, vous pouvez me tuer, mais sachez que depuis des années, j'ai tué plus de cent de vos ennemis les croisés, en leur revendant ma viande et mon poisson pourri. »
Le sultan (Saladin) rit et le laisse aller.

En 1381, sous le roi Charles VI, l'apprentissage du Boucher durait trois ans. Pour devenir maître boucher, il fallait donner aux représentants en chef de la communauté, un *cierge d'une livre et demie, une bougie roulée, deux pains, 1/2 chapon et 30 livres et demie de viande.
A la femme du chef, il fallait donner 12 pains, deux **setiers de vin, quatre gâteaux, un ***chapon, et 61 livres de Viande.

* cierge : grosse bougie que l'on utilisait dans les cérémonies, plus il était gros plus il était cher.
**setier : unité de mesure.
***chapon : coq castré, à qui on a enlevé les testicules.


Anecdotes
Déjà sous l’empire Romain cette corporation était reconnue, mais très règlementée. Elle était indispensable à la sureté de l’Etat puisqu’elle pourvoyait au ravitaillement et à la nourriture en cas de guerre.

Longtemps les bouchers, ainsi que toutes les corporations s’y rattachant, les écorcheurs notamment, formaient des milices armées et redoutables.

En 1790, les bouchers de Paris portaient une bannière ornée d'un large couteau avec l'inscription « Tremblez aristocrates, voici les garçons bouchers ! »

En 1860, la société protectrice des animaux, constate que les pratiques de l'abattoir sont de la torture pure et simple.

A l'époque où les évêques réglaient les professions, il était interdit de vendre de la viande en *carême le vendredi saint.

*carême : période de 40 jours avant Pâques où l'on ne mange pas de viande pour faire pénitence.


C'est l'évêque Loup, qui vers l'an 600 de notre ère aurait, dans l'Yonne, règlementé l'hygiène des bouchers.

A la Révolution, l'acheteur faisait une coche (marque) sur un bâton appelé "chair de taille", pour indiquer la quantité de viande qu'il avait achetée.

Jusqu'à la Révolution, les bouchers avaient le privilège de paraître aux entrées des rois, aux réjouissances pour les baptêmes des princes et des princesses.

Jusqu'en 1871, les trois derniers jours du carnaval, on fêtait" le bœuf gras". A cette occasion on promenait un bœuf, très ornementé, tenu par des garçons bouchers qui tendaient un hanap (coupe ou vase) et récoltaient de l'argent pour faire un festin à la fin de la procession.

Histoire
Un jour, un boucher va voir un avoué pour lui demander s'il pouvait recevoir une indemnité pour la réparation d'un différend avec le propriétaire d'un chien qui lui avait volé un gigot.
« - Certainement, mon brave homme, lui dit l'avoué,
- S'il vous plaît, Monsieur, répond le boucher, c'est de votre chien qu’il s'agit, et le prix du morceau est de quatre sesterces et six deniers. »
L'avoué paye le boucher, qui triomphant s'en va. Mais au moment de franchir la porte, l'avoué rappelle le boucher.
« - Arrêtez un moment, mon brave homme. Le prix de ma consultation d'avocat est de six sesterces et huit deniers. Payez-moi la différence, s'il vous plaît. »
Le boucher bien marri dut s'exécuter.

Le patron des bouchers est saint Barthélemy.

• LE BOULANGER

Je ne vous présente pas le boulanger : de nos jours encore, il est présent dans chaque village et ville. Mais connaissez-vous les légendes qui se rapportent à ce métier ?

Légende
On raconte qu'un boulanger, peu scrupuleux, rognait tant qu'il pouvait, la pâte de chaque pain qu'il confectionnait, sans compassion pour les pauvres. Il ôtait par ci, il ôtait par-là, en criant toujours :
« - Coucou, coucou, voilà du bon profit ! »
Mais le bon génie du four, lui, avait pitié des pauvres ; et il arrivait que la pâte s'élève dans le four, s'améliore et forme de beaux pains.
Loin de s'en réjouir, le boulanger méchant continuait à écorner la pâte toujours plus, en criant :
« - Coucou, coucou, encore trop, coucou, coucou le bon profit ! »
Le bon génie s'irrita ; et voilà qu'un beau jour, le corps du boulanger se retrouve couvert de plumes, ses mains deviennent des ailes, ses pieds des pattes. Il finit par s'envoler dans le bois et dès le printemps, il revient pour crier : « Coucou, coucou ! »
C'est depuis ce jour que dès les premiers cris du coucou, on doit avoir dans sa poche une pièce, afin que l'année nous apporte l'argent suffisant à nos besoins.

Autre légende
Un boulanger peu charitable refusa un pain à un mendiant qui avait faim et froid. Il fut changé en coucou. Sa femme et ses filles, qui elles, avaient aidé le mendiant, devinrent à leur mort des étoiles. Ce sont les sept étoiles de la Pléiade.

Autre légende
En pèlerinage, un saint homme et ses disciples entrèrent un jour dans un village. Ils allèrent demander à la boulangère de leur faire un pain.
Elle y consentit et, tout en pétrissant la pâte, voilà que le pain grossit. Mais elle trouva qu’il était trop gros pour eux. Elle en fit un autre, puis un troisième, mais le pain devint de plus en plus énorme, et la boulangère ne consentit toujours pas à le donner aux saints hommes. C’est que, devant ce miracle, la femme devenait de plus en plus cupide. Alors le saint homme se fâcha et la transforma en pivert. Il lui dit :
« - Désormais, tu chercheras ta nourriture entre l'écorce et le bois, et tu ne boiras que quand il pleuvra. »

Histoire
On raconte qu'un couple de boulangers qui venait de s'installer dans un village près d’Auxerre, avait bien du mal à vendre leur pain. Les habitants les ignoraient, parce qu'ils étaient, pour eux, des étrangers.
La femme du boulanger, qui était une personne maligne, se rendit au lavoir et contesta sa place auprès de la matrone.
Car il faut savoir qu'à cette époque, on se rendait au lavoir au minimum une fois par mois. C'est là que les ménagères « faisaient leur linge », c’est-à-dire qu’elles lavaient les draps et les vêtements. Le bâtiment se trouvait quelquefois au centre du village, quelquefois à l'extérieur, mais toujours vers une fontaine ou une rivière. Dans les villes et les villages de moyenne importance, une matrone (chef du lavoir) distribuait la place aux lavandières, en fonction de la maison que représentait la domestique ou de l’arrivée des commères (femmes qui lavaient leur propre linge, ou dont c'était la profession). La place la plus en amont du sens du courant était la meilleure. Le centre permettait d'avoir vent de toutes les histoires. C’était un lieu de rencontre et de commérages. Aussi, la femme du boulanger avait-elle décidé de se faire remarquer, c'est pourquoi ce matin-là, elle contesta sa place.
La gardienne du lavoir lui dit :
« - Tu n'avais qu'à venir plus tôt ce matin, cela t'aurait permis d'avoir peut-être une meilleure place !
- C'est que ce matin encore, dit la boulangère, un diable est sorti de notre four à pain et que cela n'a pas été sans mal de le faire travailler à la fournée. »
Les commères, ayant entendu cela, répandirent la nouvelle : le nouveau boulanger avait un diable sous ses ordres pour faire cuire son pain. Aussitôt, les gens se précipitèrent pour manger le pain fait par le diable et le couple put enfin faire de bons bénéfices.
Mais la jalousie des autres boulangers ne tarda pas. On fit venir le commissaire et le prêtre, qui, après les menaces et incantations, remirent le diable à sa place…


Les boulangers, tout comme les bouchers, font partie des collèges ou corporations reconnus d’intérêt d’Etat, depuis l’empire romain. A cette époque, ce métier était reconnu comme tellement dur, que l’on pouvait condamner un délinquant à la fournée, c’est-à-dire à entretenir le feu et sortir le pain du four. L’artisan boulanger pouvait aussi arrêter, au bout de cinq ans de labeur, pour se reposer ; mais il devait remettre son échoppe à un artisan de la même corporation, ou à un de ses enfants mâles, sinon l’Etat imposait quelqu’un d’office. Souvent c’était un esclave.

En 1577, le roi Henri III impose aux boulangers de mettre une balance à disposition de leurs clients avec des poids légitimes, afin que ceux -ci pèsent eux-mêmes leur pain. Le poids, comme les autres unités de mesure, était défini par les plus hautes autorités. Chaque ville importante, qu’elle soit d’un duché, d'un comté, d’une principauté, imposait son unité de mesure et sa monnaie.
Le boulanger devait inscrire une marque sur son pain afin que l'on sache d'où il provenait et qui l’avait fabriqué. Si le boulanger ne se pliait pas à cet arrêté, on pouvait tout lui confisquer et même démolir son four.

Il y eut aussi les Oubliers ; Ils faisaient partie de la corporation des boulangers au moyen âge. Leur rôle était de confectionner des gâteaux secs, qu’ils vendaient à la criée dans les rues. Les échaudés, galettes, oublies et hosties étaient leurs spécialités. Ils faisaient aussi les NIEULES : confectionnés par milliers pour la Pentecôte, ces petits gâteaux, très minces et très légers, étaient vendus pour être lancés sur le pavé des églises en même temps que de l’étoupe enflammée, symboles des langues de feu descendues du ciel sur les apôtres à cette date.
Les Actes des apôtres 2,4, disent à peu près ceci : Le jour de la Pentecôte, ils se trouvaient tous ensemble (les disciples) en un même lieu, quand vint du ciel un bruit terrible. Ils virent apparaitre des langues qu’on eut dites de feu. C’est ainsi que chacun parla une langue différente selon que Dieu leur donnait à s’exprimer.
Dans le patois Bourguignon, l’écri-nieule, est une personne toute maigre et sans forme seyante.

