Analogie structurale

Pantocrator (coupole de l'église de Dafni).

Les explications techniques nous semblent surtout futiles. Elevons le débat. En tous lieux et en tous temps, la monnaie véhicule l’image symbolique résumant le pouvoir politique, qu’il soit personnel, démocratique ou, comme ici, théocratique. Elle est le moyen le plus répandu et le plus évident de propager la représentation que le pouvoir veut donner de lui-même. La société byzantine est, comme bien d’autres mais plus que beaucoup, de celles où le religieux et sa symbolique imprègnent, et même dominent, tous les champs d’activité humaine. Comme dans l'occident roman à la même époque, tout prend sens par l’interprétation théologique, de la politique à l’économie ; bien évidemment les arts majeurs sont l’expression du sacré. La numismatique, qui participe de la politique, de l’économie et de l’art, peut-elle esquiver la sacralisation ? On sait combien elle y est significative de l’évolution de l’idéologie impériale, autant religieuse que politique[1]. Nous allons vérifier que les monnaies scyphates s’inscrivent dans un système cohérent d'idées et de significations. Elles participent à cette symbolique par leur forme, les images qu’elles portent, et leur matière.

Soulignons en premier lieu l’analogie entre leur forme et celle des coupoles des églises. Précisons, au risque de paraître nous éloigner d’abord de la numismatique. L’architecture des églises byzantines choisit le plan centré aux alentours de l’an 800, à l’issue de la querelle des images. Celui-ci y demeure le type quasi-exclusif jusqu’à la fin du Moyen-âge [2]. L’église est cruciforme, inscrite dans un carré, couverte d’une coupole de plan circulaire. La signification d’un tel schéma a été démontrée. Georges Duby l’exprime : « Cette structure architecturale entendait exprimer symboliquement la mission spécifique du roi, qui était d’intercéder pour son peuple auprès de Dieu, d’assurer la communication bénéfique entre le temporel et le spirituel, entre la nature et la surnature. Ce type d’édifice réalise en effet la connexion entre le carré, signe de la terre, et le cercle, signe du ciel… »[3] L’église orthodoxe met en valeur la verticalité, relation de chacun avec le sacré, mais aussi l’autorité divine, que le pouvoir politique représente dans la société. Elle est, consciemment, un microcosme ; celui-ci est « représenté, à la fois, par la structure de l’édifice à coupole et par une certaine succession d’images qui figurent Dieu et ses sujets fidèles dans le Cosmos… »[4] Dans ce programme, la coupole, et nous nous rapprochons de notre sujet, est le lieu de la représentation du Christ Pantocrator, c’est-à-dire tout-puissant. Grabar montre que c’est à la fin du IXe siècle que le Pantocrator « quitte l’abside des églises byzantines pour monter dans la coupole (…) parce que cet emplacement correspondait au « ciel » dans l’église byzantine de type cubique qui se répandit après la crise iconoclaste. » Dafni en est un exemple probant (illustration), mais on retrouve cette présence partout, de Palerme à Kiev[5]. Rappelons la théologie des images sacrées, définie avec vigueur pour clore la crise iconoclaste : selon Paul Evdokimov, « c’est bien l’Hypostase du Christ qui nous apparaît sur les icônes. » La ressemblance au modèle conditionne l’efficacité sacramentelle de l’image vénérée où l’on contemple Dieu incarné[6]. Quand, le visage sévère, tenant le livre sacré auquel il s’identifie comme Verbe divin, représenté à mi-corps, il est dit Pantocrator. Le même, représenté en entier et sur un trône, en toute rigueur, n’est pas appelé Pantocrator, mais Trônant (illustration). Cette représentation est plus rare sur les coupoles d’églises[7]. Il y a coïncidence parfaite dans le temps entre l’apparition du Christ Pantocrator sur les coupoles et sur les monnaies des empereurs de la dynastie macédonienne, au point qu’on ne peut dire lesquelles ont copié les autres. Les monnaies sont ainsi des icônes miniatures. André Grabar prouve leur caractère sacré par diverses citations et anecdotes. A la fin de la dynastie, elles deviennent scyphates. C’est sur leur face convexe qu’on retrouve les représentations absolument identiques au modèle des coupoles[8], de façon quasi-systématique pendant quatre cents ans, jusqu’à la ruine de l’empire byzantin. L’analogie s’en trouve puissamment renforcée, au point qu’il nous semble difficile de la croire inconsciente.

Trônant (Mosaïque de Sainte-Sophie).