Avant le roi Saint Louis, les boulangers étaient appelés des "TALMELIERS".
En 1260, BOILEAU rapporte dans les registres des métiers que, pour devenir talmelier, on devait faire un stage de quatre ans et qu'à Noël, l’apprenti devait payer 25 deniers au maître de la corporation. A chaque paiement on faisait une marque sur son bâton*, appelée une « coche ».
Le bâton était très important, si on le perdait on avait une forte amende. C'est lors d'une grande cérémonie que l'apprenti devait présenter son bâton au maitre de la corporation avec un pot en terre rempli de fruits secs (noix, noisettes) et d'oublies (petits gâteaux secs).
Il disait alors : « Maitre, j'ai fait mes quatre années. »
Un officier de la coutume donnait son approbation, puis le Maitre rendait au nouveau talmelier son pot et ses noix ; celui -ci le jetait contre le mur de la maison mère, puis il entrait dans la pièce des banquets, suivi de ses nouveaux compagnons, et ils faisaient la fête tous ensemble en l'honneur du nouveau venu appelé « compagnon », autour du feu et du vin que le maître avait fournis. Chacun payait son repas, et tous les premiers dimanches de janvier, on se retrouvait pour la même cérémonie et l'accueil de nouveaux membres de la corporation.
C'est en 1665 que l'on réduit l'apprentissage à trois ans. Le pot de terre est devenu pot de faïence, à l'intérieur il y a du romarin, des pois sucrés, des oranges et les autres fruits à la mode du temps.
Au 17e siècle, c'est un Louis d'or qui remplace le pot de sucreries.
Plus tard, une légende racontera que les ouvriers boulangers, ainsi que les cordonniers, auraient été exclus par d'autres corporations au droit de compagnonnage, parce qu'ils n'utilisaient pas l'équerre et le compas. Ce n’est pas réel, mais cette histoire est politique et complexe. De nos jours, leur compagnonnage est de nouveau accepté. Les boulangers et les cordonniers font parties des corporations privilégiées chez les romains. Ceci explique peut-être la légende….

VESTA, est la déesse romaine du feu ; des boulangers et des fours.

Histoire romaine
A l’époque romaine, l’ordre des boulangers, alors appelés « PISTORES » a été créé par Trajan. Il y avait 250 titulaires, placés sous l’autorité du préfet et d’un magistrat de ville. Dès l’âge de 20 ans le fils du boulanger, par la loi 5, dite l’ordo, devait exercer la profession de son père. Le gendre devait obligatoirement faire le métier.
Un boulanger ne pouvait pas devenir prêtre.

Le saint patron des boulangers est saint Honoré, évêque d'Amiens au VIIe siècle.

LES METIERS DU TEXTILE ET DE L’HABILLEMENT


• LA FILEUSE

Il fut un temps où l'on faisait dans les villages le fil pour confectionner les tissus. De tout temps, les dames faisaient *les écheveaux, à base de fibres végétales comme le chanvre, le lin, le tilleul (pour les cordes). Des fils d’animaux (laine de mouton, poils de lapin ou de chèvre) qu'elles pouvaient vendre, en pelote, aux tisserands afin qu'ils confectionnent des tissus. Même dans la noblesse, les dames du temps jadis confectionnaient des pelotes en attendant leur chevalier, parti guerroyer.
*Les écheveaux : sont des amas de petits fils, qui seront mis en pelote après.
Le métier de fileuse remonte à la nuit des temps. C'est pendant les veillées que les dames filaient en se regroupant avec leurs quenouilles. Réunies dans une maison auprès d'un bon feu, elles se transmettaient les contes et les ragots.

Anecdote
Si une jeune fille laissait tomber son fuseau et qu'un garçon le ramassait avant elle, il avait le droit de l'embrasser. Cela avait pour conséquence qu'il pouvait lui demander sa main.

Légendes
Dans l'Yonne, les enfants de la femme qui file le jour de la saint Paul risquent d'être malades, et les poules de naître avec les pattes tordues.

Les filles et les femmes devaient avoir fini leur ouvrage avant minuit, veille de la nouvelle année. Sinon, les démons pouvaient soumettre toute la maison à un maléfice.

Dans l'Yonne, on croyait que pour que le fil devienne blanc, il ne suffisait pas de l'exposer à la rosée pendant la semaine sainte, mais encore, que la fileuse éprouve un grand émoi. Aussi se faisait-on un devoir de lui faire peur au moment où elle exposait son fil.

Près des lieux dits « Pierre aux fées », ou en bordure de certaines fontaines, les soirs de pleine lune, si on a l'âme pure et si l'on regarde à travers une pierre trouée, on peut voir les fées tisser le temps avec leurs quenouilles. On raconte qu’elles tissent le fil de la vie.

Conte
Un jour, un prince qui se promenait sur ses terres, rencontra une vieille femme qui gourmandait une très belle jeune fille. Au côté de la demoiselle se trouvait une quenouille et un fuseau. Elle avait dans ses mains, un bouquet de fleurs des champs, qui accentuait la douceur de son visage. Le prince s'arrêta. Il demanda à la matrone quel était l’objet de son courroux face à cette déesse.
« -Sire, c'est ma fille, dit la vieille sur un ton condescendant, elle ne pense qu’à filer du matin au soir et ne fait rien d'autre, tant elle aime cela. Elle est si douée que rien d'autre ne l'intéresse.
Je voudrais tant qu'elle fasse autre chose !!.
- Ah ! Vraiment? dit le prince, si vous haïssez les filles qui aiment à filer, donnez la vôtre à ma mère, la reine, qui se divertit fort de cet amusement. Elle fera la fortune de votre fille. »
La mère fit une révérence entendue.
Le lendemain, la jeune fille se rendit donc au château. On la conduisit dans un appartement où il y avait d’énormes écheveaux de toutes espèces. Son cœur se serra. Prise de panique devant l'ampleur de la tâche, consciente d’être en proie à de nouvelles vindictes, elle courut au bois où se trouvaient les ruines d'un vieux château abandonné. Elle monta dans la plus haute tour qui restait encore debout, avec l'idée de se jeter dans le vide. Le vent était si fort, que même en étendant les bras tel un oiseau, le zéphir la retenait, afin qu’elle ne commît pas l’irréparable.
Soudain, une voix douce et mélodieuse lui parvient. Puis, apparaît un homme, grand, fort et bien vêtu, mais d'une physionomie assez sombre. Ce dernier lui demande gentiment pourquoi tant de chagrin, pour vouloir mettre fin à ses jours ? La jeune fille que la voix a calmée, explique son tourment.
Tout à son écoute, le grand homme lui propose alors sa baguette magique.
« - Elle a la vertu de filer toute sorte de chanvre, lin et autres fils, juste en un geste, dit-il. Je vous la prête pour trois mois. Au bout de ce temps, je reviendrai chercher ma baguette et vous devrez me la rendre en disant : Tenez, RICOLIN, RICOCHON, voilà votre baguette. Si vous ne vous rappelez plus mon nom, je deviendrai le maître de votre destinée, et vous emmènerai, où bon me plaira. »
La jeune fille, fort confuse, accepta le marché. Elle prit la baguette et s'en retourna à son ouvrage colossal. Grâce à la baguette, elle réussit son œuvre. Le prince, qui était amoureux d’elle, décida de l'épouser. Mais la jeune fille se rappelait le marché qu'elle avait passé avec le grand homme du château en ruines. Hélas, toute à sa joie d'épouser le prince, elle avait oublié le nom de l'homme à qui appartenait la baguette.
Un jour, le prince partit à la chasse. Il s'égare dans le bois. Arrivé vers le vieux château en ruines, il découvre une scène étrange : plusieurs personnes au visage affreux, en habits bizarres, dansent autour d'un homme grand, fort et bien vêtu. Un chant rythme leurs déplacements saccadés :
Si jeune et tendre femelle,
Si avait mis dans sa cervelle
Que RICOLIN, RICOCHON je m'appelle,
Point ne viendrait dans mon escarcelle.
Le prince retint le couplet et le rapporta à sa fiancée. Elle lui avait conté son aventure, puis le pourquoi de son découragement face à l’échéance prochaine.
Quand le grand homme (qui était un démon, vous l'avez deviné ?!) arriva pour reprendre sa baguette, la jeune fille put lui répéter les paroles du marché. Le démon, fort marri, partit en fumée.

Anecdote
Au 16e siècle, en Bourgogne, comme dans toute la France, les pauvres se réunissaient pour les veillées, moments privilégiés après une semaine de labeur. Chacun amenait sa bûche, les femmes filaient, les hommes racontaient des histoires. On recevait aussi le marchand ambulant, à la fois commerçant et conteur. Dans les coins les plus reculés, notamment en forêt, on formait une tente de perches, de tourbe, avec en son centre un foyer. Après le souper, tous se retrouvaient sous cet abri où l'on avait installé des bancs de fortune. C’est là que contes, légendes, savoir-faire, et nouvelles des «* pays » étaient transmis.

*pays : personne qui est née au même endroit ou dans la même région, c’est un lien presque familial.