Enfin, sur la coupole mosaïquée du monument comme sur les icônes et la monnaie, le Christ apparaît dans la lumière divine symbolisée par l’or. Rappelons que le caractère sacré du métal le plus noble et le moins corruptible est universel. En matière monétaire, son usage manifeste la souveraineté. A Byzance, il est un monopole impérial. L’atelier de purification du métal fonctionne dans le palais impérial même. Il ne peut être neutre que l’invention de la forme concave affecte d’abord et surtout la monnaie la plus noble, la plus élevée et faite de l’or le plus pur du temps.

L’icône christique est représentée sur le côté convexe des monnaies scyphates, et sur le côté concave des coupoles. Nous n’y voyons pas une contradiction, mais bien un renforcement de l’hypothèse : en effet, la face concave représente l’Empereur. Comment mieux exprimer son rôle de représentant du Christ sur terre ? La toute-puissance du basileus procède directement de celle du fils de Dieu, selon la doctrine élaborée par Constantin et Eusèbe de Césarée pour christianiser le culte impérial romain [9]. La monnaie a un haut et un bas. Le Christ est évidemment du côté du ciel, et l’Empereur le représente sous la coupole symbolisant la voûte céleste, du côté de la terre. Hélène Ahrweiler explicite l’articulation du politique et du religieux dans cette idéologie : « [L’empereur] est le lieutenant de Dieu sur la terre, il est le délégué du Christ… »[10].  « Pieux élu de Dieu », l’empereur « occupe dans la cité terrestre la place de Dieu dans la cité céleste, et la cité terrestre n’est que l’image du royaume de Dieu. » [11] Le pouvoir sacralisé de l’empereur est aussi illustré sur les nombreuses monnaies par les attributs sacrés dont il est paré : couronne, labarum (l’étendard de Constantin), loros (étole sacerdotale), globe crucigère… La signification de ces attributs renvoie à la même symbolique [12]. Même les usurpateurs qui peuvent nous sembler les plus cyniques et sanglants montrent l’origine divine, voire miraculeuse, de leur pouvoir sur les nomisma où ils sont couronnés par le Christ, Saint Démétrius ou la Vierge Marie.

Nous pensons avoir montré que l’analogie porte à la fois sur la forme en coupole, sur la représentation du Christ, et sur l’utilisation de l’or, et avoir démontré la signification théologico-politique de cette triple coïncidence. Cela pourrait suffire à justifier que la forme scyphate n’apparaisse guère qu’à Byzance, et qu’elle s’y maintienne durablement : elle y a un sens fort. Reste à montrer qu'elle y a aussi une fonction, en expliquant pourquoi ce type monétaire apparaît à ce moment donné de l'Histoire, et comment il va évoluer. Un résumé historique de cette évolution en lien avec les événements politiques permettra aussi de rendre compte des exceptions, et de voir si elles mettent à mal notre thèse.

Histoire des scyphates

Il y a peut-être des débuts de recherche de concavité dès 1025. Nous le disons avec prudence, car nous ne l'avons pas vérifié. C'est en tout cas ce qui est évoqué par une note de bas de page de l'article déjà cité de Mme Cécile Morrisson (et al.) sur la mécanique de la frappe des monnaies. Certaines pièces, même dès le règne de Basile II et Constantin VIII (976-1025), peuvent présenter une très faible concavité, qui ne nous semble guère probante quoi qu'elle soit concomitante avec les débuts modestes de l'élargissement du flan. Selon l'ouvrage de Grierson consulté, les histamena sont systématiquement scyphates dès Michel IV, et nous en faisons donc le point de départ certain de l'adoption de la forme. Si des recherches confirmaient des essais antérieurs, ceux-ci se situeraient dans le temps avant que la dépréciation monétaire devienne significative, et surtout avant l'élargissement du flan. Ce serait un argument décisif contre la thèse d'une explication technique, et un argument additionnel pour montrer l'assimilation précoce de l'icône monétaire à l'icône architecturale. Il nous semble probable que cette assimilation fonctionnait comme une évidence, dans l'esprit de la population byzantine, dès les premières représentations du Pantocrator, sous le règne de Basile 1er, même quand elles étaient plates.