Les « fileresses », dites à grands ou petits ciseaux, étaient chargées de couper les fils des tissus qui pouvaient dépasser après le tissage. Elles avaient fort mauvaise réputation, on les disait voleuses et de vie quelque peu dissolue.

• LE TISSERAND

Le tisserand est celui qui confectionne les tissus. Avec les fileuses, c'est un très ancien métier. C'est lui qui tissait le fil ou la laine des ménagères. Le tisserand était un homme important et qui inspirait crainte et respect.

Histoire
Assis devant le métier à tisser, bizarrement sculpté, que lui ont légué ses ancêtres, il fait courir de la même manière, dans la trame, la navette grossière qu'il a taillée lui-même avec son couteau, tandis que, près de lui, sa femme prépare le fil sur le vieux dévidoir. Pour lui, le bruit monotone du dévidoir a un langage secret qui l'attire.
Il compte tout bas les pièces de toile qui lui sont commandées, et le nombre de louis d'or qu'on lui donnera chez les négociants.

Anecdotes
Dans certains villages, ou certaines villes, c'est dans l'atelier du tisserand et du chanvrier que se faisaient les veillées. On y racontait les contes et légendes, ainsi que les ragots, qui passaient de bouche à oreille. C'est là aussi que les jeunes se rencontraient et formaient des couples.

Le compagnonnage du tisserand date des années 1778. C'est un menuisier (traître à sa société) qui leur aurait vendu le secret du devoir.

Légende
A Jérusalem, le jour où l'on devait crucifier le christ, Il ne se trouva plus un seul clou en ville. Les forgerons de la ville et des alentours refusèrent tous d'en forger. Il se trouva cependant un tisserand, qui retira les clous de son métier. On put ainsi crucifier le christ. Plus tard le diable, croyant que l'action du tisserand lui donnait droit à prendre son âme, vint l'arracher tout vivant à son métier pour le conduire aux enfers. Mais le tisserand n'était pas d'accord. Il s’en suivit une lutte pendant laquelle le diable s'embarrassa dans les fils du métier. Mis à la merci du tisserand, Satan reçu une si formidable raclée, qu'aussitôt dégagé, il s'enfuit en hurlant de douleur. C'est depuis que, dès que les démons entendent un métier à tisser en action, ils fuient et prennent la poudre d'escampette.

Légende
Un tisserand, ayant par accident brisé son métier, décida de se rendre en forêt pour abattre un large chêne qu'il avait repéré dans un bois voisin. Il se mit en devoir de l'abattre, mais le génie qui y logeait s'écria :
« - Cet arbre est ma demeure, demande moi toute autre chose que cet arbre et ton souhait sera accompli. »
Le tisserand réfléchit et demanda au génie s'il pouvait consulter sa femme et un ami, puis revenir, quand il aurait pris sa décision. L'accord lui fut donné. Il retourna chez lui. Il consulta son ami barbier, qui lui dit :
« - Demande à être roi, je serai ton premier ministre. Nous mènerons bonne et joyeuse vie. »
Le tisserand approuve. Mais, il décide toutefois de consulter sa femme. Cette dernière lui déconseille d'être roi.
« - C'est un fardeau pénible, dit-elle, Il serait plus sûr de vous contenter de votre position d’artisan et de chercher un moyen de gagner votre vie plus facilement. Demandez lui une autre paire de bras et une nouvelle tête. Par ce moyen, vous pourrez travailler à deux METIERS en même temps, le profit sera suffisant pour que vous soyez de quelque importance dans ce métier, les revenus en seront conséquents. »
Le tisserand retourne à l'arbre et demande au génie une seconde paire de bras ainsi qu’une nouvelle tête. Aussitôt dit, aussitôt fait !...
Et voilà notre tisserand, affublé de deux bras supplémentaires et d'une autre tête.
Arrivé au village, les gens du pays voyant arriver ce monstre, se mettre à crier" AU LUTIN !! AU LUTIN !!" Chacun s’empare de ce qui lui tombe sous la main, et le roue de coups de bâtons, de massues, de pierres et le laisse mort sur la place...
Ne vaut-il pas mieux être moins, et être ce que l’on est ? (maxime de Chamfort)

Il y avait divers artisans tisserands avec chacun une spécialité.
• les QUEUVRECHEFS rattachés à l’habillement ;
• les LACEURS confectionnaient rubans et lacets de soie ;
• les CRESPINIERS faisaient les coiffes, les taies d’oreillers et les dais d’autel ;
• les PASSEMENTIERS, les boutons ;
• les FAISEUSES, les aumônières, sortes de petites bourses que l’on portait à la ceinture, dites aussi SARRASINOISES.

• LE CORDIER

Le cordier est celui qui confectionne les cordes, pour tous usages, en fibres naturelles de chanvre notamment et de tilleul.

Histoire
« - Nous autres cordiers, quand nous filons une corde, nous ne savons pas si ce sera celle d'un pont ou celle d'un pendu. Cela ne nous donne pas l'envie de prendre trop cher. Nous sommes les plus pauvres et les plus honnêtes. »
Ceci est la réponse d'un cordier à un courtier (voyageur de commerce) qui trouvait que celui -ci gagnait trop d'argent.

Légende
On prétend que les cordiers sont obligés de marcher toujours à reculons. C'est ainsi qu'ils procèdent pour confectionner des cordages. Après une journée de travail, ils ne savent plus marcher en avant…

Anecdote
Il semblerait, d'après A. PERDIGUIER, que, dès 1407, il y avait des compagnons du devoir et une confrérie des cordiers.

• LE TAILLEUR ou COUTURIER

Il fut un temps ou les tailleurs allaient de porte en porte pour confectionner les vêtements. Ils avaient un long bâton avec un bout en fer pour se garantir des chiens et des brigands. C'est eux aussi qui donnaient des nouvelles des autres pays et racontaient les contes. Ils étaient courageux, inventifs, vantards, rusés, et prétendaient avoir « l'esprit souple » car ils entraient dans l’espace privé des gens qu’ils habillaient.

Le tailleur n'avait pas bonne réputation. C'était un métier utile mais qui n'était pas reconnu. Les gens aimaient à le railler. Il semblerait, que le tailleur avait du mal à trouver une compagne et fonder une famille. Ses nombreux déplacements ne lui permettaient pas de fonder un foyer.

Légende
Trois compagnons étaient attablés dans une taverne des alentours de PONTIGNY, proche du prieuré. L'un d'eux était un tailleur qui aimait à boire et à se vanter. Epris de boisson, il fit le pari qu'avant minuit il aurait cousu deux culottes, deux chemises et qu’il les déposerait sur l'escalier de la maison du chapitre (lieu où se réunissaient les chanoines) au fond du prieuré. On savait qu’elle était hantée par un fantôme. Ses compagnons relèvent le défi… Et voilà notre tailleur qui se met au travail, éclairé par la seule clarté d’une chandelle. Il coud deux chemises légères et les culottes du défi. Minuit n'avait pas encore sonné, quand une grande main squelettique apparait au-dessus de sa tête. Puis une voix d’outre-tombe se met à lui siffler à l'oreille par trois fois :
« - Vouaa cette grande main, sans chaiiire niii sang, qui s'élève devant toi, tailleur !
- Je la vois », répond le tailleur en haussant les épaules, mais en restant tout à son ouvrage, « il faut que j'emploie toute cette nuit à mon fil et à mon aiguille. Et rien ne m’en distraira ! »
Le tailleur donnait son dernier coup d'aiguille au premier son de la cloche qui annonçait minuit. Il prit sa chandelle, et se rendit au prieuré. La grande main squelettique était derrière lui. Comme il atteignait la porte, la main voulut lui donner un soufflet. Mais le tailleur avait déjà passé la porte. Il était à présent devant l’escalier du chapitre. On entendit, feutré, le dernier coup de cloche annoncer minuit. La grande main s’était soulevée afin d’atteindre l’artisan, qui déjà, n’était plus à portée. Son élan fut si fort, que l'empreinte des doigts du fantôme resta gravée à jamais dans le bois de la porte.
Si le temps a légèrement effacé sa trace, on peut encore, à bien y regarder, la deviner.

Histoire
Alors qu'un compagnon tailleur faisait la route, l'hiver glacé le surprit sans bas. Passant devant une potence, il avisa un pendu qui en avait une fort belle paire. L’artisan se persuada que par repentir, cet homme lui ferait volontiers cadeau de ses bas qui ne lui serviraient plus. Mais le froid avait fait son œuvre et le cadavre était congelé. Pressé par le froid, Il prit ses grands ciseaux et lui coupa les jambes. Il les mit dans son cabas et se rendit au village. A l'auberge, où il était descendu, il plaça les deux jambes devant le poêle pour les faire dégeler. Ensuite, il les dépouilla des bas, qu'il enfila aussitôt. Il introduisit les jambes dans le poêle et s'en alla par la fenêtre. Le chat de l'auberge, qui passait par là, découvrit une des jambes qui dépassait du poêle. Il la fit tomber et se mit à la ronger. Quand la servante ouvrit la porte et vit le chat en grande dégustation, elle crut qu’il avait mangé le tailleur ! Elle se précipita vers son maître et lui expliqua le forfait du greffier.
Quelques jours plus tard, un voyageur vint demander à se loger. L'aubergiste lui demanda inquiet, quel était son métier.
« - Je suis compagnon tailleur, lui dit fièrement le voyageur.
- Dieu me garde d'un tailleur, s'écria l’aubergiste, le chat vient justement de m'en manger un ! »

Anecdote
Les tailleurs et les couturiers avaient aussi une corporation de compagnonnage. Comme nombre de métiers, ils avaient ce que l'on appelait une loge (maison de réunion) tenue par un couple dont la dame était appelée « la mère ». Elle s’occupait de la propreté du logement, des repas, et soulageait les maux.

• LA LAVANDIERE ET LA BLANCHISSEUSE

On dit d'elles qu'elles ont le verbe haut, un franc-parler, le cœur pitoyable mais l'âme généreusement tendue.

Les femmes lavaient leur linge dans des lavoirs communaux ou au bord des rivières aménagées. C'était là que tous les cancans étaient rapportés. Chacune avait souvent à dire du mal de la voisine ou des gens pour qui elle lavait le linge. Dans certaines grandes villes, c'était la réunion des femmes mariées. Elles prenaient en charge les jeunes filles, et les instruisaient des hommes célibataires ou veufs qui feraient un « bon parti ». Il y avait une responsable du lavoir, soit élue par les femmes du village, soit commise d’office par l’autorité locale (maire ou préfet). C’était elle la marieuse. Elle avait en charge de régler les différends entre commères, et plaçait les femmes dans le lavoir. C'était un poste important.
On lavait le linge de maison une fois par mois.
 
On dit dans l'Yonne :
« Qui fait la lessive le vendredi
Veut la mort du mari ! »

Quand la femme de la maison était enceinte, on mettait le cuvier (bassine) à l'envers sinon on risquait de retarder l'accouchement, et de faire sortir l’enfant par le siège.

Une bonne lavandière doit rendre le linge de maison bien blanc, c'est cela qui fera sa notoriété. Elle doit connaitre la bonne composition du bois des cendres : suivant l’essence du bois, le linge peut devenir gris ou jaune.
Afin de faire mousser la lessive, on incorporait les racines des fleurs de saponaires (saponaria officinalis, du latin sapo = savon). Celles-ci se trouvent en grand nombre en bordure des chemins.

Le lavoir a été longtemps éloigné du village. Les femmes préposées à la lessive devaient se regrouper, afin de faire suffisamment de bruit, pour éviter les lutins malins ou les fées des rivières, qui volaient le linge. La femme qui se rendait seule au lavoir, pouvait être punie et être condamnée à faire la lessive de nuit, pour faire pénitence.

Une blanchisseuse ou une lavandière que l'on enterrait dans un suaire mal lavé revenait hanter le lavoir. Les nuits où on l'entendait avec son battoir taper son linge, étaient signes de malédiction : elle revenait hanter le lavoir pour demander que son âme soit en paix. Il fallait alors faire appel à un prêtre qui, seul, avait l’audace et le pouvoir de l’affronter... Le lavoir exorcisé, les lavandières reprenaient leur ouvrage.

Conte
Un soir, à la nuit tombée, un jeune homme, qui s'était attardé à l'auberge, passa près d'un lavoir. Il entendit, ouaté dans les brumes, le battoir d'une lavandière. Saisi, il s'avança et vit une très belle jeune femme qui lavait son linge sous la clarté de la lune. Elle leva les yeux sur lui. Elle ne semblait ni inquiète, ni surprise par la présence du jeune curieux. Elle lui demanda d’une voix enjôleuse s’il pouvait l’aider à tordre son linge. Charmé par la belle demoiselle, le jeune homme s'exécuta. Mais il tourna le drap dans le mauvais sens, ce qui brisa le linge. La lavandière qui était la fée de la rivière, vous l’aviez deviné, enchaîna le jeune étourdi d'un de ses maléfices. Au matin, ses amis de beuverie le cherchèrent partout, mais on ne retrouva plus rien de lui. Pourtant, certains soirs où la lune est pleine d'eau, on entend gémir... Certain disent avoir vu le jeune homme qui essaie désespérément de tordre le linge dans le bon sens afin de retrouver ses compagnons.

La blanchisseuse est la personne qui repasse le linge.
Dans l'imagerie, la repasseuse, sorte de supérieur aristocratique, est représentée mignonne, élégante.
La savonneuse, au contraire, a une allure vulgaire et des mœurs critiquables.

• LE CHAPELIER

C’est le fabricant de chapeaux.

C’est vers 1578, que la corporation des chapeliers est définitivement organisée. Leur saint-patron est Saint-Antoine.

Il était d'usage au XVIe siècle de donner un chapeau neuf en échange de plusieurs vieux chapeaux.

Il était d'usage de sortir couvert d'un chapeau jusque dans les années 1950. La corporation des chapeliers est surtout réservée aux hommes. On appelle modistes les femmes qui confectionnent les chapeaux pour ces dames.

LES METIERS DE LA CONSTRUCTION


• LE TAILLEUR DE PIERRE

On rapporte que le compagnonnage des ouvriers tailleurs de pierre remonte à Salomon. C'est depuis le XIIe siècle seulement que la confrérie s'organise. En 1840, des compagnons étrangers étaient appelés les loups. Il y avait deux classes de compagnons.
Les compagnons portaient la canne et le chapeau fleuris de rubans de diverses couleurs qui se passent derrière le cou et reviennent flotter sur la poitrine. Les jeunes hommes avaient dans la boutonnière droite de leurs habits, des rubans blancs et verts.
Quand un compagnon était reconnu, il portait son patronyme (nom de famille) ou son surnom accolé au lieu de sa naissance. Exemple : Dupont l' Icaunais.
Le tailleur de l'association des enfants de Salomon avait le surnom de "compagnon étranger", puisqu'il représentait les descendants des constructeurs du temple de Salomon, comme le dit la légende.
Il y avait aussi les enfants de maître Jacques, compagnons du DEVOIR.
Ils faisaient leur "tour de France " pour accomplir leur apprentissage, gravissaient les échelons pour finaliser leur chef d'œuvre, qui était l'examen reconnu par leurs pairs (les grands maîtres).
Le compagnon, ou « loup-garou », a une canne à tête d'ivoire et des rubans bariolés au chapeau. L'aspirant se nomme le « loup ».

• LES COUVREURS, CHARPENTIERS ET MAÇONS

Ce sont les charpentiers qui reçoivent les compagnons couvreurs. On reconnaissait les couvreurs car ils portaient une boucle d'oreille avec un martelet et une assiette. Leur confrérie remonte à l'époque romaine.

Croyances
Le couvreur a les secrets des charmes pour ensorceler les maisons.
Il était d'usage de le remercier après son ouvrage, avec un gâteau et des fleurs.
Le patron des couvreurs est saint Blaise à qui l'on apporte des offrandes.
Les compagnons charpentiers ont les mêmes usages, mais ce sont les disciples de saint Joseph. Ils disent que saint Joseph équarrit le bois et que la sainte vierge le lisse.


Légende
Avec les maçons et les charpentiers, la légende veut qu'ils aient construit le temple de Salomon et qu'ils avaient pour maitre SOUBISE, savant de la charpente qui aurait été l'instigateur du compagnonnage.

Histoire
Les BOUDRILLES ou DRILLES ainsi que les DEVORANTS portaient une très grande canne à tête noire aux rubans fleuris de diverses couleurs. Ils avaient un anneau à une oreille où pendaient l'équerre et le compas croisés et de l'autre la BISAIGUË, sorte de ciseau à bois.
Les aspirants étaient appelés "renards" (ce sont les serviteurs) ; les apprentis, « lapins » ; les compagnons, « chiens » ; et les maîtres, « singes ».

METIERS DIVERS 

LE COIFFEUR OU BARBIER

Il y avait deux sortes de barbiers. Le barbier chirurgien avait une boutique peinte en rouge ou en noir (rouge = sang ; noir = deuil). Une bassine jaune indiquait que l'on pratiquait la saignée et la chirurgie.
Le barbier perruquier avait une boutique peinte en bleu et une bassine en étain. Cela indiquait que l'on faisait des perruques et que l'on rasait.
Les femmes pauvres vendaient leurs cheveux afin de satisfaire les exigences des plus riches. 

Depuis l'antiquité, le barbier coiffeur (tonsor en latin) est indispensable à la haute société. Il coupe les cheveux, frise, teint, maquille les riches. Les romains ne se lavaient pas les cheveux mais les mouillaient régulièrement dans les bains publics. Le philosophe Plutarque préconisait un shampooing par an, à la date du 13 août, afin de rendre hommage à la déesse Diane.
Les Egyptiens avaient de lourdes perruques en fibres végétales, teintes dans des couleurs vives (rouge = henné, bleu = indigo) qu’ils imbibaient de cire d’abeille.

Autrefois, la boutique du barbier rasier était le bureau des nouvelles et des esprits de société. Au moyen âge, les barbiers étaient autorisés à pratiquer la saignée et arracher les dents, ils rasaient les pauvres et vendaient leurs cheveux.

Dans les campagnes, le coiffeur se déplaçait de village en village. Il plaçait une écuelle de bois sur la tête des gens et coupait les cheveux qui dépassaient. Il se faisait payer en nature (œufs, poulets, viande, pain).

En l'an 1362, la corporation fut reconnue. Elle fut placée sous la direction du premier barbier, valet de la chambre du roi. A partir de 1655 les deux sortes de barbiers étaient réunies. En 1637 une communauté de barbier perruquier fut créée. Nul ne pouvait exercer ce métier sans être reconnu par les maîtres. Les contrevenants écopaient de la prison. Le sobriquet de MERLAN (poisson), donné aux coiffeurs, vient du fait que les perruquiers étaient recouverts de poudre ou de talc, dont ils enduisaient les perruques, tel "un merlans frit."