Admettons que la forme qui nous intéresse soit adoptée sous Michel IV le Paphlagon. Celui-ci accède au trône, en 1034, en trois temps : il devient d'abord l’amant de l’impératrice Zoé, âgée de 56 ans, puis il fait étouffer son mari, Romain III Argyre, dans son bain, enfin il épouse Zoé, le jour même, avec la bénédiction du Patriarche de Constantinople. Un miracle, donc. Au-delà de l’anecdote joliment byzantine, considérons le besoin d’affirmer la légitimité sacrée du pouvoir, quand on l’a ainsi conquis à la hussarde. Cette usurpation intervient après plus d’un siècle et demi de légitimité dynastique macédonienne quasiment ininterrompue : Zoé est l’héritière de la lignée la plus prestigieuse de l’histoire de Byzance, qui a donné à l’Empire ses plus grandes dimensions depuis Justinien. La monnaie scyphate apparaît à l’apogée de l’Empire, et si elle va accompagner sa décadence précipitée, elle ne présente au départ aucun signe nouveau de dépréciation monétaire. Les nomisma de Michel IV sont exclusivement
[13] des scyphates légèrement concaves, représentant le Pantocrator en buste sur l’avers et sur le revers l’empereur, également en buste. L’image est celle que les ateliers monétaires ont l’habitude, et la maîtrise technique, de représenter. On lui donne une courbure. Celle-ci n’affecte que l’histamenon de bon poids, tandis que le tetarteron, monnaie d’or plus légère mais de même titre, reste plat. A ce stade, il ne peut guère s’agir d’une maladresse, ni d’un signe de dépréciation, ni d’une recherche de rentabilité. Rappelons que Michel IV a exercé le métier de changeur avant de devenir basileus… On peut supposer qu’il connaît aussi bien la valeur symbolique des monnaies que leur valeur matérielle. Quant à penser qu'il ait lui-même décidé de faire incurver les pièces, cela, sans être absurde, relève de l'imagination.

Michel IV meurt en 1041 ; son neveu Michel V le Calfat, ouvrier du port qu’il a fait adopter par Zoé, lui succède, et règne 132 jours calamiteux, avant d’être renversé par une émeute populaire. Cette anecdote montre que la légitimité sacrée du pouvoir n’est pas si automatique que le prétend la doctrine. Sous son règne, le seul histamenon connu (et en un seul exemplaire) représente au revers Zoé, et n'est pas concave. Nous n'irons pas jusqu'à assurer que si Michel V avait eu la présence d'esprit de faire frapper des monnaies scyphates à son effigie, il eût échappé à son sort tragique. Reste que le droit divin a besoin de signes, sinon de preuves.


Nomisma histamenon de Constantin IX Monomaque (1042-1055)

Ensuite, Zoé, âgée de 64 ans, fait monter sur le trône Constantin IX Monomaque ("le Gladiateur"), en l'épousant en troisièmes noces. Passons sur les frasques croustillantes de la vie de ce parvenu pour seulement rappeler que son règne désastreux est marqué sur le plan extérieur, à l'ouest, par la perte définitive de l'Italie et le schisme religieux avec Rome (1054), au nord par les invasions russe et pétchenègue, que d'ailleurs il repousse avec courage, et à l'est par la progression des Seldjoukides, qui vaincront bientôt Byzance (à Mantzikert en 1071). Sur le plan intérieur, Constantin Monomaque néglige toute administration et dilapide le trésor pour satisfaire ses caprices les plus frivoles. C'est sous son règne que la dépréciation monétaire s'accélère (passant de 0,1 % par an à 0,6 % par an). La concavité de l'histamenon  augmente alors, comme pour affirmer la qualité et la légitimité de la monnaie. Il présente à l'avers un Christ, soit en buste, soit trônant, et au revers l'Empereur revêtu des insignes sacrés du pouvoir (illustration). Ce qui est moins conforme à notre modèle théorique, c'est la frappe simultanée de miliaresia d'argent concaves, avec la Vierge orante à l'avers (dont Grabar a démontré qu'elle se substitue à l'image antique de la Victoire) et l'Empereur en pied et en tenue militaire au revers. La forme scyphate n'y est donc associée, ni au Pantocrator, ni à l'or. En revanche, on voit bien la signification idéologique du message, et son opportunité : l'empereur est ici le représentant, et même la représentation, de la Victoire. L’analogie avec les coupoles en est amoindrie, la thèse de l’intentionnalité de la forme en est renforcée.

Suivent vingt-quatre ans d’instabilité dynastique, de désastres militaires, de dépréciation monétaire de plus en plus vertigineuse. Les usurpateurs qui se succèdent maintiennent la forme scyphate pour le nomisma histamenon seul. La concavité augmente, comme pour affirmer la qualité de la monnaie et la légitimité de l’empereur. Le Christ occupe toujours le droit, avec des variantes dans le geste de la main. Notons que si un empereur (Isaac Comnène) s’y fait représenter en tenue militaire et non en costume sacré, il se fait critiquer par les dignitaires religieux (illustration).