Le FRATER était le surnom donné à un garçon chirurgien. Le barbier chirurgien, ne rasait pas et ne coupait pas les cheveux. Il s’occupait des perruques et de certaines maladies.

Au moyen-âge, c'est dans les étuves (bains publics) que les barbiers rasaient hommes et femmes sur tout le corps. Les femmes se faisaient épiler les sourcils et le front.

Légende
Apollon, pour punir le roi Midas de lui avoir préféré le dieu PAN, lui fit pousser des oreilles d'âne. Pendant longtemps, le roi Midas put cacher sa déconvenue sous un bonnet à la mode. Mais son barbier, qui seul connaissait le secret, alla se confier à la terre. Des roseaux, qui poussaient par-là, avaient entendu la confidence. Ils la confièrent alors au vent qui révéla le malheur de Midas à tout le monde. Pauvre Midas ! Son infirmité dissimulée le rendait coupable aux yeux de tous...
Les Dieux ne sont pas plus conciliants que les hommes !!!

Histoire
Après la révolution française, la monarchie de juillet représentait sur une affiche Louis-Philippe (roi des français après la révolution) tordant les cheveux d'une femme qui tenait un bonnet phrygien.
La légende disait :
« - Pauvre liberté ! Quelle queue ! Vous êtes rasée ! Ça n'a pas été long !... »
Ce slogan rappelait que la révolution était finie.

Anecdotes
Au II e siècle, l’Eglise impose de rester couverts dans les lieux de culte. De nombreux modèles de coiffes, turbans, bonnets, chaperons et le hennin du moyen-âge, deviennent les ornements des coiffures. Les postiches étaient condamnés par les Pères de l’Eglise, comme toute parure qu’ils rendaient coupable du péché d’orgueil.
En Italie, au XVIe siècle, les femmes mariées ne devaient pas montrer leurs cheveux.
On raconte que la fille du pape Alexandre VI, Lucrèce Borgia, fit retarder son mariage d’une journée afin que ses très longs cheveux fussent lavés, séchés et coiffés avec recherche. A la cérémonie elle portait une résille incrustée d’or et de diamants.
Elisabeth I, reine d’Angleterre en 1558, ne possédait pas moins de quatre-vingts perruques.
En 1770 les plus extravagantes perruques furent inventées. Le coiffeur était juché sur des échèles ou des échafaudages afin de pouvoir réaliser des prodiges d’extravagance. Certaines perruques pouvaient atteindre plus d’un mètre de haut. Les dames coiffées de la sorte ne pouvaient pas se mettre sur les sièges des carrosses et devaient s’assoir par terre et courber la tête. Il y eut aussi bon nombre de perruques enflammées alors qu’elles étaient à proximité d’un chandelier.

 

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Il y a bien longtemps, avant que l’homme n’ait qu’un seul Dieu, avant que le déluge ne frappe la terre et ses habitants pour leur rappeler leur manque de respect, la nature, les animaux, et les hommes pouvaient communiquer entre eux, avec l’aide de magiciens et de magiciennes, qui ont laissé leurs noms à travers les âges et dont certaines histoires racontent encore les exploits.

Au cours de votre découverte de l’Yonne, vous remarquerez des lieux qui portent le nom d’arbres ou de végétaux. Leur représentation sur les maisons, les vitraux, les chapiteaux des églises sont les preuves de ce lointain passé. Ce chapitre sera consacré à l’histoire et aux légendes qui s’y rapportent.
Une histoire devenait une légende en se transmettant, d’abord de barde en barde, ancêtre du troubadour qui chantait les louanges d’un roi, d’un magicien ou d’une magicienne voire d’un Dieu ou d’une Déesse, puis ce sont les artisans qui en passant dans les villages « colportaient » les histoires. Du reste le nom de colporteur est resté pour les artisans (demandez à Monsieur Larousse de Toucy, vous verrez !!).

Les bardes racontaient et chantaient l’histoire d’un grand combat où les arbres et les herbes avaient été sollicités afin d’aider les hommes à repousser les démons de l’autre monde. C’étaient, d’après la légende, des monstres écailleux à cent têtes, déchargeant une armée d’autres démons qu’ils avaient sous chacune de leurs cent langues, des crapauds noirs cornus qui avaient cent griffes chacun, sous la direction d’un serpent géant à crête magique.

C’est un grand magicien, du nom de GWYDION qui, de sa baguette magique avait donné la possibilité aux végétaux de se déplacer, aidé des déesses BECHUILLE et DIANANN qui, elles aussi, enchantaient les pierres, les arbres et les mottes de terre afin que toute les chances soient mises en place pour repousser les démons.

On raconte que...
... les aulnes, au lignage éminent, lancèrent la première attaque. Les saules et les sorbiers arrivèrent (par contre) en retard à l’armée. Les prunelliers épineux étaient avides de carnage. Les puissants cornouillers, vaillants princes, et les rosiers, s’en prirent furieusement à l’ennemi, ainsi que les framboisiers, les chèvrefeuilles et les lierres.
Les ajoncs et les bruyères furent plus craintifs ; formés en bataillons, ils poursuivirent cependant l’ennemi en fuite, qu’ils fouettaient.
Les cerisiers se moquaient du danger et se lançaient dans la bataille, sans réelle coordination. Les bouleaux hautains furent longs à s’équiper, non qu’ils fussent couards, mais à cause de leur grande taille. Les cytises, les genêts et autres arbrisseaux ne s’en laissaient pas conter, leur petite taille les faisait se glisser à l’avant-garde au plus près de l’ennemi, et l’issue en fut, qu’avec les fougères ils furent coupés, mais avant, ils avaient infligé des dégâts à l’ennemi. Les ifs, princes des batailles, se tenaient en première ligne, majestueux et intrépides. Les frênes, à la vue des rois, se conduisirent vaillamment et connurent le succès. Les ormes, féroces, ne cédèrent pas d’un pied, ils frappaient au centre, sur les flancs et à l’arrière. Les coudriers (noisetiers) frappaient de leurs branches souples l’ennemi, le cinglant avec force. Heureux les troènes, ces taureaux de combat, dont la furie faisait d’énormes dégâts. Les houx brillèrent dans la bataille, les épines acérées faisaient reculer l’ennemi. Les fines aubépines infligèrent bien du mal elles aussi. Les vignes agressives attaquèrent sans relâche, entravant les feuillards de leurs lianes. Les poiriers, pommiers, réalisèrent des exploits sur le champ de bataille. Les chênes furent rapides et puissants, ils faisaient trembler la terre et le ciel...
C’est ainsi que la nature reprit le dessus sur les démons qui voulaient dominer le monde et l’entraîner dans leur chaos. Les hommes ont la mémoire bien courte pour ne pas se rappeler ce qu’ils doivent à la mère nature.

La bible raconte que le Dieu qui créa le monde dit à l’homme et à la femme :
« Je vous donne toutes les herbes portant semence, qui sont sur toute la surface de la terre, et tous les arbres qui ont des fruits portant semence : ce sera votre nourriture. »
(Genèse, citation de Yahvé)

LES ARBRES

De tout temps les troubadours, les poètes et les conteurs, reconnaissent et évoquent l’arbre. Il est l’axe du monde, la flamme de la vie, le pont vers le ciel, l’éternelle vigueur. Il renaît à chaque saison, il a la connaissance du cosmos, sa tête étant près des étoiles, il connaît les secrets de la terre qui nourrit ses racines et peut fouiller dans les profondeurs obscures du sol.
Autrefois dans l’Yonne, à la faveur du soir, on pouvait entendre les bergers et les bergères, qui, montés sur les arbres, improvisaient, dans le silence de la nuit, la CHALANDE, mélopée ou chant, de leurs échanges amoureux. Pour les voyageurs, ces complaintes étaient celles des arbres et des elfes.
Au mois de mai, il était de coutume que les garçons coupent un jeune arbre et le plantent au pied d’une maison où une jeune fille était à marier. Ils ornaient la tige de rubans pour attacher une branche qui représentait le caractère de la belle. Ainsi, le houx représentait la moins aimable, le sureau la paresseuse, le noisetier la gourmande, le lilas la belle.
Les druides interprétaient les augures (prévoir une bonne ou une mauvaise nouvelle), en écoutant le vent dans les arbres.
Depuis la plus haute Antiquité, l’essence de chaque arbre représentait une divinité ; certains étaient une chapelle ou un temple consacré à un dieu ou une déesse. Devant chacun, on plaçait des offrandes, et l’on pouvait aussi exécuter des sacrifices. Dans certaines régions ou pays, il reste encore de ces temples ou chapelles dans le tronc des arbres. De nos jours ces lieux on changé de dédicace et sont consacrés à un Saint ou une Sainte.
Quand les Romains ont dominé la Gaule, ils ont fait un parallèle entre les dieux locaux et les leurs, ainsi on sait par exemple que :
Le dieu Jupiter était symbolisé par un chêne, Vénus par un tilleul, Hercule par un peuplier, Cybèle par le pin, Bacchus la vigne, etc. Des dieux des Gaulois, nous n’avons que très peu de données, mais longtemps, la population des campagnes a continué à faire des pèlerinages sur ces anciens lieux païens. Même si les lieux avaient des noms de bons chrétiens, il n’empêche que certains avaient des prénoms proches des dieux locaux, (nous verrons cela dans le chapitre consacré aux saints).
Dans les grandes familles on représentait, et on le fait encore à présent pour qui le désire et est curieux de connaître ses ancêtres, on représentait donc la filiation par un arbre dit généalogique. Les racines représentant les premiers de la lignée (du mot latin lignum, qui veut dire le bois) ou de la maison, puis chacune des branches, leurs enfants, le mariage de leurs enfants, les enfants de leurs enfants et ainsi de suite.
C’est sous la forme d’un arbre que la kabbale (livre saint de la religion juive) représente l’image symbolique de Dieu et de ses attributs, la connaissance, en remontant à l’origine de la création. C’est le modèle du monde, avec un schéma des forces productrices de l’univers. Les dix paroles par lesquelles Dieu créa le monde, les dix moyens que met en place Dieu pour se faire connaître, les dix vêtements dont il revêt ses moyens, pour qu’on les reconnaisse, les dix degrés prophétiques par lesquels il exprime ses messages, sont représentés par des branches qui se finissent par des articulations qui mènent à une autre branche.
Afin d’expliquer d’où vient Jésus Christ, les chrétiens ont représenté son aïeul Jessé, qui fait partie des huit princes juifs de l’humilité dans la Thora (livre saint des Juifs), couché, assis ou courbé, avec un arbre qui sort de son corps. Jessé est le père de David, roi des Juifs. L’arbre de Jessé symbolise les ancêtres de Jésus sur terre. Dans la bible, le prophète Isaïe nous apprend qu’un enfant de la descendance de Jessé naîtra et aura de grands pouvoirs. Il dit « Ce jour-là, la racine (métaphore) de Jessé qui se dresse comme un signal pour le peuple sera recherchée par les nations et sa demeure sera glorieuse ». Chacune des branches de l’arbre représente les ancêtres de Jésus et les prophètes qui ont porté la foi juive vers la foi chrétienne. Tout au-dessus on retrouve Jésus qui vient de naître, avec sa mère Marie.
C’est seulement depuis la fin du XIe siècle jusqu’au XVe siècle, qu’on le retrouve peint sur des tableaux, des vitraux, des sculptures et représenté dans des livres.
Dans nombre de villes et de villages que vous allez découvrir, vous trouverez une place avec un arbre à l’honneur. Il se trouve souvent sur la place de l’église ou sur la place nommée « de la République », là aussi c’est un symbole fort, il représente la Liberté, et l’abolition de l’aristocratie et du clergé. Autrement dit, quand le peuple français a « jugé et guillotiné », les nobles ou aristocrates (roi, comtes, ducs, etc.) et les représentants de l’Eglise chrétienne.
Après le coup d’état, appelé Révolution française, le citoyen HYVER, président de l’assemblée générale de la section de 1792, prononça un discours, le 3 mars 1793, soit l’an 2 de la République, au sujet des arbres plantés, pour symboliser la liberté. (Dans un prochain chapitre nous expliquerons l’impact de cette Révolution dans l’Yonne).
Le discours très « pompeux » commençait ainsi :
« Les ennemis de la liberté sont vaincus, vous venez d’enterrer l’aristocratie, et chacune des racines de l’arbre que vous avez planté, en repoussant du fond de la terre le venin aristocratique, ne recevra, de cette même terre, que les sucs purs et nourriciers qui feront grossir, élever sa tige, et donneront à sa tête la majesté qui appartient au seul arbre de la liberté, LE CHÊNE, L’arbre des druides. »
Les arbres de la liberté, commencèrent à être plantés dès 1790 en l’honneur de la Révolution. On en recensait plus de 60 000 en l’an 1792 ; ce symbole s’installa jusqu’en Pologne.
A la Restauration, en avril 1815, c’est-à-dire au retour d’un roi sur le trône de France, les arbres de la liberté furent presque tous arrachés. C’est en 1830 que l’on recommença à en planter, et c’est surtout en 1848 qu’ils furent de nouveau reconnus et même bénis par le clergé.

Le chêne

C’est l’arbre sacré des Gaulois, il symbolise la majesté, la force physique et morale, la prospérité et la solidité. C’est dans le chêne rouvre que les druides coupaient le gui, « celui qui guérit tout ». Il est rare que ce parasite s’installe sur cette race de chêne, dite aussi « chêne des pierriers » parce qu’elle pousse dans la rocaille. D’après le naturaliste romain Pline l’ancien, qui est né en 23 de notre ère, les druides récoltaient ce gui à un moment bien déterminé de leur calendrier, suivant un rituel qui consistait à le cueillir avec une serpe d’or et sacrifier deux taureaux blancs, dont les cornes étaient attachées pour la première fois ensemble.
Dans la Grèce antique, les prêtres et les prêtresses se retrouvaient au bosquet sacré, dans le sanctuaire dédié à Zeus appelé Dodone, pour interpréter le bruissement des feuilles de chêne sous le vent.
Les romains et les grecs pensaient que c’était l’arbre du dieu JUPITER.

Le frêne

Chez les gaulois il symbolise la puissance, la solidité. Ils s’en servaient pour fabriquer leurs lances.
On raconte qu’à l’époque où les arbres parlaient, le frêne était moqué par les autres arbres et considéré comme un aveugle, un étourdi et un niais. En effet, ne se rappelant pas quand arrive le printemps, il reste dénudé quand les autres commencent à se rhabiller, tandis qu’à l’automne, craignant de paraître ridicule à nouveau, il est le premier à se dépouiller rapidement de ses feuilles. Cela n’a pas changé de nos jours !!

L’orme

Au Moyen Age, il était appelé « l’arbre de la justice » ; en effet c’est sous cet arbre que les seigneurs et les juges rendaient leurs sentences.
Bien avant déjà, il était considéré comme ayant des pouvoirs surnaturels. On savait qu’il pouvait guérir diverses maladies de la peau, dont la lèpre. C’est avec son écorce que les guérisseurs concoctaient des remèdes contre les rhumatismes.

Le peuplier

Une légende raconte que le peuplier aurait donné le terme peuple, car c’est sous cet arbre que les gens se réunissaient pour prendre les décisions importantes.
Autre légende : quand Hercule, le demi-dieu, se rendit aux enfers il portait un chapeau de rameau de peuplier sur la tête, qui alors était noir, c ‘est sa sueur qui fit que le peuplier devint blanc et que cette sorte d’arbre se perpétua.
Les Italiens du XVIIe siècle le considéraient comme l’arbre des enfers parce qu’on le rencontrait, dit-on, sur les rives de l’Achéron, fleuve qui apporte les morts dans les limbes.
Les druides le considéraient comme l’arbre de l’incertitude.
Chez les grecs, c’est la nymphe LEUKE, fille de l’océan qui, pour échapper au dieu HADES, se transforma en peuplier.

Le saule

Croyance : faites une croix avec deux rameaux de saule, jetez- la dans l’eau d’une source sacrée, si la croix flotte, cela annonce une mort certaine dans les mois suivants, si la croix coule lentement la mort sera plus éloignée, si elle atteint rapidement le fond, la mort n’est pas en vue.
Depuis longtemps le saule symbolise la stérilité, car il perd ses fruits avant que ceux- ci ne soient mûrs. Au Moyen Age, il représentait la disette, la « famine ».
L’auteur Cesare Ripa décrit la disette en ces termes approximatifs « c’est une femme émaciée, mal vêtue, debout à côté d’une vache maigre tenant dans sa main droite une branche de saule et dans l’autre une pierre ponce, toutes deux sont les symboles de la stérilité, qui est la raison principale de la famine.»

Le pommier

C’est, dit-on, le premier arbre du monde, il fait des bouquets en mai et des trésors en septembre.
Le pommier, même mort, rend d’appréciables services, c’est un manche d’outil facile à manier, il fait des meubles élégants, c’est un excellent bois de chauffage, qui donne un feu gai et pétillant, qui chante de belles paroles, mieux quelquefois qu’un ami. La cendre de son charbon de bois est sans égale pour la lessive, il décrasse à fond le linge.
Adage : on dit d’une jeune fille charmante et appétissante, qu’elle est belle comme une pomme.
Adage : si l’on parvient à peler une pomme d’une seule épluchure, c’est de bon augure.
La pomme est le symbole, chez les pythagoriciens, de la connaissance, car quand on la coupe en son centre, on découvre une étoile à cinq branches symbole de la perfection.