Nomisma histamenon d'Isaac 1er Comnène (1057-1059).

Les histamena scyphates de Romain IV Diogène (1068-1071), second époux d’Eudocie, veuve de Constantin X Doukas, peuvent paraître s’éloigner pour de bon du modèle théorique : ils ne mettent plus le Christ à l’avers. En effet, cette face convexe présente côte à côte les trois fils de Constantin Doukas, tandis qu’au revers concave le Christ bénit l’union de Romain Diogène et Eudocie. Ici, la monnaie signifie explicitement que Romain Diogène n’est que régent. Il ne règne pas au nom du Christ, mais gouverne au nom des jeunes héritiers légitimes. La couronne qu'il reçoit n'est pas celle de l'Empire, mais celle du mariage (l'échange des couronnes sur la tête des époux est le rite essentiel du mariage grec). Ce contre-exemple s’éloigne certes de la signification religieuse et surtout de l’analogie architecturale, mais il n’infirme pas, bien au contraire, notre interprétation politique de la forme scyphate : le personnage du revers gouverne au nom de celui ou ceux de l'avers (illustration).


Nomisma histamenon de Romain IV Diogène (1068-1071).

Michel VII Parapinace (1071-1078), puis Nicéphore Botaneiates (1078-1081), au moment où la dépréciation atteint le fond des abysses, reviennent au modèle parfait : Christ en buste ou trônant à l'avers, au revers l'Empereur revêtu des symboles de sa légitimité (illustration en tête d'article).

Alexis Comnène prend le trône en 1081, y reste jusqu'en 1118, et fonde une dynastie qui durera jusqu'en 1185. Sous son règne, l'économie de l'Empire est de plus en plus affermée aux républiques italiennes de Venise et de Gênes, et l'or part vers l'occident. L'empereur doit même s'abaisser à dépouiller de leurs métaux précieux les églises de sa capitale pour pouvoir frapper monnaie.


Nomisma histamenon d'Alexis 1er Comnène (avant la réforme).

La réforme monétaire d’Alexis Comnène, en 1092, mérite qu’on s’y attarde. D’une part, on crée un nouvel hyperpère d’or d’assez bon aloi[14], concave lui aussi et de même poids que le nomisma histamenon. Insistons sur le choix de la forme scyphate pour la nouvelle monnaie : s’il y a là conservatisme, ce n’est pas par habitude, c’est bien une manifestation de volonté. La monnaie de la meilleure qualité possible se doit d’être en forme de coupole. D’autre part, on entérine l’appauvrissement de l’ancien histamenon, qui sans discontinuité matérielle change de nom pour celui d’aspron trachy (ce qui veut dire blanc et concave) d’électrum (de 300 à 100 millièmes d’or), en conservant lui aussi le même poids[15]. Ainsi, les Comnènes conservent la forme, mais le titre ne cesse de se dégrader encore, et le métal passe peu à peu de l’électrum à l’argent, voire au billon. Même dans ces métaux, la forme scyphate reste liée à la représentation du Christ au-dessus de l’empereur. Au revers, l’empereur, quant à lui, est alors souvent accompagné de la Vierge ou d’un saint : Georges, Théodore, Démétrius à Thessalonique… Enfin, à la fin de la période Comnène, si l'hyperpère demeure fidèle au Pantocrator, on voit apparaître des aspron trachea d’électrum où la Mère de Dieu, portant un médaillon contenant le Christ, remplace le Christ sur la face convexe (illustration). Ainsi, la dégradation du système de représentation accompagne-t-il la décadence monétaire.


Aspron trachy de Manuel  Comnène (1143-1180).

Les Anges succèdent aux Comnènes, jusqu’au pillage de Constantinople en 1204, par ceux qui se disent croisés et que les grecs disent latins. Ensuite, la continuité byzantine se transmet, vaille que vaille, par les Lascarides de Nicée (1204-1261) puis les Paléologues (1261-1453), qui règnent sur un Etat peau de chagrin jusqu'à la prise de la Ville par les turcs. Sous ces diverses dynasties de la décadence, la forme scyphate se perpétue. Désormais, l’avers porte aussi bien Saint Nicolas ou Saint Georges que le Christ ou la Vierge, comme si l’empereur du revers ne savait plus à quel saint se vouer. Enfin, on trouve encore de rares monnaies concaves, comme égarées, dans l’empire de Trébizonde. Peut-être est-ce encore une façon de se réclamer de la continuité de l’Empire Romain d’Orient, dont il reste si peu de chose.