La vigne

Un marchand qui faisait la route pour se rendre sur la marché de la ville, afin de vendre ses maigres récoltes, s’arrêtait toujours au même endroit, à l’ombre d’un arbre pour faire sa sieste, pendant que son âne grignotait une ronce sans épine. Il arriva un jour où le marchand découvrit que la ronce tant appréciée par son âne faisait des fruits. De jolies grappes violettes pendaient à la ronce. Curieux, le marchand se dit que si son âne n’était pas malade en mangeant ces fruits, c’est qu’ils étaient bons pour lui aussi et il goûta. Il trouva cela si bon, si rafraîchissant, qu’il en vendit sur le marché et revint avec une bonne somme d’argent chez lui. C’est depuis ce jour que l’homme sait tailler la vigne et la rendre productive.
Vous retrouverez souvent la feuille de vigne comme motif ornemental dans l’architecture de l’Yonne :
Elle représente le mois de septembre et l’automne.
Elle symbolise l’entraide, la solidarité conjugale et l’amitié.
Chez les Grecs, le dieu Bacchos (Bacchus) personnifiait la force productrice de la nature, par le développement de la vigne. Il est aussi le dieu des ivresses, physique et mystique. Il est le dieu des mystères et de l’orgie. Il arrache ses fidèles à leur foyer et les fait se livrer, dans la montagne, à des rites cruels, euphoriques et bizarres. C’est pourquoi, après son décès, les vignes furent plantées sur des monts et des montagnes, afin d’engendrer un vin généreux, qui rend joyeux a petite dose, en mémoire de ce dieu.
Pourquoi le jus de la vigne enivre-t-il ?
Réponse : Quand Noé planta sa vigne, Satan vint le voir et lui demanda pourquoi il plantait une ronce.
- Le fruit est bon, répond Noé, le jus qu’on en extrait est dit « vin », il réjouit le cœur des hommes.
- Travaillons pour moitié, dit Satan
Laissant là Noé, il alla chercher un agneau, un lion, un porc et un singe. Il les égorgea tous et mêla leur sang, qu’il répandit sur la vigne.
C’est depuis ce jour que , quand l’homme mange le fruit de la vigne, il est doux comme un agneau, quand il boit le vin, il s’imagine être un lion, et malheur lui arrive, s’il boit habituellement, il devient grossier comme un porc, s’il s’enivre, il babille, se dandine et grimace comme un singe.

Le lierre

Il est, avec la vigne l’un des attributs de Bacchus dieu du vin, en effet, les servantes, ou suivantes du dieu, (les Ménades), se faisaient des couronnes de lierre dont elles ceignaient leur tête.
Le lierre en décoction a les propriétés d’atténuer les effets de l’ivresse.
Sa façon de grimper et d’enlacer ce après quoi il grimpe, symbolise l’amour éternel et la fidélité.

Les ronces

A l’époque où les végétaux parlaient, la ronce tenait auberge. Elle était bonne et généreuse et ses longs bras ligneux enserraient ses clients, comme une mère ses enfants ; elle faisait facilement crédit, mais rares étaient les payeurs. Il vint un jour où elle ne put plus payer ses propres créances ; pourchassée, elle ne trouva personne pour l’aider. Depuis en errance, ses bras, si doux alors, sont devenus couverts d’épines. On la retrouve au bord des chemins ou elle agrippe le chaland pour lui rappeler son manque de charité et sa dette. 

Le châtaignier

Une légende raconte que cet arbre est la dépouille d'une nymphe, Néa, qui préféra se tuer plutôt que de céder aux avances du dieu JUPITER. Le dieu, ivre de colère, transforma Néa en CASTA NEA (châtaignier), ce qui veut dire en latin "chaste Néa". C'et le fruit de cet arbre qui symbolise le plus l'aventure : l'intérieur est un fruit doux, brillant, lisse comme la peau d'une femme, et appétissant. L'extérieur est plein de piquants. Jupiter symbolisait ainsi par le fruit la belle nymphe dont la beauté douce et lisse l'avait enivré, et qui piquait pour qu'on ne puisse pas la prendre.
 

L'aubépine

On raconte que les druides utilisaient l’aubépine pour communiquer avec les esprits des morts. A cette époque, les morts étaient consultés pour divers sujets du quotidien et ils veillaient sur les vivants.
C’est un arbre que les fées protègent, car jamais la foudre ne l’atteint, et il éloigne les serpents.
Les gaulois utilisaient son bois pour conserver la viande et éviter que le lait ne tourne.
Les romains rendaient hommage au mois de mai à Maïa, la mère du dieu Hermès, avec des rameaux d’aubépine, car c’est en mai que fleurit l’arbuste. Fleur douce et simple dont le parfum est délicat.
Les grecs offraient de l’aubépine lors d’un mariage pour qu’il protège le bonheur des jeunes époux. Au moment du repas de noce, chaque invité arrivait avec un rameau d’aubépine à la main.
A Rome, l’époux conduisait sa femme au moment de la nuit de noce, avec un rameau d’aubépine. A l’enfant qui vient de naître, on mettra de l’aubépine pendue au-dessus de son berceau pour le protéger des mauvais sorts et des maladies. Elle est aussi le symbole de la force.

Le houx

Pour les celtes allemands, il symbolisait l’espoir et la joie. En hiver, il décorait la maison avec ses feuilles bien vertes et ses boules rouges au moment où la nature s’endort nue. Il est le symbole de l’immortalité, et est le gardien de la vie qui va renaître. Ses feuilles avec épines éloignent le mauvais œil.
Pour les grecs c’est le symbole que l’on utilise pour féliciter les jeunes mariés.

Le laurier

C’est pour les romains et dans tout le monde antique l’emblème de la gloire. Les empereurs étaient ceints d’une couronne de laurier. Chez les grecs, la déesse de l’amour, Aphrodite, utilisait le laurier lors des cérémonies nuptiales et des naissances.

Pour les romains, c’est l’arbre de JUPITER.
Pour la religion chrétienne, c’est le symbole de l’éternité car il est toujours vert, et de la chasteté, car ses feuilles ne flétrissent jamais.
La légende raconte qu’un jour, le dieu grec de l’amour, EROS (Cupidon chez les romains) s’entraînait au tir à l’arc au bord d’un fleuve, quand il entendit Apollon, dieu des chants, de la poésie et de la musique, déclamer une aubade dont les paroles se moquaient de son manque d’habilité au tir. Furieux, Eros lui envoya une flèche d’or, qui atteignit Apollon en plein cœur. Apollon découvrit alors Daphné, la fille du dieu fleuve Pénée, qui passait rendre visite à son père, et dont il tomba follement épris. Mais Eros, dans sa colère, avait atteint Daphné d’une flèche de bronze, de celle qui rend l’amour insupportable à celui ou celle qui en est touché. Ainsi quand Apollon déclara son amour à Daphné, celle-ci s’enfuit à travers monts et marais afin de lui échapper. Mais Apollon la poursuivit de ses avances partout où elle pensait lui échapper. Alors qu’elle était sur le point d’être capturée, Daphné supplia son père de l’aider. Devant la détresse de sa fille, le dieu des fleuves la transforma en un magnifique LAURIER.
Mais Apollon ne se résignait pas à oublier son amour, aussi il déclara que désormais tous ses chants et ses poèmes seraient pour glorifier cet arbre qui représentait la force et le triomphe de l’amour.
Les romains l’utiliseront en couronne pour honorer leurs généraux, leurs héros, leurs poètes et leurs sages.
A l’époque de la Renaissance, la Victoire est représentée par une femme ailée qui remet une couronne de laurier au vainqueur d’une bataille et lui pose sur la tête. Tout comme aux temps des romains !!
L’empereur Napoléon portera cet emblème lors de son couronnement. 

Le roseau

 Pour les gaulois, le roseau passait pour éloigner les démons de l’eau.

Les grecs représentaient le dieu des pâturages, Pan, jouant d’un instrument fait dans un roseau.
Dans la bible on raconte que... Quand le gouverneur Pilate eut jugé Jésus, ses soldats le dévêtirent, lui mirent une chlamyde écarlate, puis le coiffèrent d’une couronne d’épines et mirent un roseau dans sa main droite. Ils se moquèrent de lui, lui crachèrent au visage, et le frappèrent sur la tête avec le roseau. Ils le dévêtirent avant de l’emmener crucifier. 

Le genévrier

Une légende grecque raconte que le roi Pélias, de la ville d’Icolcos, lointain pays magique, avait usurpé (pris) le trône et il se trouva un jour où il eut peur de le perdre.
Son neveu, le sage JASON, élevé par un centaure du nom de Chiron, pouvait revendiquer le trône, aussi, le roi Pélias pris les devants, il offrit à Jason de lui céder le trône si ce dernier lui rapportait la toison d’or.
C’était la dépouille d’un bélier d’or immolé par un nommé Phryxos pour remercier Zeus de l’avoir protégé pendant un périlleux voyage. La dépouille, qui avait gardé tout son éclat, éclairait, quand les rayons du soleil la frappaient, le parc sombre et sacré ou elle était suspendue et qui était gardé par un dragon.
Jason accepta le marché, il construisit un bateau avec l’aide de la déesse ATHENA. Celle-ci, afin de le protéger, y avait attaché un fragment du chêne prophétique de DODONE. Une fois l’équipage trouvé et le bateau construit, ils partirent tous à la recherche de la toison d’or. Après nombre de péripéties, ils arrivèrent en Colchide où se trouvait l’objet convoité. Jason et son équipage se rendirent à un banquet donné en leur honneur par le roi Eétès. C’est là que Médée, fille d’Eétès, et Jason se rencontrèrent. Belle magicienne, elle proposa à Jason de l’accompagner car elle connaissait la potion pour endormir le dragon qui gardait la toison d‘or.
C’est à base des baies de genévrier que la potion faite par Médée endormit le dragon et Jason s’empara de la toison d’or.
Tout comme le châtaignier, il est associé à la chasteté, car ses baies sont protégées par des épines.
Le bois du genévrier est associé à l’éternité car il est imputrescible (il ne pourrit pas). 

Le sapin

Il empêche la foudre de tomber et conjure les mauvais sorts. 
 
Il y a fort longtemps, le diable, qui avait une très nombreuse progéniture, se trouva fatigué d’entendre sa marmaille hurler, brailler, se chamailler. Il décida de lui trouver un terrain de jeux assez éloigné pour qu’il puisse savourer un peu de calme et de tranquillité au coin du feu. A cette époque la terre n’était pas encore trop peuplée par les enfants du dieu créateur et il y avait suffisamment de place pour tous. Un jour donc, le diable conduisit sa nombreuse descendance sur la terre, afin qu’elle puisse avoir de l’espace pour jouer. On vit bientôt une véritable avalanche de petits diablotins courir, sauter, se disperser sur les monts et les vallées de la terre. Le diable s’en retourna satisfait de son idée et soulagé de voir ses petits tout heureux. Mais bientôt, ceux qui avaient préféré les montagnes comme terrain de jeux, s’y trouvèrent mal à leur aise. Ils avaient beau être habitués à la chaleur de l’antre de leur père, il n’en restait pas moins que les rochers nus, chauffés par le soleil, les faisaient littéralement griller. Certains se mirent à gémir, à se plaindre, puis tous se mirent à pleurer et finalement, ils décidèrent de regagner le foyer paternel.
Cela ne fit pas l’affaire du papa diable, qui s’était habitué au calme de sa caverne !
Il se rendit sur les montagnes pour vérifier les dires de ses rejetons (il est bien connu que tous les enfants ont quelquefois des caprices...). Il constata qu’ils disaient vrai. Il décida alors de faire pousser des buissons, des bruyères sur les rochers, et des herbes afin de rendre la pierre plus agréable au contact des pieds de ses enfants. Mais il n’eut pas sitôt le dos tourné, qu’une nuée de chevreuils, chèvres, vaches et bouquetins, détruisirent bourgeons, feuilles, et jusqu’à la moindre brindille, en de coupables agapes. Le chef de famille n’avait pas prévu cela !!
Il réfléchit, puis décida de faire pousser des noisetiers, des alisiers et autres arbrisseaux qui étaient plus grands, donc mieux protégés des gloutons animaux. Ils ne touchèrent que leur base.
Mais voilà que la saison avançant, les premières averses apparaissent. Les petits diablotins se retrouvent mouillés, trempés, ils se mettent à avoir froid et à grelotter. De nouveau, gémissant, se plaignant, puis pleurant, ils s’en retournent chez leur père.
Papa diable finit par se demander s’il va enfin trouver la bonne solution pour avoir la paix, et que ses enfants soient bien !!...
Il décide alors de faire pousser des hêtres, des bouleaux, et autres arbres encore plus hauts. Mais le temps de ses réflexions, et de leurs applications, n’a pas empêché la saison d’avancer. La pluie a cessé, et un matin, c’est la gelée qui s’installe. Les feuilles des arbres ont changé de couleur en quelques jours. Les montagnes se sont parées de couleurs chatoyantes, tirent vers le rouge et le doré. Les diablotins sont ravis, le soleil est moins chaud, leur terrain de jeux est plein de ses belles couleurs qui leur rappellent la maison. Les quelques feuilles tombées sur le sol font un tapis moelleux. Ils sont enfin, heureux. C’est le paradis...
En bref, leur papa peut souffler !!!...
Il retourne dans sa caverne pour un repos, bien mérité.
Mais, c’est bien connu, le bonheur et la tranquillité sont toujours de courte durée...
Voilà que la neige et les grands froids prennent possession du terrain de jeux, si idéal hier.
De nouveau les diablotins gémissent, se plaignent et pleurent. Papa diable est bien contrarié. Il cherche dans ses grimoires une solution qui pourrait faire en sorte que ses minots soient bien toute l’année, et qu’il soit lui-même en paix. « Car c’est un bon père.»
Il se souvient alors d’une phrase, qu’il a lue enfant, quelque part dans un de ses manuels d’apprentissage. Il était, il s’en souvient, à l’école, avec ses camarades dieux....
Cette phrase disait ceci : « Quand on sait bien ce que l’on veut, on trouve.»
Il prend une tablette, et inscrit :
- il me faut : un arbre qui protège contre la chaleur, qui abrite de la pluie, qui retienne la neige, qui brave les rongeurs, les mangeurs de feuilles et de bourgeons ...?!!»
Il farfouille dans son grimoire, et découvre le SAPIN. Il correspond à toutes ces exigences !!!
Heureux et décidé, il en fait pousser sur toutes les montagnes et monts à neige. Leur ombre fait recouvrir de mousse les rochers durs, leur odeur éloigne les rongeurs et mangeurs de feuilles, elle soigne les bronches, bref, c’est enfin le paradis pour les diablotins et la paix « éternelle » pour papa diable.

L'arbre de vie

C’est l’arbre légendaire dont les feuilles repoussent au printemps et meurent en automne. Il est représenté le plus souvent avec un serpent lové à sa base, c’est le gardien du monde des ténèbres. Ses racines sont reliées au ciel par le tronc et ses branches portent la vie. C’est aussi là que vivent les elfes.
Dans la Bible il est dit, que Dieu planta un jardin chez lui en Eden. Il yl fit pousser toutes espèces d’arbres aussi séduisants. Certains produisaient des fruits délicieux à manger. Au milieu de son jardin se trouvait l’arbre de vie, dont les fruits donnaient la connaissance du bien et du mal. C’est là que se tenait lové le serpent. Dieu, qui était tout fier de son œuvre, invita l’homme et la femme, qu’il venait de créer, à venir se promener dans son superbe jardin. Il dit à l’homme :
- « Tu peux manger de tous les fruits de mes arbres, mais vois celui-là - et il lui désigna l’arbre de vie -, ce grand arbre majestueux au milieu de mon jardin, tu ne dois pas manger ses fruits sinon tu en mourras. »
Le serpent, gardien de l’arbre de vie, profitant de l’absence de Yahvé (Dieu), attira l’homme et la femme qui se promenaient dans le jardin. Il leur présenta le fruit de l’arbre de vie et vanta son parfum, son goût exquis, ses qualités rafraîchissantes, et les invita à le goûter. Tout d’abord l’homme refusa, alléguant que le fruit de l’arbre était mortel. Mais le serpent malicieux regarda la femme dans les yeux, ce qui l’hypnotisa et celle-ci goûta le fruit. Comme elle avait l’air de beaucoup l’apprécier, et ne semblait souffrir d’aucuns maux, l’homme en goûta aussi, et le trouva fort à son goût. Quand leur père revint, il découvrit en discutant avec eux, qu’ils avaient désobéi, car le fruit de l’arbre de vie leur avait fait perdre leur ingénuité (innocence, candeur). Il se mit alors très en colère et pour les punir, les chassa du jardin. Ils eurent très peur au début, mais le fruit défendu était le fruit qui donne la connaissance, et c’est à partir de ce jour que l’homme et la femme durent procréer, travailler et prendre de la peine pour subsister. 
 

Le chardon

Le chardon était connu dans la civilisation celte pour exorciser les personnes possédées par le démon.
 

L'acanthe

Lorsque vous entrez dans les églises, vous rencontrez souvent sur les chapiteaux (au-dessus des colonnes) des feuilles de cette plante car elle symbolise les épreuves traversées. Tout comme le houx, elle a des piquants aux pointes de ses feuilles. C'est un architecte grec du Ve siècle avant notre ère, du nom de Callimaque, qui créa la tradition du décor de feuilles d'acanthe. Il se promenait au bord des tombes. Celles-ci étaient à l'extérieur des villes, et l'on venait s'y reposer, se détendre en compagnie de ses ancêtres ou de ses amis morts ; on partageait un repas, des libations, on conversait avec eux. Ils faisaient partie du quotidien des vivants... Bref ! Callimaque découvrit sur la tombe d'une jeune corinthienne un bouquet d'acanthe qui enserrait un panier couvert d'une tuile. Le bout des feuilles s'enroulait légèrement. Il trouva cela charmant. C'est ainsi qu'il eut l'idée de les utiliser comme décor architectural pour les colonnes. Callimaque eut un très grand succès, cela devint une mode qui s'est perpétuée à travers les âges.

Le blé

C’est le symbole de la fécondité et de la résurrection chez les romains.
C’est le fruit de la terre.
Quand on symbolise les mois de juin et juillet et l’abondance, on les représente en jeunes filles portant une brassée d’épis de blé.
La légende grecque rapporte que le dieu Zeus, ayant pris en pitié les premiers hommes qui se nourrissaient, comme les animaux, de racines et de glands, chargea la déesse Déméter, sa fille, de porter comme présent, sur terre, des épis de blé. Déméter, rencontra Géa, la déesse du sol et des profondeurs. Ensemble elles enrichirent la terre des saisons et des moissons. Ce sont les cris des grues, (oiseaux migrateurs qui passent dans l’Yonne) qui marquent l’arrivée du printemps et leur départ, l’automne, qui donne le rythme du travail de la terre pour les hommes.
En argot, le blé signifie l’argent. 

Le palmier

Bien sûr dans notre département vous ne trouverez que très rarement de vrais palmiers. Si nous vous le présentons, c’est parce que en découvrant certaines statues, vous comprendrez mieux leur représentation.
Le palmier est connu depuis l’Antiquité, il symbolise la victoire, la renommée, le triomphe sur la mort. Attribué au mythe du soleil, il évoque la gloire et l’immortalité, en raison de la disposition harmonieuse de ses branches et de ses feuilles qui font penser aux rayons de soleil.
Dans l’iconographie chrétienne, il symbolise le martyre, considéré comme une victoire de la foi. Ainsi quand vous voyez un personnage avec une branche de palmier, c’est que c’est un martyr du christianisme.

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