 


[1] André Grabar utilise abondamment les monnaies, et peut-être plus qu’aucun autre historien de l’art, à l’appui de ses explications lumineuses sur les rapports entre art, pouvoir et pensée. Il souligne à plusieurs reprises que l'image sur la monnaie a toutes les caractéristiques sacrées de l'icône. André GRABAR, l’Iconoclasme byzantin, Flammarion, Paris, 1998.

[2] Cyril Mango, Architecture byzantine, Gallimard-Electa, Paris, 1993 ;  Etienne Coche de la Ferté, l’Art de Byzance, Mazenod, 1981…

[3] Georges Duby, le Moyen-âge, Skira, Genève, 1995. Voir aussi : Gérard de CHAMPEAUX et Dom Sébastien STERCKX : « Introduction au monde des symboles », Zodiaque, 1972.

[4] André Grabar, Byzance - l’art byzantin du moyen âge, Paris, Albin Michel, 1963.

[5] Palerme (chapelle palatine ; Monreale ; Cefalu), Kiev (cathédrale Sainte-Sophie), Lagoudera (Chypre), Arta (Epire), Constantinople (Fethiye Camii ; Kariye Camii), Dafni, Hosios Loukas, Mistra, Mont Athos, Thessalonique (Saint-Georges, Saints Apôtres), Chio, Ochrid (Serbie), etc. Cette liste a pour objet de montrer l’évidence de l’association du Pantocrator et de la coupole pour le byzantin médiéval. Ajout d'août 2011 : en Bulgarie, les églises médiévales de Bojana et de la rotonde Saint-Georges à Sofia, sont aussi dominées par le Pantocrator (peint).

[6] Paul EVDOKIMOV, l’Art de l’icône, théologie de la beauté, Desclée de Brouwer, 1972. Par ailleurs, André Grabar (ouvrage cité) montre que les images monétaires font partie, sans ambiguité, du domaine des images sacrées, bien avant de devenir concaves.

[7] Kizil çukur (Haçli Kilise) ; Mégare ; Palerme, église de l’Amiral ; Ravenne…

[8] Anthony Cutler et Jean-Michel Spieser, Byzance médiévale, Gallimard, l’Univers des formes, 1996 : « La même image du Christ [Pantocrator] apparaît sur de nombreux types monétaires, en particulier sur toutes les monnaies d’or, sous la dynastie macédonienne, en association avec l’image impériale. » Mais ici non plus, les auteurs ne relèvent pas que l’analogie se perfectionne à la fin de la dynastie par l’adoption de la forme concave.

[9] Friedrich Gerke, La fin de l’art antique et les débuts de l’art chrétien, Paris, Albin Michel, 1973. Selon cet ouvrage, le plan carré des églises est aussi d’origine constantinienne.

[10] Hélène Ahrweiler, l’Idéologie politique de l’empire byzantin, P.U.F., 1975.

[11] Michel Kaplan, Tout l’or de Byzance, Découvertes Gallimard, 1991.

[12] Le labarum porte le chrisme, signe grâce auquel Constantin remporta la victoire du pont Milvius, plaçant ainsi son triomphe sous l’autorité du Christ : in hoc signo vinces (par ce signe tu vaincras). Rappelons que le chrisme est composé des initiales ΧΡ, deux premières lettres de Christ ; quand on y ajoute les lettres A et Ω, outre la signification explicite que le Christ est le commencement et la fin, on écrit et on lit le mot XPAΩ, « je domine » (du verbe qu’on retrouve, précisément, dans Pantocrator ou Cosmocrator).

[13] Grierson cite une exception, rarissime, qui aurait été frappée à Thessalonique, qui n’est pas concave, et qui pose de vrais problèmes d’attribution. Cette exception n’infirme en rien notre raisonnement.

[14] Au titre de 20,5 carats, ce qui le rapproche des premières scyphates : les histamena de Michel IV.

[15] Pour la frappe de celui-ci, la figure 24 de l'article déjà cité montre que la teneur en or, et de même la dépense d’énergie, restent dans la continuité de celle de l’ancien histamenon. La création de l’hyperpère n’améliore donc pas la rentabilité mécanique. Le graphique montre aussi, de façon tout-à-fait évidente, que l'hyperpère reproduit l'histamenon de Michel IV qui peut paraître ainsi avoir pris une valeur d'exemplarité aussi bien dans sa matière que dans sa forme.

Mis à jour (Mardi, 16 Août 2011 16:06)